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Kemennadennoù - informations

Bonjour à toutes et à tous,


Septembre 2005


Je suis plutôt né avec une machine à écrire que planté devant un PC, ce qui ne m'empêche pas de goûter la liberté de ton et d'opinion trouvée sur le ouèbe, ainsi qu'en atteste récemment la mobilisation très efficace pour le non au machin européen.

Alors, quelque peu dépité de la frilosité des maisons d'édition en termes de choix éditoriaux, je me suis résolu à ne plus passer par ces intermédiaires et livrer ma production directement aux lecteurs. Puisse mon propre "machin" vous plaire, et n'hésitez pas à émettre des remarques, observations, objections... insultes, mais aussi des félicitations qui réchaufferont mon échine meurtrie...

Kenavo ar c'hentañ !

Jeudi 24 mai 2012 4 24 /05 /Mai /2012 08:55

Je tourne et avance plus faiblement... Le vent de face en est-il la cause ? Ce serait un subterfuge bien particulier. Alors me souciant plus encore du réel, je tourne le dos à l'extérieur. J'aimerais qu'à cet instant une flèche, décochée par qui l'aura voulu, vienne se planter entre mes omoplates, ou qu'un sniper, la larme à l'œil, s'occupe de mon aisance.

 

Mais non... la cible est trop belle et trop facile ; la mort subodore le piège, et dans sa méfiance, m'évite autant qu'elle le peut. La flèche ne vient pas et les jours s'allongent sur un parterre de dépit. Je la voudrais prendre à deux mains et d'un geste brusque en transpercer mon front, pour fouiller dans l'innommable gabegie qui me sert de raison. Sarcler, récurer cet intérieur diverti... Mais où que je porte les yeux, je ne saisis pas de tel trait empenné à la pointe durcie. J'entends plutôt mes feintes, mon angoisse obscurcie... et les jours qui s'allongent les jambes serrées.

Par Luc - Publié dans : Humeurs froides (du 2/1 au 23/3/96) - Communauté : ECRIMANIA ou le désir d'écrire...
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Mercredi 23 mai 2012 3 23 /05 /Mai /2012 09:48

Je voguais donc dans la mer d’huile de la tranquillité d’une fin de nuit. Celle-ci se situait curieusement en fin d’après-midi, durant lequel je travaillais comme à l’accoutumée.

 

Cependant, l’apanage de la nuit est une douce solitude, celle-là même que je recherchais plus haut.

 

Soudain, je le vis arriver, l'être honni et souriant. Je crois tout d’abord à une hallucination, puisqu’il devait vaquer à ses occupations distantement de plusieurs centaines de kilomètres…

 

J’exècre cet homme, qui pense que tout peut s’arranger par la discussion, que la concession est reine dans l’art de la manipulation psychologique. Malgré son âge mûr, il ne jure que par anglicismes barbares et modernistes, se complait dans l’absolue nécessité de la communication et il pleure (de joie) comme je pisse sur les plaquettes des organismes privés et communicants de formation professionnelle, par subtils jeux de flèches et d’ensembles sophistiqués à double sens, et la boucle est bouclée…

 

Il est là, désormais. Lorsque j’insinuai qu’il eut dû être ailleurs, il pouffa et répondit :

 

- « Ah ! ? Non, je suis là, et je resterai ! » -

 

Il ne me fera pas ça, il ne fera pas ça ! Adieu, harmonie ! La perversité fourbe et torve, l’œil de la modernité conservatrice se pose sur moi. Dès lors la nuit se situe bien, en temps et lieu, en fin d’après-midi, par sa faute. De surcroît, je déteste prendre mon petit-déjeuner en début de soirée.

Par Luc - Publié dans : Marseille (du 2/4/97 à février 1998) - Communauté : ECRIMANIA ou le désir d'écrire...
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Lundi 21 mai 2012 1 21 /05 /Mai /2012 09:19

Une course sans folie, à travers les bois, au guidon d'une mobylette. Les pins entourent la scène oblique qui se déroule sur un coteau parsemé de mousses si vertes et de pics de pierrailles calcaires trop blanches. L'adolescent constate avec désarroi l'inclinaison à quarante-cinq degrés de sa machine, un pied au sol, la courroie souple...

 

Peu de temps après, l'homme se retrouve dans un décor suburbain dont le ciel de béton est strié par les minces apparitions des lanières du ciel d'air, perçant entre deux ponts suspendus, entre deux fuites d'eau. Il abandonne la meule, devenue inutile puisque revenu à la ville.

 

Il marche donc, et sans tomber, il heurte le sol avec son visage, plusieurs fois, le côté gauche du nez, la pommette gauche, l'arcade et le front. Il frappe en ne ressentant que le son des chocs sourds issus des contacts charnels entre l'os et le ciment.

 

Il relève son visage et se voit, une narine bouchée, la gauche bien sûr, à peine tuméfié pour le reste... Alors il ne comprend plus, lorsque les trépidations vibrantes des coups résonnent encore à ses oreilles.

