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Kemennadennoù - informations

Bonjour à toutes et à tous,


Septembre 2005


Je suis plutôt né avec une machine à écrire que planté devant un PC, ce qui ne m'empêche pas de goûter la liberté de ton et d'opinion trouvée sur le ouèbe, ainsi qu'en atteste récemment la mobilisation très efficace pour le non au machin européen.

Alors, quelque peu dépité de la frilosité des maisons d'édition en termes de choix éditoriaux, je me suis résolu à ne plus passer par ces intermédiaires et livrer ma production directement aux lecteurs. Puisse mon propre "machin" vous plaire, et n'hésitez pas à émettre des remarques, observations, objections... insultes, mais aussi des félicitations qui réchaufferont mon échine meurtrie...

Kenavo ar c'hentañ !


6 février 2009


Chères lectrices, chers lecteurs,
Et voilà, s'achève ce jour la seconde publication d'importance sous forme de feuilleton (intitulé "Ar gouel diwezhañ", V. la catégorie du même nom sur ce site).
Dès vendredi prochain commencera donc un autre feuilleton, bien plus long, intitulé "L'Eglentreprise ou la religion de l'entreprise", que j'invite les travailleuses et les travailleurs, les capitalistes et les anti-capitalistes à lire sans retenue.
Un vendredi 13 !

15 octobre 2009

Aujourd'hui est publié le millième article de ce site littéraire (soit environ le tiers de ma production totale à ce jour, vous n'en avez donc pas fini avec moi !). Pour fêter ce seuil symbolique, je préconise le menu suivant afin de pouvoir enfin dormir :
Entrée : A-bunadh / Pall mall sans filtre
Poisson : Montrachet / Lucky Strike sans filtre
Viande : Gigondas / Camel sans filtre
Dessert : Yuriy Dolgorukiy / Pall mall sans filtre.
Et bonne nuit à toutes et tous !

Vendredi 13 novembre 2009

6

 

  Il s’agissait manifestement, enfin, d’une très grande entreprise, puisque de nombreux entretiens d’embauche avaient été prévus téléphoniquement avec l’interlocutrice du moins en moins jeune catéchiste, dont le cuir se tannait à mesure que fleurissaient en lui les racines putrides de l’expérience. La période d’inactivité qu’il avait du subir lui pesait encore, physiquement et surtout moralement : la confiance, chèrement acquise dans les incessants combats menés quotidiennement contre le doute ravageur, s’était subitement évaporée lors de son exclusion du groupe. Il se sentait dans la peau d’un Monseigneur Gaillot, en charge d’un évêché qui n’existe pas [1] et ne saurait exister dans le siècle. Dès lors, comment allait-il pouvoir affronter tous ces entretiens démuni du fondement même de l’Eglentreprise : l’estime de soi, fût-elle injustifiée ?

  Il se rappela soudain qu’il avait appris à mentir avec le temps, que sa candeur juvénile, son enthousiasme puéril s’étaient éteints sous les coups de femme de joie assénés par ses congénères. Lorsque la misanthropie menace, il n’est rien d’autre à faire que de lui céder : faute de confiance, il lui suffirait de s’en parer de tous les attributs, dans cette froideur mécanique et pleine de morgue que la timidité lui avait conféré. Il serait jésuite, technocrate, efficace et profitable. Il serait l’image du serviteur aveugle du Dieu Marché, de la fidélité à une croyance, au principe divin de l’entreprise. De toute façon, il n’avait pas le choix : laborare aut occidere, la règle inverse aux idées de Cicéron pour celui qui se soumet à l’entreprise.

 

  Pourtant… Ses sympathies allaient plutôt désormais aux Grecs, aux Egyptiens, aux Thraces, aux Lydiens même : le travail avilit l’homme [2], songeait-il en se remémorant l’absence totale de réflexion, de méditation ou d’élévation de la pensée durant son labeur d’exécution marseillais. De la même manière, le chômage, dans tout ce qu’il peut avoir d’angoissant, de sclérosant, s’avère foncièrement antithétique d’une paresse conçue et représentée comme devant faciliter le vrai enrichissement d’une vie :

 

- Ô Paresse, prends pitié de notre longue misère !

Ô Paresse, mère des arts et des nobles vertus,

sois le baume des angoisses humaines ! [3] -

 

  Toutes ses recherches sur la théologie du travail, celui-ci y étant conçu comme un facteur d’humanisation, l’avaient convaincu de l’absurdité de cette théorie.

  Au sens du catholicisme réactualisé, cette conception trouvait sa synthèse dans l’encyclique « Laborem Exercens » (1981), par laquelle Jean-Paul II proclama sans sourciller (la maladie de Parkinson ne l’avait pas encore atteint) que « par le travail, l’homme ne transforme pas seulement la nature mais se transforme lui-même, et devient plus homme ».

  En effet, l’homme par son travail imite Dieu (le jeune homme en était arrivé à douter fort de ses capacités d’imitateur dans ce cas, se glorifiant ironiquement de bâtir en six jours quelque chose de bien plus rigoureux que cette satanée planète.

