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Kemennadennoù - informations

Bonjour à toutes et à tous,


Septembre 2005


Je suis plutôt né avec une machine à écrire que planté devant un PC, ce qui ne m'empêche pas de goûter la liberté de ton et d'opinion trouvée sur le ouèbe, ainsi qu'en atteste récemment la mobilisation très efficace pour le non au machin européen.

Alors, quelque peu dépité de la frilosité des maisons d'édition en termes de choix éditoriaux, je me suis résolu à ne plus passer par ces intermédiaires et livrer ma production directement aux lecteurs. Puisse mon propre "machin" vous plaire, et n'hésitez pas à émettre des remarques, observations, objections... insultes, mais aussi des félicitations qui réchaufferont mon échine meurtrie...

Kenavo ar c'hentañ !

Lundi 30 janvier 2012 1 30 /01 /Jan /2012 10:31

Désespéré, heureux, gai, désillusionné,

Je scrute le ciel dans les faubourgs et déambule,

Cherchant à masquer la fin, rêvant, obstiné,

Les yeux fixes, le corps tendu, comme un somnambule.

 

Je marche sur un sol pendu et éternel,

Je marche sur le boulevard des rêves brisés,

Je marche sur une terre mouvante et frêle,

Je pleure des rêves qui ma tombe ont creusé.

 

La bise est apparue, nous offrant engelures ;

Les membres s’engourdissent, les visages s’émacient ;

Nos rêves gèlent, s’anéantissent sans merci,

Leurs morts nous apportent la bise et ses parures.

 

Nos rêves rompaient les vices et tous leurs cercles,

Nos rêves hantaient mon amour, ils le pendaient,

Mes rêves tuaient l’affection, ils la saignaient,

Mais ils sont là, brisés par ce trop lourd couvercle.

 

Le désert de mon cœur se mouche dans mes bras,

Ce dernier moribond se couche sans éclats,

La névrose de mes rêves se récria

Du boulevard et une dernière fois hurla.

 

La fin d’un rêve, la fin d’une légende, la fin…

La fin, le début, la fin, le début, enfin,

Tout recommence et tout s’achève dans les râles,

Tout meurt et tout renaîtra dans l’amour final.

Par Luc - Publié dans : Gwellañ war 1985-1987 - Communauté : ECRIMANIA ou le désir d'écrire...
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Vendredi 27 janvier 2012 5 27 /01 /Jan /2012 09:16

Le château se situe en Angleterre. Du haut de ses tourelles, on peut contempler le vert paysage, à travers lequel serpentent des petits chemins de terre battue, séchée par le soleil contempteur de ce jour-là. Il apparaît rapidement que ce domaine est tenu par deux seigneurs. Le premier, aux cheveux clairs et le visage fin, est anglais, avec toute sa morgue, mais le cœur aussi noble que son âme se révèle dépravée. Le second vient d’Ecosse, comme en témoigne son faciès renfrogné et son kilt clanique ; il est roublard et couard.

 

Pour une raison inconnue, d’honneur, de possession, de femme, tout à la fois, je sais qu’un duel doit avoir lieu entre les deux tenants, à midi précis. Pour une raison inconnue, de détresse, de pauvreté et de déréliction, j’épouse la cause de l’écossais, qui n’a pas d’armes. Mon aide ne lui sera-t-elle pas plus précieuse si je lui en fournis ? Aussitôt je me mets à la recherche de mon vieux flingue, en vain. Il doit se trouver chez ma sœur, trop loin de toute façon. Je retourne dans l’ancienne chambre à coucher de cette dernière dans le plein ciel du Mée sur Seine, bien que cette pièce n’existe plus depuis longtemps. J’y trouve deux carabines à plomb, dont l’une s’avère blanche et l’autre dorée. Je tente de me souvenir de celle qui fonctionne le mieux, en m’avouant que même identifiée, elle sera de bien peu d’efficacité durant le duel. Tournant la tête, je constate le désastre de cette chambre de mémoire : gît à même le sol une boîte de film cinématographique, de la bobine duquel il ne reste plus que quelques mètres. De même sont entassés de nombreux cartons, contenant des canettes d’un soda américain, des chiffons...

 

Alors je retourne vers le chemin de ronde... Il est bientôt midi. Le compte à rebours va s’achever et l’anglais fait sonner les cinq dernières secondes par sa garde de rouge vêtue, étrangement équipée, choc de la modernité, de fusils d’assaut à pompe dernier modèle.