Par Luc - Publié dans : Sourires jaunes (du 25/3 au 21/6/96) - Communauté : ECRIMANIA ou le désir d'écrire...
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Vendredi 18 mai 2012 5 18 /05 /Mai /2012 15:10

Suite aux changements d’horaires des TGV, je suis naturellement en retard à cette réunion se tenant à Paris. J’arrive à demi suffoqué après une course entre un train et le métro, puis entre la bouche de métro et le grand immeuble de verre et d’acier, le tout sous une pluie battante. Le grand siège parisien s’offre à moi, avec ses murs orange et chocolat, ses couloirs aux larges portes grises, dans une ambiance moderniste des années 70.

 

Entendant du bruit dans une salle, je me permets d’y entrer le plus discrètement possible. Assis au second rang, je reconnais Pierre-Yves Provenchère, que je vais saluer sans autre formalisme en me glissant entre deux rangs. Nous nous serrons la main et il me présente son voisin de gauche, son nouveau chef dont il m’avait brossé le portrait dans un récent courriel, probablement le seul senior director à partager nos goûts musicaux, Joy division notamment. Je m’aperçois en secouant la main du directeur et tournant le regard sur ma gauche, d’où j’arrivais, la présence de Pierre-Bernard Hanneton, l’un de mes plus vieux amis, devant qui je suis passé sans le remarquer, tout absorbé que j’étais par la présence de Pierre-Yves. Il me lance un léger sourire mais indique de son regard bleu, dans un mouvement volontaire du visage, l’estrade désormais garnie : la réunion commence. Derrière lui, assis à une table disposée le long du mur, que je ne pouvais voir lors de mon entrée dans la salle, j’ai face à moi Stéphane Buron, rigolard de mes maladresses répétées. Le fait que ces trois personnes, pour en être des amis, assistent à une même réunion alors même qu’aucun d’entre eux n’appartient à l’entreprise dans laquelle j’exerce mes fonctions m’amène à logiquement conclure que je n’ai rien à faire ici. Ce n’est pas ma réunion, c’est indéniable. Eperdu, je regarde de nouveau Stéphane qui me fait signe de la main et de la mimique que ma salle se situe deux fois à droite après celle-ci. Je tente donc de quitter la salle avec autant de discrétion que j’y suis entré, mais je perds des morceaux en route, qu’engoncé entre deux rangs et gêné par le volume de ma valise je tente néanmoins de ramasser au fur et à mesure de ma progression, et mon portefeuille en dernier lieu, juste avant la porte que je referme promptement, en nage.

 

Ainsi garni, je dépose toute mes charges sur une table de pause située dans une alcôve du couloir et reprends mon souffle. Un homme d’entretien vêtu d’une combinaison grise, à l’air bourru, semble toutefois vouloir partager mon désarroi et se propose silencieusement de m’aider à trouver ma salle. Il ouvre une première porte donnant sur l’alcôve où je me suis réfugié. Je passe discrètement la tête mais ne reconnais personne. Il referme donc et en ouvre une seconde, située à quelques pas de là : des visages connus animent la réunion qui s’y déroule : c’est celle-ci ! Je décide d’attendre la pause pour me fondre dans le mouvement et m’installer subrepticement. L’interruption s’avère longue à venir, et lorsque tous les convives s’ébranlent puis poussent la porte, je les vois sortir avec armes et bagages, comprenant que la réunion est terminée : tout le monde rentre chez soi ou à son hôtel.

 

Je vois ma mère sortir à son tour de la salle en pestant contre l’inconséquence de cette réunion et presser les lambins pour avoir son train. Que fait-elle ici, elle qui est en retraite depuis des années ? Je n’ai pas même le temps de la héler, elle a déjà disparu en tête du cortège. Je vois ensuite Pascale Auger, qui a quitté l’entreprise depuis plus de dix ans, étrangement accoutrée, entre Pérou et Place des Vosges, l’air dépité sermonner de loin Nathalie Pailloux, qui a quitté la société à peu près au même moment que la précédente et invective de plus belle en retour cette dernière en traînant sa valise à roulettes. Je me résous à suivre le flot des gens dont je ne comprends pas la présence, dans l’ascenseur puis à la station de taxis.