  L’utopie de la paresse devrait patienter davantage. Des contingences plus matérielles que la nourriture de l’esprit venaient en effet réclamer leur dû avec l’insistance morbide d’un huissier de justice.

  Sa période de chômage avait eu des conséquences aussi diverses qu’un tri implacable des relations amicales, un couple en déliquescence et des ressources ayant fondu comme neige au soleil (mais il se trouverait encore et toujours quelque esprit pour affirmer avec (péro)raison que tous les chômeurs sont d’irrécupérables fainéants, ainsi que le déclamait l’illuminé prédicateur apostolique Seillière avec la fougue infatigable d’un Caton l’Ancien).

 

- Czego chce gotówka, tego i Bóg chce [4]... -

 

… souffla en polonais le jeune homme. Son chômage et ses interrogations sur la foi dans le secteur professionnel avait été pour lui l’occasion d’une brève analyse de la philosophie de la liberté en matière économique, développée par l’ancien Saint-Père si soucieux d’un soc social stable (Centesimus Annus, n° 48) mais libéral.

  Jean-Paul II reconnaissait liminairement que l’individualisme forcené était la négation même de l’idée de nature humaine (Veritatis Splendor, n° 32) et que « les interdits jalonnent le chemin de la liberté (…) [et] indiquent clairement aux hommes ce qui constitue une erreur, ce qui les écarte de la vérité et de l’amour de Dieu » [5]. Avec de telles considérations, on pouvait douter du soutien apporté par Jean-Paul II au système libéral. Il se serait alors rapproché de Léon XIII et sa fameuse encyclique Rerum Novarum (laquelle dénonçait le scandale de la condition ouvrière dans la société industrielle naissante). Pour le scoliaste, il ne fallait pas s’y tromper : il s’accordait entièrement avec J. Garello et contre G. Gronbacher [6] sur le fait que le personnalisme du précédent Pape ne pouvait être rapproché de celui de Mounier ou du pauvre Père. Dans ce contexte, la liberté était pour le Saint-Père une foncière auto-détermination, touchant à l’Etre. Comment dès lors concilier un refus tout théorique de l’individualisme, la saine présence d’interdits (qu’ils ressortissent d’ailleurs du religieux, de la morale, de l’éthique ou de l’ordre public), et cette auto-détermination absolue, libre et ontologique ? Un mystère de la Religion probablement…

  Mais ce n’était pas tout : si la prétendue libre auto-détermination était le terreau de toutes les théories entreprenariales et donc du libéralisme, Karol Wojtyła alla plus loin par son encyclique Centesimus Annus, dans laquelle il reprit clairement les idées de Von Hayek, Kirzner et Mises : « la liberté est au cœur de l’économie » [7]. Et plus encore, il procédait du postulat purement libéral selon lequel l’initiative économique (« la capacité d’initiative et d’entreprise », Centesimus Annus, n° 32) au sein du marché assurait nécessairement le bonheur collectif : « Chacun a le droit d’initiative économique, chacun usera de ses talents pour contribuer à une abondance profitable à tous, et pour recueillir les justes fruits de ses efforts » (Centesimus Annus, n° 32/34), ou encore « L’homme travaille pour subvenir aux besoins de sa famille, de la communauté à laquelle il appartient, de la nation et, en définitive, de l’humanité entière ». (Laborem Exercens, nn. 7 & 10 notamment). La dialectique purement formelle développée dans le point n° 42 de Centesimus Annus (distinction entre le bon capitalisme, encadré dans un système juridique ferme (ibid. n° 48, préc.), et le mauvais) n’avait guère convaincu le jeune homme : en effet, la formule « L'Église reconnaît le rôle pertinent du profit comme indicateur du bon fonctionnement de l'entreprise » (Centesimus Annus, n° 35) était on ne peut plus claire. En l’occurrence, relevait bien peu de la charité chrétienne et du principe de solidarité (confiés très ironiquement à… l’Etat dans Quadragesimo Anno (Pie XI), n° 88 et Populorum Progressio, n° 33  ! Pas à l’entreprise…) le fait de douloureusement constater que celui qui était sans talent se trouvait nécessairement privé du droit d’initiative économique par les règles du marché, et ne pouvait donc contribuer au « bien commun » : il était donc exclus, frappé de néant, et ne récolterait aucun fruit de la communauté. L’hypocrisie atteignait son comble, pensait-il, quand il releva que « tout en travaillant avec d'autres et sous la direction d'autres personnes, ils [les travailleurs] puissent en un sens travailler "à leur compte" » (Laborem Exercens, n° 15). Jolie conception pour une religion qui se voulait universaliste, humaniste et charitable. Comme disait en substance le Grand Vizir Iznogoud (membre éminent du conclave et probablement apparenté aux Médicis), « on devrait interdire la mendicité, elle incite à la charité ».

 



[1] Il s’agit du diocèse fictif de Partenia, né ex nihilo un mois de janvier 1995 sous les sables du désert d’Algérie, et dont notre saint Père fit la destination de l’évêque contestataire dans sa manière de vivre l’Evangile.

