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Kemennadennoù - informations

Bonjour à toutes et à tous,

Septembre 2005

Je suis plutôt né avec une machine à écrire que planté devant un PC, ce qui ne m'empêche pas de goûter la liberté de ton et d'opinion trouvée sur le ouèbe, ainsi qu'en atteste récemment la mobilisation très efficace pour le non au machin européen.

Alors, quelque peu dépité de la frilosité des maisons d'édition en termes de choix éditoriaux, je me suis résolu à ne plus passer par ces intermédiaires et livrer ma production directement aux lecteurs. Puisse mon propre "machin" vous plaire, et n'hésitez pas à émettre des remarques, observations, objections... insultes, mais aussi des félicitations qui réchaufferont mon échine meurtrie...

Kenavo ar c'hentañ !

7 mai 2008

A la veille du plus grand pont de l'Histoire, je la joue plus people en publiant une dizaine d'autres photos à découvrir dans l'album "Nous". En espérant que vous soyez nombreux (en tout cas plus que depuis un bon mois marquant une chute identique dans la fréquentation à celle de Sarko dans les sondages) à me laisser quelques commentaires bien troussés, je vous dis à vendredi, si le coeur vous en dit (en hommage à l'ami Lucien qui ponctua tant de pauses anisées lors de mes révisions estudiantines...).

Jeudi 15 mai 2008

Comme d’habitude, tout commence par du sport. Nous sommes tellement nombreux dans ce gymnase surchauffé où j’imagine que nous devons jouer au handball. Il est procédé à la distribution des maillots jaune traversés d’un demi-losange bleu soutenu. Je saisis le mien et tente de l’enfiler mais ma tête ne passe pas par l’encolure, au grand éclat de rire de mes coéquipiers. J’ai toujours eu une grosse tête, en ayant toujours craint que l’une se transforme en la.

Le temps de l’effort achevé, vient celui des libations, et nous nous retrouvons attablés à un bistrot ensoleillé, dan la vapeur duquel je me fonds en toute humilité pour écouter quelques collègues discuter de leurs projets d’avenir. L’un d’eux, quadragénaire au cheveu et à l’œil clair, s’étonne de la proposition quelque peu malhonnête d’un autre, que je ne vois pas. Il donne le plan détaillé d’un casse dans une entreprise de zone artisanale. Tout y est : itinéraire calibré, heure pétante, entrée par la réserve non surveillée et chargement du camion en un temps éclair, le tout pour dégager cinq mille euros nécessaires à la viabilité du mystérieux projet. Le premier homme finit par se rendre, en état de nécessité, aux conclusions du second dont le fort accent méridional se perd maintenant dans le vrombissement du moteur de la camionnette.

C’est en esprit léger que je m’y installe, flottant dans l’air chaud, entre deux particules de pollen. L’homme conduit calmement en suivant l’itinéraire de mémoire, arrive à l’heure prévue et gare le véhicule dans un coin discret de l’espace de réception. Il pénètre dans la réserve à pas de loup et je me sens me fondre en lui peu à peu. Par une empathie incroyable, je ressens forte et claire son émotion lorsqu’il constate la présence, sur le mur du fond du petit entrepôt, du tableau du système d’alarme dont l’œil rouge clignote agressivement. Ca y est, c’est fini, nous avouons-nous, nous sommes pris dans une grimace abominable, notre marche s’étant arrêtée dans un instantané merveilleux d’équilibre douloureux.

Rien ne se passe néanmoins, et nous décidons de poursuivre notre avancée. Je demeure sur ma faim, à titre de ce qui me reste de personnel, puisque pour ressentir tout ce que l’homme ressent, je n’en ignore pas moins ce que nous devons dérober, devant me contenter du principe abstrait d’un vol valant cinq mille euros.

Nous arrivons par les vastes toilettes carrelées d’écru et aux portes d’un bleu étrangement similaire à celui de nos maillots quelque temps auparavant. Il retient son souffle, m’empêchant de respirer à mon aise, mais nous sortons bien vite de cet endroit et parvenons dans un hall triangulaire, croisée de couloirs dont toutes les portes sont du même bleu.

Soudain, l’une d’elles s’ouvre et dans l’angoisse terrible du malfrat pris sur le fait, nous voyons déboucher une petite fille au visage indéfinissable, tenant dans sa main un dessin maladroit et un crayon de couleur. Elle nous jette un regard. Sans doute va-t-elle s’étonner de notre présence, crier peut-être ? Cette fois nous y sommes, ar peurzorn eo [1], me dis-je… Non, elle entre dans les toilettes et nous n’entendrons plus parler d’elle.

