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Kemennadennoù - informations

Bonjour à toutes et à tous,


Septembre 2005


Je suis plutôt né avec une machine à écrire que planté devant un PC, ce qui ne m'empêche pas de goûter la liberté de ton et d'opinion trouvée sur le ouèbe, ainsi qu'en atteste récemment la mobilisation très efficace pour le non au machin européen.

Alors, quelque peu dépité de la frilosité des maisons d'édition en termes de choix éditoriaux, je me suis résolu à ne plus passer par ces intermédiaires et livrer ma production directement aux lecteurs. Puisse mon propre "machin" vous plaire, et n'hésitez pas à émettre des remarques, observations, objections... insultes, mais aussi des félicitations qui réchaufferont mon échine meurtrie...

Kenavo ar c'hentañ !

Jeudi 23 mai 2013 4 23 /05 /Mai /2013 11:58

A plusieurs reprises ces derniers jours, j’avais senti s’agiter une petite fibre maligne, une hormone qui s’était pourtant rendue bien discrète naguère. Mais des rires m’ont fait sursauter, de ces rires que l’on ne voudrait jamais connaître, repoussant loin l’envie d’écrire, quand son propre dos frappe l’intérieur du corps à n’en plus pouvoir.

 

Les dents se chevauchent et vacillent ; les articulations douloureuses renvoient des centaines de messages apitoyables au cerveau, qui ne les saisit pas.

 

Sale journée…

Par Luc - Publié dans : Marseille (du 2/4/97 à février 1998) - Communauté : Poésie française
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Mercredi 22 mai 2013 3 22 /05 /Mai /2013 09:28

Je suis au sommet, enfin. Je domine dans l’air tiède et fiévreux, dans le son des sanglots avortés, les deux versants de cette montagne douloureuse.

 

Voici le premier, en plein soleil, aux crêtes arides et sentiers décharnés : c’est la révolte, qui gronde en toute sincérité, hurle sa souffrance sans pudeur. Elle joue de son charisme, de son empathie, de l’adhésion qu’elle suscite. Elle est l’espoir et son cortège de drames quotidiens, de déceptions successives.

 

Tellement trompé que ma tête tourne.

 

J’oscille et pose mon regard sur l’autre versant, plus sombre et humide, que le soleil n’arrose pas de ses rayons enflammés. C’est la résignation, qu’une pointe d’ironie vient rendre aimable. Elle joue avec l’âme entre douleur et normalité, une mithridatisation du malheur. Elle ondule souplement entre une larme éphémère de dépit et une digression humoristique. Elle module le réel, égalise l’existant, aplanit tout. D’ailleurs, ce versant est moins pentu que la face de la révolte.

 

Là, maintenant que le vent s’est levé et tourbillonne, je commence de me balancer, de manière chaque fois plus accentuée. Je vais tomber ; j’ignore de quel côté.

 

Puisses-tu encore faire tomber le vent, me laisser au sommet.

Par Luc - Publié dans : Corps rompu (du 8/8 au 13/10/01) - Communauté : Poésie française
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Mardi 21 mai 2013 2 21 /05 /Mai /2013 09:43

Le frisson qui me parcourt n'est pas celui du chasseur, mais bien celui du lièvre craintif résistant de toute force à l'issue fatale. Un tremblement de fièvre m'a secoué quand le trait a transpercé ma conscience. Dieu seul sait comment ce dard était froid, tandis qu'il eut dû me brûler affreusement.

 

La truffe frémissante, les oreilles rabattues, j'ai constaté la présence de quelques oisillons bruns et roux, cherchant à picorer le sol de marbre, les plumes ébouriffées et le bec fébrile. Prêt à bondir hors de ma tanière, j'ai encore vu mes amis les chats écrasés sur les incisions goudronnées. Impatient et l'échine tressaillante, j'ai enfin pu jeter un regard sur la lumière, qui existe donc bien, qui ne laisse de m'étonner.

 

Quelques particules de terre meuble viennent frotter mes moustaches trépidantes, et mes yeux prennent la taille de mon terrier : circulaires, noirs et profonds... Cette fois, je ne courrai pas...