[2] V. notamment Platon in « La République », Livre V et « Les lois », III, ainsi que Xénophon in « Economique », IV et VI.

[3] Paul Laffargue, in « Le Droit à la Paresse », 1880. Quelques années auparavant, et l’influence du Second Empire ne paraît pas n’y être pour rien, on avait pourtant assisté à des phénomènes de « lutte contre la paresse » et de « retour de la morale dans l’usine », dans la conception toute paternaliste de l’hilarant F. Le Play (inspecteur général des mines et sénateur) pour qui le patron français était « un chef sévère mais juste, voulant le bien de son personnel ». J’en garde encore aujourd’hui un sourire béat, de celui qui illumine mon visage lorsque viennent à être rediffusés sur les ondes des sketches de Fernand Raynaud, Pierre Dac ou Charles de Gaulle, toutes ces vieilles choses désuètes qui conservent notre sympathie…

[4] « Ce qu’argent veut, Dieu le veut », probablement ce que disent les compatriotes de feu Karol Wojtyła depuis que le capitalisme et le pro-américanisme ont fait leur irruption dans ce beau pays.

[5] J. Garello, in « La Philosophie de la liberté chez Karol Wojtyła », revue « Liberale », supplemento n° 9, déc. 2001.

[6] In « Beyond Self-Interest. A personalist approach to human action », Center for economic personalism, Grand rapids, 2000, pp.64-65.

[7] J. Garello, op. cit., p. 10.

Par Luc - Publié dans : L'Eglentreprise ou la religion de l'entreprise
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Jeudi 12 novembre 2009

Rétention... C'est le seul mot qui me vient à l'esprit durant cette matinée de malaise. Est-ce l'effet magique du vin blanc de Sèvre et Maine, copieusement ingurgité la veille au soir ? Très probablement, tout autant d'ailleurs qu'il me remet en mémoire de nombreux souvenirs.

Ces soirées aixoises se passaient à boire jusqu'à plus soif, à rire, vrais et chauds les amis autour d'une table ! C'était aussi l'époque des insolences étudiantes, lorsqu'en travaux dirigés de droit civil, en maîtrise, à la question que me posait Madame Pancrazi-Tian, je débutai ma réponse, en imitant le ton de Serge July, par la phrase « En l'occurrence, j'crois qu'c'est clair, et y compris au niveau du... (sujet abordé). D'ailleurs, Carbonnier (Libé) l'a toujours dit... », tout en tentant de conserver mon sérieux, ce qu’Arnaud [1] avait bien du mal à faire à mon côté, en se mordant les lèvres. Ou encore cette autre fois, en travaux dirigés de procédure pénale, toujours en maîtrise, lisant un commentaire d'arrêt rédigé par mes soins, je ne parvenais plus à décrypter ma propre calligraphie, à quelques lignes de la fin... Alors je m'excusai auprès de l'assistante en invoquant le froid de mon appartement, qui avait rendu mes doigts gourds (!), et en concluant à propos des dernières lignes, « De toute façon, ça ne devait pas être bien important... ».

 

Décidément, tout me revient... Cette soirée à Saint Chamas où les deux frères Lagavardan se roulèrent des minutes entières dans la poussière, de rire, suite à une intervention hilarante de notre ami Tristan dans une partie de Fizz-Buzz. Celui-là ! Le seul qui ait jamais pu décrire Donald Duck dans le jeu Taboo...

- (N.B. visant à faire deviner un mot sans en employer les composés, ni pouvoir s'aider de mots contenus dans une liste détaillée sur une carte tenue par un joueur de l'équipe adverse, muni d'un buzzer pour signaler les irrégularités éventuelles) -

... comme « une espèce de Mickey avec un gros bec ». Au même jeu, navré de la nullité affligeante de son partenaire à l'intelligence peu éveillée ce soir-là, Tristan s'échauffait pour lui faire deviner le mot « Boisson » ; finalement très agacé par l'air interloqué de Jean-Loup, il lui admonesta un virulent « Mais merde ! Qu'est-ce que tu bois quand tu bois ? », de cette voix traînante mêlant le vin et  la fatigue, que nous aimons tant.

            D'autres souvenirs reviendront certainement dans l'avenir, mais pour le moment, un vrai sourire m'empêche de continuer...



[1] Arnaud Lagavardan, désormais surnommé inspecteur Lavardin.

Par Luc - Publié dans : Vivre... par dépit (du 24/6 au 20/9/96)
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Lundi 9 novembre 2009

Poussé violemment vers l'arrière, sans même une velléité de me raccrocher à quelque chose, j'ai offert mon dos nu au passé froid et humide. J'enfle encore et m'assoupis dans une bêtise que je croyais être de l'esprit.

De très haut, j'ai vu cette course, où plusieurs hommes cavalaient à vive allure... Ils se sont accrochés dans un virage, tourneboulés, et l'un d'eux, le corps sur une barrière proche, gigotait épileptiquement, tel un cafard ou un dytique sur le dos, dans des couinements et cliquetis métalliques d'élytres insupportables.