Cette fois, mon osmose s’accomplit lorsque nous poussons la porte par où la petite fille est venue et que je débouche dans un open-space tristement moderne. Le sapin verni des bureaux, les lampes de bureaux allogènes, les écrans d’ordinateurs, l’absence de cris d’orfraies à ma vue par les quelques personnes présentes, je sens que je connais cet endroit. Sensation immédiatement confirmée par les mots que m’adresse un petit homme grisonnant au complet gris, son nez busqué immobile sur sa moustache fournie poivre et sel :

 

-          Ah Luc ! qu’est-ce que vous faites donc là un samedi ?

 

Il connaît mon nom ! Il m’a reconnu quand je ne sais rien du corps dans lequel je viens de me confondre. Je dois donc travailler dans cette entreprise : voilà qui explique bien l’absence d’hésitation de l’homme que j’ai parasité jusqu’à sa disparition dans le suivi de l’itinéraire d’accès à l’entreprise.

Je décide donc de m’approcher de son bureau, mais constate rapidement que le haut fauteuil sis en face de lui est occupé par une cliente de petite taille. Je tente de me dégager mais maladroitement, sous les pouffements d’une jeune collaboratrice brune à la peau d’albâtre.

Je prends mon mal en patience et voici enfin mon tour. Je m’assieds à l’invite et articule avec difficulté ma doléance :

 

-          Hem… Voilà, je souhaiterais faire un emprunt de cinq mille euros pour financer mon projet…

 

Je manque de m’étouffer à l’audition de mes propres mots : ah le beau vol que voilà ! Un emprunt ! Je croyais que c’étaient les banquiers, les voleurs ! De toute façon, l’autre est manifestement en train de renaître en moi, et il s’avère lâche. Cette violation de ce qui avait été prévu me navre et me met en colère, quand bien même je ne sais foutre toujours pas ce qu’il y avait à voler, ni quel serait ce fameux projet. Il me paraît juste avoir saisi, dans cette tentative de reprise de son corps par l’autre, que lui et le compère méridional comptaient créer une PME. Quelle idée absurde ! Je roule donc des yeux ronds et délavés, que le petit chef au veston gris remarque aussitôt.

 

-          Ouh là là ! Mon bon Luc, c’est une somme tout de même, et vous ne me semblez pas pouvoir justifier de garanties suffisantes de solvabilité et de sécurité pour que je puisse accepter votre demande, surtout dans ce contexte délicat des surprimes américaines…

 

Leue dour diskenn [2]… Je profite d’un mouvement de la jeune assistante brune qui déplace sa moderne lampe de bureau pour rejoindre le champ lumineux et quitter ce corps. Je reviens seul, une particule de lumière à la matérialité douteuse et schizophrène.



[1] C’est la fin du battage.

[2] Crétin alpin.

par Luc publié dans : Nevezintoù (nouveautés)
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Mercredi 14 mai 2008

Le vrombissement halluciné de griffes jouant sur la fibre de verre m’a extrait de la torpeur du petit matin avec la grâce te la tendresse d’un dentiste médiéval ambulant. Alors mes incisives se sont affûtées les unes avec les autres dans un grincement insupportable. Mes gestes ne furent alors plus que ceux d’un automate cocaïnomane doté d’une immense envergure, de bras articulés puissants et maladroits. Je sus dès cet instant que j’étais voué à la vertu, à l’impatience, à la colère rentrée.

 

Le premier cri me fit sortir les yeux de la tête et deux dents se fendirent sous le poids de mon ire. Les premiers gestes battant l’air sans raison que je relevai firent se rejoindre mes gencives dans un hoquet sanglant. Le premier visage contrit et fermé que je rencontrai me vrilla les nerfs, me transformant en une torsade immobile et allant s’effilochant en tournant imperceptiblement, un vieux bout mangé par le sel et les courants, à qui l’on eût demandé d’amarrer le paquebot mondial du matin.

 

Alors je me suis dévoré pour ne pas subir mon propre cri de haine.

par Luc publié dans : Nevezintoù (nouveautés)
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Mardi 13 mai 2008

Nous marchions, l'air interdit, l'herbe gelée crissant sous nos pas. Serrant les mâchoires pour ombrer nos visages, nous ne respirions que par le nez, en évitant d'embuer la vision du ciel.