Par Luc - Publié dans : Sourires jaunes (du 25/3 au 21/6/96) - Communauté : Poésie Passion
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Vendredi 17 mai 2013 5 17 /05 /Mai /2013 10:31

Un océan montagneux de glace m’entourait. La placidité habituelle de ce type de paysage n’était pas de rigueur ce jour-là : il s’agissait d’une mer en mouvement, sauvage, qui craquait de tous côtés. Mon appareil volant noir, ressemblant à un ULM muni de deux longs patins, parfaitement adapté à la neige, remontait doucement une côte glacée quand un tremblement de mer blanche bouleversa complètement l’environnement, des creux et des vagues rugissantes à l’écume neigeuse me circonscrivirent, formant un anneau profond et véhément autour de moi. Ma machine n’était pas assez puissante pour remonter la pente désormais à plus de quarante degrés. Sur le rebord de ce que j’étais bien contraint d’appeler un cratère, un Yéti aussi blanc qu’inquiet tentait de m’indiquer comment m’en sortir, en mimant des génuflexions de droite et de gauche, de ridicules petits patins jaunes sous ses grands pieds joints. Tirer des bords pour remonter ? Moi je voulais bien mais le faible moteur de mon véhicule ne l’entendait as de cette oreille, ni d’ailleurs n’entendait plus rien du tout et renonçait à l’ascension, résigné et las dans une descente inexorable. Je mis pied à glace et ma machine, libérée de mon poids, s’envola sans difficulté vers le Yéti incrédule.

 

J’allais donc me noyer dans cet enfer neigeux, car au fond du cratère, c’était bien de l’eau que je voyais, d’un bleu vert profond ne m’inspirant aucune confiance. Au moment même où mes pieds allaient s’enfoncer dans l’onde, passa au-dessus de ma tête dans un sifflement un objet ressemblant fort à une lance, mais qui à son premier contact avec l’eau se développa instantanément en une corolle d’au moins cent mètres carrés, d’une couleur sensiblement similaire à celle de la mer. Je me jetai à son bord sans réfléchir plus avant, comme un naufragé tombant sur une magnifique pièce de bois flottant au gré des courants. La corolle s’avéra assez spongieuse d’aspect, ainsi que l’indiquaient les traces profondes de mes pas sur sa surface, mais parfaitement étanche.

 

Au sec sur son sol mouvant, je repensai à la veille au soir, lorsque je m’étais garé non loin de la paroisse Saint Potin, à Lyon dans le 6ème et que des amis asiatiques m’avaient emmené dans le nouvel et immense centre commercial de douze étages construit sur la place Edgar Quinet, et que l’un d’eux me commentait dans un langage incompréhensible, avec forces gestes d’enthousiasme, alors que nous nous tenions au centre du rez-de-chaussée, l’aménagement de tous les étages, ce qui avait provoqué mon vertige instantané. J’avais conduit comme un fou pendant un temps indéterminé tout autour du parc de la Tête d’Or et je m’étais retrouvé au petit matin dans la déserte étendue arctique, de manière irreprésentable.

 

Je marchais sans but et toujours en rond sur la corolle de sauvetage, m’approchai parfois du bord tandis que les hurlements du Yéti là-haut, toujours en vue bien qu’éloigné, me signifiaient un danger immédiat. Une ombre passa sous la corolle : un monstre marin, c’était évident, et il avait faim. Je le vis grignoter le bord de mon support, et je fus très étonné de sa taille, une quarantaine de centimètres au maximum, une face de corlazo et une couleur de gobie. Sa puissance était néanmoins évidente : happant un rebord de la corolle, il réussissait à en emmener une partie en profondeur, et elle se repliait sous la pression comme un parapluie. Je n’évitais le pépin qu’en me réfugiant loin du lieu de traction. Le poisson finissait toujours par lâcher prise avant que je ne tombasse à la baille.

 

Fatigué de ce jeu et toujours dérivant, je dus me résoudre à combattre. Prestement, je suivis l’ombre sous-marine jusqu’à ce que l’ennemi émergeât pour engager un nouvel assaut contre ma spongieuse nef. Je le chopai par le colbaque dans la ferme intention de lui faire un sort à ma manière. Son contact était gelé, sa peau sombre sans écailles semblait de pierre et il pesait tout autant. Me fussé-je coltiné à une enclume que je n’eusse rien ressenti d’autre, mais je le secouais comme un prunier tandis qu’à l’aide de sa puissante musculature il tentait de m’emmener par le fond. A chaque instant j’avais peur de me couper les mains sur des nageoires que je devinais tranchantes et empoisonnées. Ce ne fut pas le cas. Nous recommençâmes plusieurs fois nos luttes vaines. J’étais atterré par la stupidité du poisson, qui renouvelait ses attaques déjà échouées à de nombreuses reprises (suçotements des bords de la corolle, coups de tête sous sa surface…). J’étais tout autant effondré de sa puissance invincible.