Pour oublier tout cela et que le sang circule un peu plus vite en mon étendue, j'assène à mon visage et ma poitrine de violents coups de poings. Je tords les poignets, distends les articulations... Je vis... mais je ne suis plus dès lors qu'un pantin vibrant sur une barrière.

Par Luc - Publié dans : Sourires jaunes (du 25/3 au 21/6/96)
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Mercredi 4 novembre 2009

  Dans l’apathie gagnant, du sexe triste à la haine à la mort.

 

  Après l’ennui… l’ennui… Deux sylvaines gentilles ont échoué dans l’amour que je devais porter à la journée.

  Dans une limite de bords, si j’avais trop descendu, peut-être m’eussé-je douté de quoi que ce soit, mais rien n’est arrivé, comme une déception pure, un manifeste froid, « Fou, l’art noir » [1]. Et s’ils pensent maintenant que je suis étrange, sans vie, sans activité professionnelle, je finis, moi, par douter de cette sacro-sainte envie d’attenter sournoisement à ma vie, puisque quoi qu’il en soit, nous allons tous crever.

  Je hais ; j’ai voulu voir ma vie se terminer d’un choc brutal aujourd’hui… Mais le tremblement n’est pas venu, je ne me suis pas crispé. L’Homme s’évanouit en moi. Je me hais. Ce sont les racines que je n’ai pas, les rancœurs (ma nourriture) et la rancune qui me soutient comme un tuteur, qui m’ont soufflé l’âme, comme un fétu. Je me hais. Je m’abaisse, rampe, meurt un peu plus à chaque avilissement, chaque pointage. Mais ce sont les seuls événements de cette vie. Mon corps se tortille vainement dans une lourdeur huileuse. Je me hais. Le ciel s’est fendu hier, et s’est vomi non loin de moi. Mes pieds baignent dans ce liquide et s’agglomèrent. Le mouvement est difficile. Pousser la bile. Piétiner l’opprobre. Je me hais.

  Comme le bœuf écorché de Soutine, je gis, la tête en bas et deux lames de fer plantées en travers de mes chevilles.

  Pas une partie de mon corps n’échappe désormais à mon regard de médecin légiste : je les sens toutes vivantes dans la douleur et exemptes de vices. La pureté par l’écorchure me mortifie car imméritée. Chaque souffle de vent frais en inspiration me fait mal aux dents. La souffrance sauve du sommeil et des rêves de grandeur, quand il a pu sembler quelquefois que nous n’étions pas nés sur cette terre uniquement pour attendre la mort. Il n’existe aucun espoir qui vaille la peine de s’y attacher, tout comme l’autre mérite notre respect mais pas que l’on se batte pour lui. Pour quoi faire ?

 

- Nemo plus juris ad alium transferre potest quam ipse habet -

 

  Ou autrement dit,

 

- nemo dat quod non habet -


 
Mais ce n’est pas fini, on va continuer
[2]… à rouler des yeux blancs aux passants de l’abattoir, attirés par l’équarrissage, l’odeur du sang et des chairs à nu. Les coups de chaîne s’abattent sur mes flancs meurtris, pour me faire travailler et attendrir la viande, m’a-t-on dit.

  Je relève pourtant la tête, maîtrise un spasme qui me tord le cou, tend les muscles de mes bras et hurle à travers les blessures où la brûlure s’insinue. Repensant à la veille, lorsqu’on m’avait ouvert le ventre dans d’horribles gargouillements, je regarde mes côtes bien ouvertes, comme une huître sur le sable en plein soleil. Peu à peu, je décèle l’astre derrière la brume ; tout s’efface à force de luminosité acharnée. Pas de tunnel, pas d’espoir, juste une violente brillance qui balaye tout alentours.

  Les pieds vers le ciel, j’approche l’empyrée, mon Elysée de mort et de pauvreté écorchée dans le vol d’un cygne blanc, ivre de clarté. Soupeser la plaie, défaire les nœuds puis faire cesser.

  Oui, ce soir, j’en ai été certain. Je vais me crever. C’est avec un sourire consommé et peut-être trop habitué que j’ai avoué. L’eau s’écoule régulièrement par son sas d’évacuation, en borborygmes sonores, pendant que chante une flûte de pan. Mon rapport au temps, une fois de plus, est sans signification par rapport au calendrier. Fier de ma raison, je marque mes joues d’encre en m’asseyant sur le papier que je trace, sans respect. Il demeure, dans le halo fourmillant de lumière, la honte du mensonge constant que j’entretiens sur l’avenir. L’œil rond sans idées, je suis une coquille de noix suivant le courant qui la hale. Ce soir, je sais avec certitude que je ferai preuve dans toute ma vie une seule et unique fois de volontarisme positif : je vais me crever.