Le dessous des nuages se rougissait, puis la couleur se dégradait vers le haut, du blanc au gris, au noir. La lumière jaune jouait avec les formes volutées et rondes des masses lentes et laineuses, orangées et teintées de carmin.

Plus bas, le blanc régnait, aveuglant, que même un léger filet de brume n'arrivait à atténuer. Alors les regards se sont affaissés vers le sol de pierre, pris d'allégement, pour voir les doigts et les oreilles tomber, et rebondir une fois, mollement, sur la surface glacée.

par Luc publié dans : Humeurs froides (du 2/1 au 23/3/96)
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Vendredi 9 mai 2008

  Mais qu’est la chienne actuelle, entre les années 90 et le siècle nouveau ? Bien… rien de bien différent des traits caractéristiques de ses illustres aînées : séduction maladive, arrivisme et ambition démesurée, insouciance des coups portés au partenaire du moment, fin peu glorieuse…

  Séduction maladive, ce n’est plus à prouver. Que la rue soit brouillée, aux trottoirs gras et luisants, dans l’hallucination de la lumière de falots et de réverbères jaunes, ou claire lorsque s’y écrasent les rayons du soleil soulevant la poussière sèche [1], on les remarque toujours, ces jambes plus ou moins fuselées, ces fessiers rebondis et poitrines hâbleuses ou arrogantes, ce maquillage outrancier jusqu’en sa discrétion. « Au plaisir du voyeur » semblent-elles lancer quand elles passent en tenue légère devant leur fenêtre au vis-à-vis si proche, vaquant apparemment à leurs occupations ménagères ou habituelles.

  Il en va de même au cours des longues soirées enfumées dans lesquelles le monde se décentre, puisque possédant désormais autant de centres que de chiennes présentes. Chacune va s’arroger l’importance, par quelque moyen que ce soit. On remarquera aisément la suggestion lourde de la volonté de contact, traduite par un dialogue sensuel et collant avec une éventuelle victime, les visages n’étant plus séparés alors que par quelques centimètres, les yeux plongeant les uns dans les autres. L’homme se berce de douces et crapuleuses illusions, escomptant bien ne pas terminer la nuit seul. Mais à ce moment, par une étrangeté électrostatique, la distance se reprend et il reste pantois… Assis dans un fauteuil, on peut ressentir les effluves et le frôlement de celle qui passe et repasse près de vous sans pour autant engager la conversation. Captieuse, insidieuse interprétation des faits et gestes ! On ne sait sur quel pied danser, ni n’ose l’invitation. La chienne aime séduire, ce qui relève pour elle du vital obsessionnel et fantasmatique, ce sans quoi elle ne saurait vivre. Chaque pas qu’elle fait procède de cette nécessité d’attirer l’attention masculine, sexuellement pour les plus jolies, intellectuellement pour les autres. On peut aussi envisager ce trait de la séduction sous l’angle pathologique.

  Schizophrénie en ce sens que le monde apparaît à leur vision de manière déformée puisque excentré ; or le caractère endogène du centre d’intérêt n’est pas viable à long terme, sauf à sombrer dans l’incohérence présageant de l’aliénation de la capacité à se soustraire du système créé ainsi que de la désagrégation psychique. Paranoïa certainement : comment ne pas qualifier de délire systématisé d’interprétation le fait de passer impunément deux heures dans une salle de bains pour de simples ablutions ?!

  Cette volonté constante de se bonifier physiquement, malgré les ironiques expressions marquant sa mise en échec, telles que « se ravaler la façade », s’insère dans un vaste et frénétique mouvement de psychose particulier au groupe féminin considéré.

  Arrivisme et ambition démesurée sont deux autres traits topiques chez la chienne, mais gardons-nous bien de n’y voir que le versant professionnel.

  En effet, nombre d’entre elles demeurent au fond du thalweg, comme en constituent les plus parfaites illustrations les « métiers » de caissière de supermarché, esthéticienne, coiffeuse, fleuriste, tenancière de kiosque à journaux, dame pipi, avocate, executive-woman, écrivaine, politicienne, etc… C’est dans le sens « tout et tout de suite » qu’il faut entendre les deux notions, en soulignant le corollaire évident « à n’importe quel prix ».