 

J’ai toujours été atterré, que ce fût en mer, dans un temps de la consommation ou n’importe ou ailleurs et dans n’importe quel temps, par la stupidité de la puissance.

Par Luc - Publié dans : Nevezintoù (nouveautés) - Communauté : ECRIMANIA ou le désir d'écrire...
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Jeudi 16 mai 2013 4 16 /05 /Mai /2013 08:41

Mes rêves se matérialisent… N’allez pas entendre par là prémonition, prédication… prévarication… Non, bien plus simple que cela : il n’y a plus d’allégorie onirique, de grands messages en queues de comète que me soufflait l’inconscient auparavant. Aujourd’hui ne demeure que la bassesse du souci matériel. Je rêve fourrière, panne. Congédiement dirimant me hante. Son contact, alors que j’avais toujours exécré les rapprochements, me manque. Suis-je désormais un être concret ?

 

Cette évidence a tout du marteau-pilon alors que l’on prétend à quelque création. Mais joie !… enfin… légère rassurance (la retenue étant ma seule qualité)… car il demeure encore en mes tréfonds cette peur incontrôlée qui me fait voleter comme un éventail quand rien ne se produit.

Par Luc - Publié dans : Arbeit (du 16/10 au 29/12/95) - Communauté : ECRIMANIA ou le désir d'écrire...
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Mercredi 15 mai 2013 3 15 /05 /Mai /2013 10:48

Me voici donc de nouveau confronté à la délicate tâche que mes camarades d’infortune m’impartissent sans résipiscence aucune… Celle d’établir une nécrologie, plus ou moins apologique. Nous y voilà désormais, effarés devant la démesure du silence régnant désormais dans le bureau d’une supérieure ruinée, ostracisée de son propre lieu de vie par ce départ prématuré. Que ne dresser le panégyrique de l’absente !

Une syntaxe et une orthographe parfaites, un optimisme radieux baignant de chaleur les langueurs boursouflées des matins laborieux, ainsi qu’en atteste la parole digne des Béatitudes, signifiant maîtrisé, synthèse aboutie d’une profonde réflexion : « C’est clair ! », prononçait-elle de cette voix douce que venait nuancer un soupçon de tristesse dans le regard bleuité, allant se percher dans les hautes tessitures, ces frondaisons où aime à chanter le merle moqueur…

Une inspiration ultime, alors que les pas commencent de résonner le long du parcours funèbre, et la scène est consommée. Isabelle nous quitte vers des cieux inconnus de nos esprits lourds et d’une stabilité tombale.

Par Luc - Publié dans : Embannoù-kañv (Nécrologies)
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Mardi 14 mai 2013 2 14 /05 /Mai /2013 09:10

Toute ma raison me dit que rien n’est possible, et par là, que tout est fini, perdu, achevé et résolu. Elle ajoute avec un sourire narquois, se réjouissant par avance de ton échec à venir, tel qu’elle avait déjà prévu le précédent :

 

-         Va le rejoindre, ce mari que tu aimes tant ! Manifestement, vous ne vous êtes pas tout dit et avoué. Vos corps n’ont pas encore la parfaite connaissance d’eux-mêmes. Vos activités sont heureusement communes ; la réussite est… inévitable.

 

« Traître raison », hurle mon cœur, lequel sait fort bien que le message rationnel portant mot d’ordre de jonction doit être transcrit de la manière suivante :

 

-         Vous pouvez vous écœurer l’un l’autre plus encore tellement vos différences d’âme sont fondamentales et évidentes. Vous pouvez vous dégoûter de votre incompréhension sensuelle de manière plus établie, plus définitive qu’aujourd’hui. Seules les sorties du week-end, bien ordonnées et voguant sur un dépassement superflu, une imitation de vie, vous rassemblent, sans âme vraie, tandis que la semaine se passe douillettement, confortablement, bourgeoisement et sans passion, en commettant l’aveuglement de l’extase commune aux rires d’enfant, ciment illusoire. Dès lors, la réussite de ma tactique de destruction définitive de votre couple est inévitable, peu important que je tire ou non les marrons du feu.

 

Traître raison… et traître cœur, qui défaillez à ce moment précis… Qu’il ne reste que mon âme.

 

Disparues, enveloppe charnelle trop inconstante et raison par trop mélancolique, extasiée et maniaque… Mais la contradiction demeure : mon âme souhaiterait te débarrasser de moi, mais elle t’appartient, et choit sans volonté sur le sol, patiente et sans fierté. Humilité.

Par Luc - Publié dans : Chair (du 15/10 au 31/12/01) - Communauté : Poésie française
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