  Le calendrier me rappelle parfois à lui. Encore un jour improductif, et dire que c’est ma fête n’est pas un vain mot. En ces moments où un hasard vous transforme en centre fugace du petit monde, il faut savoir faire preuve de lucidité. C’est alors que je réalise une donnée terrifiante : depuis combien de temps ne fais-je rien, que parler du… temps, qu’il fait, qui passe, médiocre ou va la cruche à l’eau qu’elle se casse. C’est tout de même incroyable ! Moi qui ai toujours craché sur les Jardin, Frison-Roche ou autres Rousseau, je me retrouve nature à disserter sur les tenants et les aboutissants du temps qu’il fait. Je dois réagir, me persuader à nouveau :

 

1.      que ma laideur m’a conféré le génie et l’ubiquité,

2.      qu’en tant que génie, la douleur et la mélancolie demeurent les seules certitudes [3],

3.      que nous sommes sur terre pour en baver un peu et ne rien connaître, ni avant, ni après.

 

  Penser qu’un jour peut-être, mon corps se balancera doucement sous une poutre, ondulant sensuellement, vain et grand.

  Mais je manque de souplesse.

 

  Ô Dieu, toi, qui provoques ma fin, tu reviens vers moi, et je t’entends me dire :

 

  « Tu ne te souviens pas de ce que tu as fait ou commis la veille au soir… Tu ne sais plus quel était ton visage à ce moment là. Tu es mort.

 

  Tu te penches vers le sol où s’écrasent en général tes espoirs… Tu vois que ce sol est comme un miroir, puisque c’est ton image qu’il renvoie. Tu es mort.

 

  Tu te relèves pourtant ; la tête te tourne affreusement. Alors, rêvant de verts collines et de jours sereins, dans la tempête de la bataille qui fait rage entre ta raison et cette envie de boire, tu vas te recoucher dans ton lit empestant la sueur. Tu es mort.

 

  Allongé, tu es dans cette position merveilleuse. La tête est douce, quelques larmes pourraient même couler tellement la sérénité t’est inconnue. C’est normal, comme la prémisse de ta mort. »

 

  Mais Dieu et son Eglentreprise polymorphe sont naturellement des gens pleins de ressources (à tous les sens du terme), dont la cruauté est l’offertoire des espoirs imbéciles d’intronisation de leurs exclus, dont le tabernacle recueille l’ambition dévorante de ceux-là qui pensent qu’un rebond est toujours possible.

  

  Ce fut le cas de notre exégète, repêché par hasard au plus profond de l’abîme métaphysique dans lequel l’avait plongé son exclusion du monde, lui l’adapté modèle au système, lui qui pensait qu’un travail n’était qu’alimentaire et ne pouvait être pris avec passion, lui qui pensait que la raison viendrait à bout de tout… Il était repêché, grâce à Dieu et surtout à quelques relations influentes dans le siècle, qui un soir de beuverie ou dans l’urgence d’un besoin opérationnel naturellement non anticipé, se rappelèrent son existence…



[1] Yves Buin in « De la déception pure, manifeste froid », Sautreau, Velter, Bailly, Buin, 10-18, 1973.

[2] « … à voler dans les airs et les supermarchés… », Les Têtes Raides in « Ginette », 1ère version dans la galette 25 cm « Not dead but bien raides » auto-produite, packaging carton, 1989. Râlez-pas ! Je l’ai, c’est tout ! Vous pourrez toujours l’acheter en version CD chez Tôt ou Tard, 10/98.

[3] Pour ressentir dans toute sa profondeur la bile noire et les maladies y afférentes, V. Aristote, « L’homme de génie et la mélancolie » (Rivages poche / Petite Bibliothèque, 4ème éd.).

Merci à Valérie N. de m’avoir fait découvrir cette lumineuse évidence, la première depuis « Qu’est-ce que s’orienter dans la pensée » de Kant (1786) : « Amis du genre humain et de ce qui lui est le plus sacré! admettez ce qui, après un examen scrupuleux et sincère, est à vos yeux le plus digne de foi, que ce soient des faits ou des arguments rationnels. Mais n'allez pas contester à la raison ce qui fait d'elle le plus grand bien de cette terre : le privilège d'être l'ultime pierre de touche de la pensée ».

C’est à l’occasion de la citation de cet opuscule génial à l’occasion que je réitère cette fois toute mon admiration à Alain Chareyre-Méjean (qui me l’a fait découvrir), dont je recommande à tous la lecture de la thèse « Le réel et le fantastique », 1991, sous la direction de Clément Rosset (ou le livre du même titre chez l’Harmattan, 1999).

Par Luc - Publié dans : L'Eglentreprise ou la religion de l'entreprise
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Mardi 3 novembre 2009

Nous y voilà. Après une longue absence de marche, notre petit groupe arrive sur la terre grise et bosselée, désertique. Nous faisons front à un mur de végétation vert-de-gris, si haut que nous n’en décelons pas les cimes, si opaque que je me demande s’il ne s’agit pas de béton sur lequel une végétation fantasque aurait tissé une toile inextricable. Toujours est-il qu’à cet instant de mes réflexions urbanistiques un dard de sarbacane, noir et aux pennes ressemblant plus à des mâchoires de poisson qu’à des plumes, vient se planter sur le tronc sombre sur lequel je m’appuyais, à hauteur de tête.