  On peut parler ici de l’étudiante en philosophie, qui est évidemment à la philosophie ce qu’est Eric Serra à la musique. Elle avait choisi cette voie suite à la fascination ressentie pour son professeur-initiateur en terminale. Faute de pouvoir conclure sur-le-champ avec lui, elle se devait de pousser la tentative de séduction jusqu’à adopter ce cheminement, insouciante du lendemain mais ne supportant pas l’échec. En vain… Mais prise au jeu, elle se met à intégrer la philosophie dans ses objectifs de vie, et, par un utilitarisme que Feuerbach, Hume, Beccaria ou encore Bentham et Mill n’eussent pas démenti, s’en sert pour surajouter une patine, un vernis culturel et réfléchissant à son besoin pathologique de séduction. La causalité adéquate, entendue dans le sens de la fameuse relation de cause à effet spinozienne [2], devient un mode de vie, et il ne faut pas nier l’étroite imbrication de tout ce qui caractérise la chienne, avec, au sommet du système de représentation, la séduction.

  La liberté s’avère pour le coup quelque peu absente dudit système, mais le seul concept de démarche utilitariste la rend sans raison d’être [3].

  La philosophie n’est donc pas un but en elle-même, mais un moyen pour assouvir un besoin.

 

  Cette caractéristique se retrouve dans toutes les études suivies par la chienne, une bonne et longue scolarité chez elle demeurant cependant l’exception.

  L’arrivisme, l’ambition acquis, il convient de définir leur démesure, mêlée d’une absence totale de sens de l’humour. La corrélation dragueur-chienne fait ressortir un certain malaise : si le premier utilise les procédés les plus courants (« rentre-dedans », fleurs, restau, danse, pot amical…), tout se passera pour le mieux. En revanche, s’il se trouve partisan d’un second degré dans la méthode d’approche, succédané visant à oublier sa timidité ou ses tares physiques, tout va devenir plus délicat à gérer. En effet, si ce second degré procède d’une ironie apparemment mordante, destinée de prime abord à obtenir le sourire de la future victime de ses sévices, puis à lui sous-entendre non sans ambiguïté « Je m’intéresse à toi », le manque d’humour de la chienne aura pour conséquence une réaction très négative, laquelle prendre deux formes principales :

  D’une part, un déphasage dans l’analyse : elle pensera un sommaire « Quel con ce mec ! » relevant à l’évidence du premier degré, et ne poussera certainement pas plus loin les prémices de l’aventure. D’autre part, si elle passe outre, elle pourra s’auto suggérer que l’ami potentiel respire une force qui serait probablement néfaste à son insatiable volonté de domination, le transformant de ce fait en ennemi mortel à éradiquer sans délai. La puissance de caractère de l’homme décourage et révulse la chienne éprise de pouvoir… Elle appréciera a contrario le « brave gars », finaliste du concours régional PACA des idiots du village, jouet modelable à merci (ou plutôt sans) entre ses mains avides et ivres de puissance, parfaitement insoucieuse de l’impact des coups portés à ce partenaire de passage.



[1] Image empruntée à Hölderlin, ce qui me donne l’occasion de vitupérer contre l’honteuse « Parataxe » de T.W. Adorno, incompréhensiblement intégrée dans « Hymnes, élégies et autres poèmes de F. Hölderlin », Flammarion, 1995.

[2] Spinoza établit entre une idée et son objet la double relation de cause à effet et de modèle à image. Une idée est en effet l'effet d'une certaine cause. Ensuite, l'idée est effet, mais aussi image de sa cause-modèle.

Hem… C’est pas super clair… Pour une bonne vulgarisation de la notion, je vous invite à relire « Jacques le fataliste » de notre bon Diderot ! 

[3] Dans la théorie utilitariste l’on considère que le bonheur public est au sommet de la hiérarchie des critères éthiques ultimes, c'est à dire que toute action individuelle ou collective sera évaluée comme bonne ou mauvaise selon qu'elle conduit ou non à la maximisation de ce bonheur. Ainsi toute action sera jugée utile ou inutile selon qu'elle mène ou non à la réalisation de cette fin suprême. Or la liberté est regardée dans cette théorie comme un bien subordonné au bien suprême qu'est le bonheur collectif. Autrement dit, si la liberté est en général une condition préalable et nécessaire, en cas de conflit, c'est toujours le bien suprême qui l'emporte. Par conséquent, si une action met en conflit la liberté et le bonheur, la première sera sacrifiée pour faire prévaloir le second.