 

A l’avant dernier coup de semonce surgit l’écossais, l’air bien ennuyé, montrant mine déconfite, haussements d’épaules et mains ouvertes de l’insurmontabilité de ce qu’il va dire. Il annonce que tout cela est bien regrettable, mais il n’y aura pas duel car il n’y a plus de question d’honneur.

 

L’anglais se montre à son tour fort dépité, désappointé, et clame haut qu’en l’absence de duel, la femme subira la peine. L’écossais et moi-même nous interrogeons sur les modalités de cette dernière, et pour ma part je me déclare très surpris de la coupable désignée, dont j’ignorais l’existence jusqu’à ce moment. Une affaire de femme, murmurai-je.

 

Pour une raison inconnue, j’épouse la cause de la femme brune à la peau laiteuse, dont je n’ai pu croiser le regard, et tente de négocier le quantum de la peine. Je propose les verges, lesquelles paraît-il font tout aussi mal que le fouet, mais laissent moins de traces et cicatrices. Rien n’y fait : l’échec de ma médiation est patent, et le supplice va commencer. La chevelure jais tombe libre jusqu’aux trapèzes nus. Très vite dans la main de l’anglais, le fouet utilisé appelle ma vigilance : il s’agit d’un torchon qu’il mouille consciencieusement, et dont les coutures sont munies de petits nœuds.

 

Le premier coup est porté sans violence dans un claquement sonore. Le gémissement se fraie une place dans le décor dans le même temps qu’apparaît une petite trace, une contusion bleutée. Les autres coups suivent de près, auxquels répond un hurlement toujours identique. Sur chacune des estafilades tuméfiées, l’anglais repasse son pouce avec une précision mécanique, l’écho répondant au cri, en décollant la peau désormais morte par frottement dudit pouce. Des petites fibres noirâtres roulent sous son doigt, qu’il abstrait du corps du revers de la main, laissant la future cicatrice mauve et nette.

 

Le supplice continue. Il est maintenant cinq heures quarante-trois du matin. Je suis épuisé.

Par Luc - Publié dans : Deuil emmuré (du 4/5 au 27/7/00) - Communauté : ECRIMANIA ou le désir d'écrire...
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Jeudi 26 janvier 2012 4 26 /01 /Jan /2012 09:08

NDLA : ik vrage aan een keuring en blijkbaar de correctie voor die gedicht - merci aux locuteurs néerlandais de me faire savoir leurs suggestions de corrections pour que ce poème soit behoorlijk !

 

 

De eerste spiegels zijn niet ver van mij

Gevallen, en zij branden me.

Ik zie het ijs door

De ruit van het venster.

 

Het hoofd aan het venster

En geplant als een piket,

Ben ik verliefd, ben ik minnaar,

Mijn handen beven, zwakheid.

 

Mijn schotel land, Frankrijk,

Mijn zwaar land, mijn hart sierlijk,

Op een hand, zijn hand wachten,

Op zijn hart, zwaar hart wachten.

 

Par Luc - Publié dans : Gwellañ war 1988-1989 - Communauté : Les Bretons sont dans la place
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Mercredi 25 janvier 2012 3 25 /01 /Jan /2012 09:05

Tant de brutalité dans les voix aujourd’hui…

 

Toi tout d’abord, le vieil homme, aux allures de vieux sage radoteur, de vieux singe captieux et ergoteur, tirant des glorioles de je ne sais quel faux exploit, tout en jouant la fausse modestie, rompu que tu es aux techniques de communication… lesquelles ne me trompent plus un instant ; toi dont l’orgueil et le sentiment de supériorité te flouent sur ta vérité.

 

Toi ensuite, L. que je cherche, qui me parles sans précaution ni ménagement, mettant à mal ma légendaire fragilité et mon sens de l’humour si acerbe mais si démuni lorsqu’un autre vient s’attaquer à ma personne ; toi dont je désespère de la réciprocité du trouble que tu causes en moi, en qui je ne crois presque plus, que je voudrais effacer si n’était ce frein quand tu jettes tes yeux sombres sur ma triste face…

 

Toi aussi, qui m’avoues qu’un homme, c’est utile, alors même que nous avons achevé notre parcours commun voici neuf mois déjà ; toi à qui il a fallu le temps d’une gestation pour constater mon absence et paradoxalement les liens emmêlés qui nous uniront toujours, toi dont la seule voix me fait me rappeler à toi.