 

Nous nous abritons sans délai derrière toutes les anfractuosités possibles. Je risque un regard à l’extérieur de mon tronc salvateur et constate que le mur de végétation fourmille de petits bonshommes aux peintures blanches vaguement papoues, au teint sombre, le nez épaté et la mâchoire large, visage inquiétant entouré de chevelures presque crépues et ébouriffées.

 

L’examen de notre situation est vite fait. En choisissant la voie orthodoxe désarmés, nous allons droit dans le mur, ne pouvant réprimer un sourire à cette allégation. Il ne reste plus qu’une issue de repli, à droite de la scène, où nous savons que se trouve un désert de sable.

 

J’entends une voix marmonner que jamais nous ne distancerons des Arabes dans des ergs. Cette fois je ne souris pas. Je demeure interdit face à l’affirmation absurde selon laquelle nous ferions face à des Arabes quand tous les indices laissent à penser que nous nous confrontons à des Papous ou des Mélanésiens du même ordre.

 

Un temps indéterminable passe encore sans que nous ne bougions, et je ne peux, au risque de prendre une fléchette en plainte face, détacher mon regard du faciès simiesque et rigolard accroché dans la voûte arborée. Soudain, Marc, malgré sa haute stature, son évidente aryanité, paraît craquer et sort de son abri de fortune, et immédiatement quelques bonshommes de très petite taille se jettent sur lui et le traînent par les pieds, le faisant disparaître du champ de ma vision par la gauche, où j’ignore ce qui se trouve.

 

Pas un cri dans le silence ouaté, dans l’air parfaitement isolé.

 

Avec la capture de son frère, Luc, répondant aux mêmes caractéristiques techniques, se propulse hors de son thalweg et se rue dans la même direction, dans cette identique absence de bruit.

 

Je patiente quelques minutes mais les événements récents me contraignent également à réagir, et en courant courbé, zigzagant, je prends le côté gauche de la scène, sain et sauf. Je débouche dans le même souffle sur un grand salon, agréablement éclairé par la lumière du soleil par de larges baies vitrées. Dans le coin opposé à celui de mon entrée crépite un feu dans la cheminée. Détournant le regard sur ma gauche immédiate, je croise le magnifique sourire d’une jeune asiatique tenant entre ses mains quatre ou cinq cartes. Je baisse encore mon regard pour constater que quatre autres joueurs assis en tailleur complètent le cercle. Il y a une autre Japonaise, Luc, Marc et Anne, ma femme, dont j’ignore ce qu’elle fait ici.

 

Une partie de tarot se déroule devant mes yeux ébahis, laissant le mur végétal et le désert de sable loin derrière nous. Anne lance un dix de pique, chacun fournissant, avant de rejouer à pique, mais avec le roi cette foi. Quelle inconséquence ! La coupe va venir, et je prends une posture éplorée accompagnée d’une moue interloquée.

 

A l’instant même où l’atout doit tomber, la scène se renverse et nous tentons d’éviter de déraper sur cette pente trop raide grâce à notre lourd 4x4. En vain. Au cours de cette courte descente, le paysage se modifie sensiblement. Il ressemble au nord de l’Angleterre, à la Northumbrie, mais curieusement ensoleillée. Notre glissade s’achève sur le linteau de la large porte d’entrée d’un château du dix-septième siècle, dominant la verte campagne alentours, les chemins de terre claire, le fameux gazon anglais éternel, les trois bâtiments du château derrière nous.

 

Le 4x4 va tomber. C’est une question de secondes. Un craquement et la chute commence. Mon esprit semble vouloir déjà s’extirper de mon corps, le soulevant presque tellement ce dernier résiste à la mort absurde qu’est de devoir trépasser dans des symboles de richesse, lui qui n’a jamais aspiré qu’à la satisfaction de seuls besoins naturels et nécessaires.

 

Mais l’esprit, comme souvent, se révèle le plus fort et part en flottant sur le dos, lentement, avec certitude, dans la lumière pâle et chaude d’une salle d’accouchement. Mon corps distant de quelques mètres, je me prépare à rejoindre les ondes luminescentes, remontant la pente jusqu’au salon japonais. Voici mon ectoplasme proche de la cheminée, quai du départ, mais des rires me font tourner la tête immatérielle. Ilana et Erwann jouent sur les grandes dalles ocre. Erwann porte son pyjama rouge en polaire usée et peluchée, il court, dévie sa course, encore, n’est plus qu’à un mètre de moi quand je ne suis plus qu’à un mètre du feu, il est là et mon bras s’accroche à lui, retrouvant une matérialité inespérée.

 

Je suis mort. Je ne vais plus au soleil. Je suis vivant, allongé sur le sol dur et chaud sous l’œil grave de mes enfants, je suis vivant.

Par Luc - Publié dans : Nevezintoù (nouveautés)
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Lundi 2 novembre 2009

Un petit événement se faisant jour dans l'indifférence, il est naturel que je l'aborde simplement. Il est mort, et comment avouer que seule la dévolution de ses biens m'a affecté après la sensation d'extrême soulagement qu'a provoquée la nouvelle?