 

Après quelques dizaines de minutes de route nocturne et humide, j’arrive chez mon père, qui n’habite plus Vernouillet mais les environs de Sens. Je le salue avec bonhomie mais ne tarde pas à faire part de mes velléités de rentrer chez moi, à Aix en Provence. Mon père et Valérie, ma belle-sœur, me demandent à quelle heure est mon train. Je réfléchis quelques secondes avant de devoir répondre que je n’en sais rien puisque je n’ai pas de billet. Ils s’esclaffent avant de me moquer gentiment. Mon père, concentré, va chercher des informations sur Internet et me dégotte rapidement un trajet adéquat selon lui : Sens-Lyon Vaise – Lyon Part-Dieu par le métro – Aix en Provence TGV. Pas mal… Un doute me saisit néanmoins quant à la gare de Vaise : combien de temps pour faire Sens – Lyon Vaise ? Mon père regarde le détail de sa recherche puis me répond sans surprise :

 

- « Cinq heures et demi par Villefranche sur Saône,

ce qui nous fait une durée totale de voyage de sept heures et quart ». -

 

A ce compte là, je serai de retour chez moi le lendemain ! Alors je préfère encore une fois renoncer, repartir à pied sous la pluie, dans la nuit de l’Yonne, pour trouver un taxi ou une gare pour rentrer à Paris, qui me ferait oublier les conflits, les réunions de travail, le stress des nuits agitées.

Par Luc - Publié dans : Nevezintoù (nouveautés) - Communauté : ECRIMANIA ou le désir d'écrire...
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Mercredi 16 mai 2012 3 16 /05 /Mai /2012 08:39

Le réveil tardif est sombre. Le froid, aux morsures duquel on s’était habitué, se contente lors de caresser une épaule, passer langoureusement sa main glacée du dos à la poitrine recroquevillée. C’est un amant sûr, qui sait provoquer le frisson… mais pas le désir. En baissant une tête déjà rentrée dans les épaules, je serre les jambes, et ces genoux qui ne s’emboîtent pas. Je me vole ma propre chaleur, et ne garde en mémoire que cette impression de suffocation, lorsqu’il avait fallu partir la veille au soir, que j’avais bien cru céder au sanglot.

 

Mais a priori, rester fort et inébranlable, contre ma volonté, devait demeurer mon dû, de même que je l’ai faussement paru quand l’insupportable luminescence des vitrines (marchands du Temple…), présageant d’une fête convenue dans l’envol stupide des clameurs joyeuses… m’avait éclaté à la gueule.

Par Luc - Publié dans : Arbeit (du 16/10 au 29/12/95) - Communauté : ECRIMANIA ou le désir d'écrire...
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Mardi 15 mai 2012 2 15 /05 /Mai /2012 09:04

C’est sans confusion, avec une absolue certitude, que je sens mon corps pourrir et mourir. Les points de douleur s’accentuent à mesure que tu t’effaces, tout en m’imposant encore ta présence terrible. Ma langue cherche les trous putréfiés dans les interstices des dents déchaussées. Mes doigts s’enfoncent dans le gras recouvrant les muscles déchirés, avec intérêt et plaisir. Je malaxe violemment mon ventre et le déforme, provoque les ignobles gargouillis et en grimaçant, hais un peu plus ce corps massacré.

 

Je repars sur cette voie déjà arpentée, cotée, soigneusement mesurée, et en éprouve une douleur identique. L’acceptation et le deuil ne me sont pas coutumiers. Ou bien le sont-ils continûment, et alors je m’enfonce, un œuf sur la vase tremblante. Je coule peu à peu, un bien faible martyr qui ne crie pas.

 

J’aurais du plonger la tête vers l’avant.

Par Luc - Publié dans : Autopsie du désir en fuite (1/1 au 29/6/02) - Communauté : ECRIMANIA ou le désir d'écrire...
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Lundi 14 mai 2012 1 14 /05 /Mai /2012 09:28

Les pieds qui se frottent dans le froid sans contenu font tout repartir…

 

Tout comme moi, une fois encore accablé par les rires et les paroles hautes, que je n’ai pu supporter plus longtemps. J’ai tenté un moment durant de sourire, de participer à la joie commune, tel que je m’en croyais capable depuis le contrôle, mais tout cela me paraissait apparent, factice, et je me suis raidi, bloqué. Mes dents se sont serrées et mes mâchoires écrasées l’une sur l’autre. Les mots de personnes éventuellement aimées ne ricochaient plus, ils pénétraient comme des pointes dans ma chair ouverte.

 

Je me rigidifie encore, deviens agressif et presque méchant, mais toujours courtois et bourgeois. Ils veulent me sauver et je les gifle de mon mépris. Ils veulent partager leur bien-être et je leur renvoie un simulacre de mort. Alors dans une dernière tétanie, je me suis levé, ai brièvement salué et renoncé. Je suis donc parti avant le plat de résistance, pour ne plus avoir à haïr, entretenir la confusion formelle et lisser le masque heureux.

 

Dans une faiblesse incroyable, j’ai délégué tacitement à une amie le soin d’évoquer mon trouble continu et autodestructeur, qu’il était recommandé de socialement présenter comme (f)actuel et contingent… J’ai faibli lourdement ce soir. Pas de gens par pitié, pas de gens près de moi… Je suis fatigué.

Par Luc - Publié dans : Chair (du 15/10 au 31/12/01) - Communauté : ECRIMANIA ou le désir d'écrire...
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