 

Toi également, que je ne connais guère, mélange peu subtil entre bourgeoisie et bon sens populaire, sans autre intérêt que ton visage de fouine à l’ironie mordante ; toi, fervente adepte du comique de répétition lorsque tu ne sais que trop que les coups qui me font mal sont ceux qui se répètent lourdement aux mêmes endroits, à un rythme industriel et lancinant.

 

Toi encore, qui me parles de ton ex-fiancé alcoolique, de ton incapacité à la prise de recul et au travail de deuil parce que nécessairement solitaire, de ton erreur systématique d’irréflexion ; toi que j’apprécie pour ta spontanéité généreuse, ta capacité d’écoute et surtout pour ton courage mêlé de sacrifice dans ce que tu viens de vivre.

 

Et toi, ressurgie de nulle part, d’un passé improbable, dont la vie tombe en ruines et qui parviens tout de même à conserver rire et sourire sans jaunisse, lorsque confronté à des événements identiques, je me serais suicidé depuis bien longtemps ; toi dont l’existence terrible ne paraît pourtant qu’orientée vers la fête et la légèreté, dans lesquelles tu tentes de m’entraîner, un salut par procuration.

 

Mais finalement, je reviens à l’important depuis un moment… A toi dont j’ai déjà parlé plus haut : montre-moi que tu ne veux pas de moi, repousse les avances que je n’ai pas faites ; refuse les présents que je ne t’ai pas offerts, les invitations que je n’ai pas commises, les caresses que je ne t’ai pas prodiguées, à la façon dont tu t’étranglas d’une incompréhension surprise lorsque je te nommai, sous couvert d’ironie au vernis culturel, « ma doulce ».

Par Luc - Publié dans : Viens (du 4/2 au 10/5/03) - Communauté : ECRIMANIA ou le désir d'écrire...
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Mardi 24 janvier 2012 2 24 /01 /Jan /2012 10:53

Nous étions tous, salariés de ce grand groupe de grande distribution, conviés à une grand-messe, et le lieu des festivités était étrangement situé dans l’enceinte du siège de l’un de nos plus grands concurrents. Je me hâtai, une fois la convention achevée, de quitter ce lieu où la débauche de grandeur me provoquait de la tachycardie. J’étais alors avec Jacques V. Celui-ci constate rapidement que le poste d’accueil destiné à diriger les clients est inoccupé. L’air grave, il s’y rend rapidement et je l’entends clairement dire à une cliente : « Bienvenue chez Casino. Que puis-je pour vous ? ». Etonné d’un tel comportement de sa part alors que nous travaillons pour Carrefour, il me répond que le service du client prédomine par rapport à l’appartenance d’enseigne, et qu’il s’agit d’ailleurs là d’un réflexe tout à fait normal chez tous les gens ayant exercé en magasin. Je suis stupéfait, fais un geste de dépit avec la main en soupirant de manière chuintée, et me dirige vers la sortie.

 

C’est alors que je tombe nez à nez sur J. Nous échangeons quelques paroles sans importance, pendant lesquelles je me surprends à accepter une sensible réduction de ma bulle habituelle d’un mètre au moins. Elle me parle très près, trop peut-être. J’ai comme l’impression que le temps s’est suspendu autour de nous, qui entamons une danse lente, les pieds immobiles et les bras traversant l’air chaud au ralenti. Elle pose une main sur mon épaule qui en tressaille, puis la descend pour pendre la mienne, la remonte et la pose finalement sur son sein droit. Nous continuons ainsi à discuter, dans cette posture étrange, la paume de ma main apposée sur son sein ferme, comme St Louis rendant la justice sous son chêne.

Nous sortons maintenant. Elle se propose de m’accompagner jusqu’à ma voiture, que je sais garée derrière le majestueux bâtiment. Nous le longeons sur sa droite tandis qu’avant de passer son bras gauche autour de ma taille, elle a saisi mon bras droit et l’a déposé sur ses épaules. Malgré la laine noire de son haut, je sens sa chaleur, accentuée encore par le franc soleil qui nous éclaire en se réverbérant douloureusement sur ma tenue beige clair.

Nous marchons ainsi, bras dessus, bras dessous, et je ne fronce les sourcils, ne plisse les yeux qu’en raison de la luminosité ; aucune acrimonie ne m’atteint en effet à raison de l’étrangeté qu’aurait dû constituer pour ma conscience le fait que quiconque puisse penser que nous sommes un vrai couple en observant notre lente déambulation. Et quoi ! Je suis marié tout de même…

Parvenus à ce que je pensais être le lieu de garage de ma voiture, je constate amèrement qu’elle ne s’y trouve plus. Je ne conçois alors plus rien à l’exception de la nuit en train de tomber. J. me fait comprendre qu’elle cherchera mon véhicule avec moi, et qu’à défaut de le retrouver, elle est toute disposée à m’accueillir pour la nuit.