Cela me rappelle un autre décès, dont je crus un instant qu'il eût pu m'apporter la gloire. En cet été, il y a de nombreuses années de ça, je m'alanguissais à la terrasse d'un café quand une jeune fille m'aborda, interrompant le triste cours de mes impensées. Elle se révéla comme vendeuse d'une revue belge de poésies, « Le crayon mordu » ce me semble. Extirpé de ma torpeur, je m'intéressais incontinent à l'ensemble composé de la fille et de la poésie, sans arrière-pensées. Nous eûmes une conversation sympathique, comparâmes ainsi nos goûts désolés, bienqu'à mon habitude, en pratiquant cette maïeutique indigne, je monopolisai le dialogue et l'on ne pouvait guère recenser qu'un sujet unique : ma propre personne, telle que je l'eusse voulu être, et non mon être en lui-même. Sur ce, nous nous revîmes le lendemain, et je lui offris mon livre. Elle venait du nord ; une fois son travail saisonnier achevé, elle s'en devait retourner. Si fait, sans aucun échange d'adresses, une rencontre lettre-morte.

Un ou deux mois plus tard, sonnerie de téléphone... Sa mère... Aparté plein de médiocrité : ce n'est pas moi qui l'ai mise enceinte... Il ne s'agit pas de cela : cette jeune fille, dont je ne me souviens même pas du prénom, s'est suicidée... mon livre sur le rebord de sa table de nuit ouvert sur « Doublicide ».

Là, je réalise que cette mort ne m'a pas causé de peine. La voix douce de cette femme ne comprenant pas le pourquoi des choses, hébétée ou choquée, non plus. Tout m'était étranger, sauf un détail : ce livre, que je méprise autant que moi-même, avait pu concourir à la mort. Cette possibilité me remplit d'aise, songeant cependant immédiatement après que je suis trop lâche ou paresseux pour en faire de même.

Par Luc - Publié dans : Humeurs froides (du 2/1 au 23/3/96)
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Vendredi 30 octobre 2009

  De l’alcool au mauvais sommeil, du sommeil à la léthargie tout autant contrainte que complaisante.

 

  Comment avouer que cette vie d’inaction, d’oisiveté devrais-je dire, me convient à la perfection ? Commettre des haïkus sans y penser, une apologie de l’immobilisme, serait un avenir bienheureux.

  Mais ce soir, il est une tristesse difficile à tromper par l’image des jours à venir. Je demeure allongé sur le lit, le cœur battant à tout rompre et la gorge prise en étau, subissant on ne sait quelle malédiction que la culpabilité accentue encore. Maintenant je vais me délaisser dans les affres de l’inconscient et du sommeil, rêvant de ne pas trop cauchemarder.

  L’inaction, je m’en rends compte, est l’unique chose qui m’aide à penser. Lorsque je vaquais à mes occupations habituelles, que le travail pesait, je ne faisais rien, ne pensais pas.

 

  Le rapport au temps change.

 

  Tout s’éternise de plus. Les décades lancinantes se succèdent dans les humeurs changeantes, qui servent et desservent les plats sans que j’aie eu le temps d’y toucher. Le fruit, profiter de la joie, ne me sont qu’absence irrégulière. Cette image d’une chose vieille et craintive m’a marqué comme une tête de bétail. Les nuées vomissantes surgissent toujours lorsque l’on me pose une question sur ma situation. Je pourrais me battre, espérer, mais tout ceci ne sert de rien, est su de tout temps. La gorge se serre ; la glotte est la cloche dont le battant sera la luette, quand les mâchoires se pulvérisent l’une l’autre, à force de retenir le cri. Les yeux brûlent et les papilles dégorgent une acidité rancunière. Je détourne mon inexistence vers l’inactivité. Je bouge moins, m’enlumine, tel une chose vieille et craintive.

 

  Les sursauts, les révoltes, les espoirs s’étouffent comme des flammes sous le sable.

 

  Des moments fatidiques s’approchent, devant lesquels il faut réagir, quand l’immobilité seule meuble ma vie, meule et tourne ma conscience, meut mes rêves. Un pan voudrait-il atteindre aux nuées aveuglantes, à la lumière de l’acte, qu’immédiatement le besoin de s’asseoir, désolé et prenant, se fait oppressant.

  On ne peut que céder dans un son devenant soudain confus dans son achèvement, puis reprenant calmement, qui berce dès lors le conscient. Et je me retrouve létal, larvesque, léthargique. Je deviens image, répondant aux questions comme du papier glacé. Je me picturalise, me patine au soleil de l’été provençal. La vieillesse m’est douce et je m’y abandonne sans tourments… excepté celui de cette sensation de mort lente qui m’envahit lorsque je ne fais rien. Le craquement de mon bras qui se lève avec violence pour enfin frapper rageusement le sort contraire, l’injustice divine et l’organisation de ses serviteurs, se répète quand le membre retombe lourdement et sans passion sur un duvet moelleux, sans jamais avoir porté son coup.

