Vendredi 18 mai 2012
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Suite aux changements d’horaires des TGV, je suis naturellement en retard à cette réunion se tenant à Paris. J’arrive à
demi suffoqué après une course entre un train et le métro, puis entre la bouche de métro et le grand immeuble de verre et d’acier, le tout sous une pluie battante. Le grand siège parisien s’offre
à moi, avec ses murs orange et chocolat, ses couloirs aux larges portes grises, dans une ambiance moderniste des années 70.
Entendant du bruit dans une salle, je me permets d’y entrer le plus discrètement possible. Assis au second rang, je
reconnais Pierre-Yves Provenchère, que je vais saluer sans autre formalisme en me glissant entre deux rangs. Nous nous serrons la main et il me présente son voisin de gauche, son nouveau chef
dont il m’avait brossé le portrait dans un récent courriel, probablement le seul senior director à partager nos goûts musicaux, Joy division
notamment. Je m’aperçois en secouant la main du directeur et tournant le regard sur ma gauche, d’où j’arrivais, la présence de Pierre-Bernard Hanneton, l’un de mes plus vieux amis, devant qui je
suis passé sans le remarquer, tout absorbé que j’étais par la présence de Pierre-Yves. Il me lance un léger sourire mais indique de son regard bleu, dans un mouvement volontaire du visage,
l’estrade désormais garnie : la réunion commence. Derrière lui, assis à une table disposée le long du mur, que je ne pouvais voir lors de mon entrée dans la salle, j’ai face à moi Stéphane
Buron, rigolard de mes maladresses répétées. Le fait que ces trois personnes, pour en être des amis, assistent à une même réunion alors même qu’aucun d’entre eux n’appartient à l’entreprise dans
laquelle j’exerce mes fonctions m’amène à logiquement conclure que je n’ai rien à faire ici. Ce n’est pas ma réunion, c’est indéniable. Eperdu, je regarde de nouveau Stéphane qui me fait signe de
la main et de la mimique que ma salle se situe deux fois à droite après celle-ci. Je tente donc de quitter la salle avec autant de discrétion que j’y suis entré, mais je perds des morceaux en
route, qu’engoncé entre deux rangs et gêné par le volume de ma valise je tente néanmoins de ramasser au fur et à mesure de ma progression, et mon portefeuille en dernier lieu, juste avant la
porte que je referme promptement, en nage.
Ainsi garni, je dépose toute mes charges sur une table de pause située dans une alcôve du couloir et reprends mon
souffle. Un homme d’entretien vêtu d’une combinaison grise, à l’air bourru, semble toutefois vouloir partager mon désarroi et se propose silencieusement de m’aider à trouver ma salle. Il ouvre
une première porte donnant sur l’alcôve où je me suis réfugié. Je passe discrètement la tête mais ne reconnais personne. Il referme donc et en ouvre une seconde, située à quelques pas de
là : des visages connus animent la réunion qui s’y déroule : c’est celle-ci ! Je décide d’attendre la pause pour me fondre dans le mouvement et m’installer subrepticement.
L’interruption s’avère longue à venir, et lorsque tous les convives s’ébranlent puis poussent la porte, je les vois sortir avec armes et bagages, comprenant que la réunion est terminée :
tout le monde rentre chez soi ou à son hôtel.
Je vois ma mère sortir à son tour de la salle en pestant contre l’inconséquence de cette réunion et presser les lambins
pour avoir son train. Que fait-elle ici, elle qui est en retraite depuis des années ? Je n’ai pas même le temps de la héler, elle a déjà disparu en tête du cortège. Je vois ensuite Pascale
Auger, qui a quitté l’entreprise depuis plus de dix ans, étrangement accoutrée, entre Pérou et Place des Vosges, l’air dépité sermonner de loin Nathalie Pailloux, qui a quitté la société à peu
près au même moment que la précédente et invective de plus belle en retour cette dernière en traînant sa valise à roulettes. Je me résous à suivre le flot des gens dont je ne comprends pas la
présence, dans l’ascenseur puis à la station de taxis.
Après quelques dizaines de minutes de route nocturne et humide, j’arrive chez mon père, qui n’habite plus Vernouillet
mais les environs de Sens. Je le salue avec bonhomie mais ne tarde pas à faire part de mes velléités de rentrer chez moi, à Aix en Provence. Mon père et Valérie, ma belle-sœur, me demandent à
quelle heure est mon train. Je réfléchis quelques secondes avant de devoir répondre que je n’en sais rien puisque je n’ai pas de billet. Ils s’esclaffent avant de me moquer gentiment. Mon père,
concentré, va chercher des informations sur Internet et me dégotte rapidement un trajet adéquat selon lui : Sens-Lyon Vaise – Lyon Part-Dieu par le métro – Aix en Provence TGV. Pas mal… Un
doute me saisit néanmoins quant à la gare de Vaise : combien de temps pour faire Sens – Lyon Vaise ? Mon père regarde le détail de sa recherche puis me répond sans
surprise :
- « Cinq heures et demi par
Villefranche sur Saône,
ce qui nous fait une durée totale
de voyage de sept heures et quart ». -
A ce compte là, je serai de retour chez moi le lendemain ! Alors je préfère encore une fois renoncer, repartir à
pied sous la pluie, dans la nuit de l’Yonne, pour trouver un taxi ou une gare pour rentrer à Paris, qui me ferait oublier les conflits, les réunions de travail, le stress des nuits
agitées.
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