Le caractère saugrenu de sa dernière hypothèse ne m’échappe pas : je suis marié et aime ma femme ; il est hors de question de la tromper pour une aventure que je devine parfaitement sans lendemain, nonobstant l’éblouissante beauté de la tentatrice. J’anticipe la scène de l’entrée dans son petit appartement, dans le salon duquel elle me demandera de patienter quelques minutes, le temps de se refaire une beauté. Notre rencontre, elle ne l’aura pas prévue, c’est évident. Sa détestation des poils, poussée au stade de l’épilation des avant-bras, l’incitera sûrement à parfaire sa présentation plus intime. Ce n’est qu’alors, à sa sortie de la salle de bains, que je refuserai ses avances : A. est tout pour moi.

C’est alors que J., devant lire dans ma divination, me fait part sans mot dire d’une expérience qu’elle eut dans le passé « à trois », interrompant immédiatement après sa transmission de pensée de points de suspension…

Qu’est-ce donc ? Etait-ce avec deux hommes ou avec un couple ? Peu importe, le venin du triangle amoureux est instillé dans mes veines battant à se rompre. Je nous imagine dès lors tous les trois, dans une chambre ; je suis assis sur un fauteuil, nu, et observe les préliminaires d’A. et J., timides tout d’abord puis passionnés. Mes yeux se strient de leurs mouvements lents et ondulants. Le venin me rend à la fois fou et kinesthésique. Je vois leurs visages magnifiques, puis leurs sexes magnifiques, soigneusement épilés mais coiffés différemment au niveau des pubis. Alors qu’A. ne conserve qu’une fine ligne châtain clair me donnant toujours le vertige, J. a opté pour un triangle plus grand que je ne l’aurais soupçonné, taillé ras, point cardinal, flèche intime d’un jais absolu sur sa peau intégralement bronzée. Je baisse fugacement les yeux sur ma virilité tendue, uniquement surmontée d’un petit rectangle châtain clair entouré d’une peau nette et glabre, et compose la jouissance géométrique : droite, triangle, rectangle se confondent dans le cercle amoureux.

Alors la scène s’immobilise, comme figée dans l’éternité. Il ne fallait pas aller plus loin. J’ai toujours détesté la pornographie, au plus profond de mes désirs d’esthétique pure, castrateurs.

Par Luc - Publié dans : Un an (du 25/8/05 au 13/6/06) - Communauté : ECRIMANIA ou le désir d'écrire...
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Lundi 23 janvier 2012 1 23 /01 /Jan /2012 10:34

Nous nous rendons à grand et fastueux mariage juif, c’est du moins ce que laisse à penser la présence de nombreuses kippas qui s’agitent autour de nous. Il y a là Christophe dans son costume léger de tergal clair, assez mutique, ce qui peut paraître étonnant en rapportant son caractère jovial habituel à une atmosphère normalement festive, s’agissant d’un mariage.

 

Nous descendons en famille de l’un des bus manifestement affrétés pour l’occasion et allons directement vers l’amassement public où est prévue la prise d’une photo de groupe. Comme à mon habitude, je me carapate afin d’éviter la corvée, n’ayant même pas vu les mariés. Après le doublement de la prise, le groupe compact se désagrège et je vois alors Christophe fendre la foule vers le buffet, l’air décidément sombre et quant à moi, j’attends que cessent enfin les conversations stupidement bourgeoises que des femmes entretiennent continument autour de moi, comme des vestales psalmodiant les vers de la cupidité et de la vanité matérialiste.

 

La soirée s’avance face à nous. Le buffet apéritif s’interrompt pour moi du fait de la nécessité d’aller voir ce que font Anne et les enfants. J’entre dans le bâtiment où sont théoriquement logés les invités, monte deux escaliers de béton gris en facilitant ma montée par des impulsions répétées sur les rampes de métal orange, puis encore deux autres après un palier, puis arrive dans le couloir où se trouve notre chambre ainsi que celle d’Ilana et d’Erwann. J’ouvre doucement la porte de la première ; Anne dort déjà, ce qui me plombe un peu sachant que nous ne sommes qu’à l’apéritif et que je n’ai rien mangé. Je la ferme encore plus adroitement pour me diriger vers la seconde qui s’ouvre dans un souffle d’air frais. Malgré l’obscurité, je ressens la taille importante de la pièce, et je reconnais l’odeur des parquets, des échelles de bois latérales, des cordes pendant dans le vide, de la peinture des panneaux de basket et des lignes au sol. C’est un gymnase, sans nul doute possible. Par la faible lumière extérieure passant à travers les lamelles d’aluminium garnissant les vastes fenêtres rabattables, je constate que les lits des enfants sont disposés précisément au fond du gymnase. J’avance à pas de loup dans cette direction, au centre du terrain entouré de murs que je devine blancs, revêtu d’un parquet ciré en effet.