  Obsession de l’action – regret des guerres ouvertes – refus du compromis – déni de paresse – action et mort… mais… déleitmotivation… ou encore total(e) (delete)motivation.

  J’imagine que les liqueurs de napalm aux senteurs subtiles qui jouent à flots longs dans mon estomac vont se calmer, l’apaiser pour me donner enfin à la mort nocturne. Les remugles de ma pusillanimité et de ma faiblesse me reviennent en langoureuses brûlures, et je ne désire plus que m’effacer devant cet ignoble souvenir. Penser que rien ne peut se voir être reproché revient à nier l’évidence, mais il faut cependant savoir déceler la coalition abjecte, la bêtise avide et méchante de l’autour de soi, qui ne saurait qu’être hostile.

  J’éprouve la nette sensation de décliner doucement, sans à-coups ni réaction de nuire, pétrifié par la remembrance de ma faiblesse.

 

  La chute est inévitable, une pente douce, un renoncement, mais une ultime réaction de terreur devant la gabegie, la honte et la hideur de soi, la pression sociale, le caractère inacceptable de la situation, dont on pressent l’inutilité.

 

  Soudainement, je me rends compte de l’ineptie de mon angoisse.

  Certes le matériel fut défaillant, ce dont je pouvais légitimement me plaindre, mais cela ne revêtait pas un caractère de gravité tel qu’il me procurât de sombres bouffées et nébulisât mon esprit des nuées affreuses de la terreur. Il me faut resserrer les boulons, faute de quoi ma belle machine continuera à branler insidieusement. Un café, une cigarette et un coup de fil… Me voilà plus calme : rien n’est résolu, ais je suis plus calme. Peut-être s’agit-il du temps, qui me façonne à son gré. Gris, je sombre ; bleu, je redresse la tête. Chercher encore à ne plus se laisser happer par les failles du concret. Je n’ai jamais été un rêveur ; alors je tente de devenir un penseur, ou un chercheur, un canoniste ou un exégète, en scrutant les moindres possibilités d’échappatoire.

 

  Je n’ignore pas, parallèlement, que toute quête est vaine, vouée à l’échec, mais on continue quand même, mécaniquement, pour ne pas perdre l’habitude de l’action.

 

  Puis on retombe. Sexe et télévision, ou plus exactement plus de sexe mais télévision sordide, TF1…

 

  Quelle peine de le dire… Le sexe m’ennuie désormais prodigieusement. Dans la répétition machinale et bestiale d’un va et vient purement inné, il ne fait que me rappeler, terriblement, le travail. Je croise parfois, au cours de la vie morne, quelques scènes de copulation.

  Au-delà du légitime émoi physique qui s’empare du bas de ma personne durant un instant, c’est surtout le dégoût qui prend le dessus sitôt que la réflexion met au pas la réaction.

  D’ailleurs, je ne ressens même plus la douleur ou le plaisir (« ‘même pas mal ! »), dans une sorte d’instance de déshumanisation. Je vais couler comme une larve sans avoir l’espoir de subir la mutation en chrysalide. En regardant Derrick et Côte Ouest, je tisse mon cocon de déjections. Le chômage si formateur a fini par m’apprendre le tissage.

  En visionnant les quatre simplets d’Alliage, les L5, Lorie, les Poetic Lovers ou Jennifer de Star Academy, se dandiner ridiculement devant les caméras, j’ai ressenti un tel dégoût que j’en ai été me coucher à 21H30… en hurlant :

 

-  Quelle daube !

 

  Il faut toutefois s’interroger sur le pourquoi d’une telle réaction. Et si cette violence non contenue ne représentait que l’envie, dans tout ce qu’elle possède d’affreux. En conscience, je psalmodie que l’envie n’a pas lieu d’exister au regard de telles caricatures d’art. Certes, mais arte-t-on sans reconnaissance ? Délicat, pour ne pouvoir juger de quelconque plébiscite, voire simple réintégration, dans un avenir incertain, toujours est-il que je demeure inconnu, tandis que ces pitres font se pâmer les adolescentes pré-pubères, et malheureusement les pubères aussi. Je pourrais passer mille fois devant le portail d’un lycée sans que quiconque me prête attention, si toutefois je ne me fais pas embarquer pour suspicion de tentative de détournement de mineur, d’enlèvement ou de viol, tractage pour le F.N., dans l’ordre de gravité des infractions… Résolvons-nous à l’évidence : je ne suis rien, dénué de tout talent (dans le cas contraire, « ça se saurait »…), et ne fais pas se coller les petites culottes au plafond une fois lancées sitôt mon entrée dans la pièce.

  Quelle ironie, quelle clownerie (pour rester poli)… Mon entendement serait-il si troublé que je ne saurais reconnaître l’art là où il se trouve, dans Star Academy ?

  Non, décidément, et quitte à me tromper, je préfère persister à courir me coucher dès 21H30.

Par Luc - Publié dans : L'Eglentreprise ou la religion de l'entreprise
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