 

A l’instant même où je peux constater dans l’obscurité la respiration régulière de mes rejetons jetés dans un sommeil salvateur, les lumières s’allument toutes avec un effet de projecteurs de DCA ou que sais-je encore, un concert de Jean-Michel Jarre, un spectacle organisé par le parti communiste chinois… En un mot, ça éclaire fort ! C’est alors que je vois Stéphanie, Vincent ainsi qu’un professeur d’éducation physique sautillant leur échauffement à l’autre bout du gymnase avant que de commencer à faire du mur. Les claquements sonores des balles de tennis sur les parois résonnent dans un boucan du tonnerre. Je me dirige vers eux en courant et en agitant de bas en haut mes mains ouvertes devant ma poitrine, dans un geste de supplication signifiant :

 

- MOLLO ! Y’a des gosses qui dorment ici ! -

 

Je me retourne vers les enfants, qui se sont naturellement réveillés dans l’intervalle et s’amusent désormais à grimper au panneau de basket. Erwann y parvient le premier, se jette dans le panier et atterrit en rebondissant sur son lit, hilare. Ilana reste en cochon pendu en haut du panneau, se balançant toute aussi ravie.

 

- Bon c’est cuit, puisque c’est comme ça, je me tire. -

 

Bien sûr le désir de taper quelques balles est puissant mais je me ravise, voyant Stéphanie quitter prématurément Vincent et le professeur, en grimaçant et boitillant, souffrant manifestement d’un pied. Je tente de la rejoindre à la sortie du gymnase, dans le couloir, mais elle a déjà disparu. Je me saisis sans trop savoir pourquoi d’un caddie vide à l’armature très éthérée et attends la venue de l’ascenseur situé à l’autre bout du couloir. D’autres personnes l’attendent semble-t-il, des Juifs peu avenants. La porte s’ouvre dans un piaulement. Je me précipite le premier dans l’ouverture et gare mon caddie avec précision dans un coin de la cabine à la moquette rase rouge orangé, sous l’œil mauvais d’un sectateur de celui qu’on ne nomme pas, aux pattes brunes trop prononcées. Je lève les yeux vers ses cheveux noirs ondulés, son profil haineux, le signal lumineux des deux étages qui défilent si lentement. La porte s’ouvre enfin, et cette fois, je sors le dernier avec mon caddie, avant que de me diriger vers les bus pour le retour. Je vois Anne et les enfants monter dans l’un d’eux.

 

Je m’apprête à en faire de même quand trois personnes me demandent du cash, prétextant une panne de leur véhicule jointe à un oubli de carte bleue. Leur habillement élégant atteste de leur qualité d’invités au mariage. Problème : ni Anne ni moi n’avons le moindre sou en poche, et à ce que je vois, nous n’avons rien du tout à l’exception de nos enfants. Ils repartent ennuyés et penauds, pas vraiment convaincus par mon argumentation pour tout dire. Quelques minutes plus tard, alors que je fume une cigarette à l’extérieur du bus et que l’impatience du départ commence à monter en chacun des passagers, les trois compères en costume noir reviennent. L’un d’eux a des traces noires sur le visage et transpire à grosses gouttes. Probablement a-t-il tenté de faire de la mécanique, de réparer lui-même la voiture. Bricoleur, va ! Une automobile moderne, ça ne se répare pas, c’est bien connu ! Il m’explique confusément que le garagiste obtus ne veut définitivement que du cash, pas de chèque, qu’il faut les aider.

 

Je songe au fait que j’ai une Visa, qu’il me serait facile d’aller jusqu’au distributeur le plus proche, de tirer de l’argent et de les tirer d’affaire par la même occasion, mais ce mariage m’a écœuré, énervé. Je me sens comme après une nuit pourrie durant laquelle je me serais réveillé, en ayant l’impression de choper la crève, à chaque heure entre deux heures et six heures quarante-cinq, la fréquence s’accélérant même à la vingtaine de minutes lors des trois derniers réveils. Alors non, pas de cash, pas d’efforts, juste le désespoir de la certitude, celle de la maladie à venir, de la fatigue alors qu’une importance échéance avait été si bien préparée.

Par Luc - Publié dans : Nevezintoù (nouveautés) - Communauté : ECRIMANIA ou le désir d'écrire...
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Mercredi 18 janvier 2012 3 18 /01 /Jan /2012 14:11

Nous arrivons avec Anna à la faculté de Lettres d’Aix en Provence. L’entrée est telle que de coutume, mais en entrant dans le bâtiment, nous constatons un immense hall noir, des parois au plafond jusqu’au sol de béton ciré de la même couleur. Nous ne voyons qu’une seule source de lumière : il s’agit d’un puissant éclairage situé au centre de gravité du plafond. Malgré cette luminosité, l’atmosphère générale demeure sombre. C’est en accoutumant peu à peu nos yeux à la pénombre que nous pouvons déceler la présence des salles de cours, situées sur chaque côté du hall. Elles ont toutes une entrée similaire : des portes vitrées coulissantes de verre fumé, étrangement munies de poignées béquilles recourbées blanches sur rosaces également blanches. L’une d’elles s’ouvre et se découvre l’architecture de la salle de cours : il s’agit d’un amphithéâtre sans gradins, dont l’arène se compose de trois blocs de pupitres joints de quatre rangées. A gauche, deux colonnes ; au centre, six colonnes ; à droite, deux colonnes sûrement, mais je ne peux les voir d’où je me situe. A ce moment, une jeune femme assise au premier rang du bloc central se retourne et agite vivement la main en notre direction. Il s’agit de Sklerijenn, la meilleure amie d’Anna. Elle nous fait signe d’approcher. Nous entrons en même temps qu’un troupeau d’étudiants qui se disposent hâtivement.

 

Peu après entrent sur le podium de l’amphithéâtre plat un professeur des universités et ses deux assesseurs. Ils prennent place avec solennité derrière leur haut bureau unique, de bois plein et massif, finement ouvragé et vernis. Leurs visages sont soudain éclairés par en dessous, des ampoules halogènes blanches invisibles à nos yeux devant être incluses dans le plateau du bureau, ce qui exagère encore leur air rigide et austère. A la fin d’un cours que je serais bien en peine de résumer, après y avoir été invités par le Professeur, quelques étudiants s’apprêtent à poser leurs questions, dont Anna qui sollicite d’un signe de la main le micro déambulateur sans fil. Toutefois, d’autres étudiants probablement un peu anarchistes ou peu satisfaits du contenu du cours, commencent à provoquer du tohu-bohu. Je m’extirpe de mon pupitre, ouvre rapidement la porte coulissante et m’éclipse en même temps que les plus réfractaires qui ponctuent leur départ en multipliant des gestes, nous dirons de dépit vulgaire, à l’attention des professeurs et des étudiants demeurant sagement assis.

 

Parvenu au bout du hall opposé à celui par lequel nous étions entrés, je débouche en pleine nature, plus précisément au sommet arrondi d’une colline provençale doté de magnifiques haies de troènes, soignées à la française. Ce serait presque un jardin du même type si n’était la terre sèche et aride, laissant la poussière jouer avec le vent naissant. Après quelques pas dans le faux labyrinthe végétal, je parviens à un parking circulaire, entouré des mêmes haies, jonché de la même poussière. Envel est là, à ma demi-surprise. Il sent le vin, ce qui n’est pas du tout surprenant. Nous montons dans sa grande berline noire dont la conductrice n’est autre que Solenn, ce qui est une vraie et grande surprise, elle qui fut évincée de l’entreprise par le premier cité voici presque deux ans. Elle me regarde les yeux brillants tandis que je prends place à l’arrière du véhicule, mais pas un trait de son visage bistre ne bouge. Je l’entends accélérer à fond sans changer sa position, en marche arrière et nous voici dévalant la colline cahoteuse de poussière et de cailloux blancs dans une C5 noire lancée à pleine allure en marche arrière. Les arbres, les haies, le ciel se confondent en une ligne hachée, irrégulière, d’une couleur incertaine. Je pose tranquillement ma nuque sur l’appui-tête, ma tempe sur la vitre fraîche, et regarde la ligne tressauter.

 

 

Par Luc - Publié dans : Nevezintoù (nouveautés) - Communauté : Les Bretons sont dans la place
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