Qu’est-ce donc ce bonheur sans liberté que nous propose l’utilitarisme ?

par Luc publié dans : Le Couple (essai satirique)
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Mercredi 7 mai 2008

Dans la pièce confinée, un trait de lumière se dessinait par l’entrebâillement du volet incomplètement fermé. Il traçait une règle brisée sur les éléments qu’il parcourait. La douceur matinale s’insinuait dans chacun de mes pores, qui eût pu me bercer de l’illusion de la respiration. Le silence avenant, teinté de bruissements d’herbes folles et de la conversation sans importance des graviers derrière la fenêtre, aurait dû m’emplir d’inspiration, ma poitrine se soulevant alors avec la simplicité agréable du bien-être.

Tout cela n’avait que l’apparence du réel, qui m’a brisé violemment l’occiput ce matin. La contrition du visage qui accueillit mes premiers pas trop tendres avait immédiatement suscité ma méfiance quant au devenir des minutes suivantes. Mon agitation confuse, destinée à ne pas laisser la colère et le ressentiment s’emparer trop facilement de moi, provoqua l’effet inverse, et comme à l’accoutumée, le réel se montra sous son jour le plus orageux, terrifiant et irreprésentable par la simple raison, annihilant les vains efforts du sophiste calme ensoleillée au dehors.

Le réel de la pièce confinée contredisait celui de la nature.

Combien de temps cela pourra-t-il durer avant que la meurtrière de séparation se comble de haine et qu’une étrange autant que subite allégresse me la fasse franchir d’un bond alors léger ?

par Luc publié dans : Nevezintoù (nouveautés)
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Mardi 6 mai 2008

L’intervention épique de Louis Schweitzer ce matin sur France Inter me donne l’occasion de revenir sur cet OJNI (objet juridique non identifié mais ô combien dangereux) qu’est la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité, dite HALDE ou la hallebarde…

 

Sociologiquement, cette courte interview a eu le mérite de nous asséner toutes les données du moment : la victime est reine ; la victimisation est un sentiment moderne et naturel ; l’appartenance à une minorité visible ou non fait présumer l’existence d’une discrimination et la HALDE met toute son organisation au service des trois principes susévoqués, par des moyens d’enquête, de médiation transactionnelle, de transmission de dossiers au Parquet et de constitution de partie civile le cas échéant, ainsi que de recommandations ou délibérations.

 

La gravité de ces actes et le pouvoir exorbitant dont cette hallebarde dispose pourrait raisonnablement laisser penser que les principes généraux du droit (et notamment celui du contradictoire, celui du droit à un procès équitable et des garantie de la défense) devraient trouver à s’appliquer par la possibilité de moyens de recours contre les actes (ne parlons pas encore de « décision ») de cette autorité.

 

Il conviendra donc en premier lieu de définir la nature juridique de cette institution, avant d’envisager le régime qui est applicable à ses décisions, avant de conclure par les possibilités de recours et la compétence juridictionnelle en la matière.

 

 

1. Sur la nature d’autorité administrative indépendante (AAI) de la HALDE

 

La HALDE est qualifiée d’AAI par l’art. 1er de la loi n° 2004-1486 du 30 décembre 2004 portant création de la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité. La question de sa nature juridique est donc résolue par le législateur.

 

 

2. Sur le régime juridique applicable aux AAI

 

Des principes jurisprudentiels ont été dégagés sur le fondement de l’art. 6-1 de la CEDH relativement aux notions de procès équitable impliquant le respect du contradictoire et une mise en demeure préalable à toute sanction

 

Deux décisions majeures sont dans ce cadre à citer : CE Ass. 11 mars 1994 SA La Cinq, p. 118, s’agissant du CSA ; CE 21 février 1996 Mutuelle antillaise des assurances et a., s’agissant de la Commission de contrôle des assurances.

 

Ces décisions concernent des organismes dotés d’un pouvoir de sanction, contrairement à la HALDE, mais ce motif est à mon sens inopposable puisque si « les AAI ont pour caractéristiques communes de ne pas être des juridictions dont les décisions seraient revêtues de l'autorité de la chose jugée et relèveraient du contrôle de cassation, ni des personnes morales distinctes de l'Etat et si le Conseil d'Etat estime, en première analyse, que le critère de l'autorité doit conduire à ne ranger parmi les AAI que les instances détenant un pouvoir de décision, cette restriction ne semble pas toujours pertinente. En effet, le pouvoir d'influence exercé par certains organismes a conduit le législateur à les qualifier d'AAI : Comité national consultatif d'éthique, CNCIS, CNDS.

Les avis ou les recommandations de ces instances sont très souvent suivis par les responsables auxquels ils sont adressés. Elles exercent donc une véritable autorité, confortée par la stature morale de leurs membres et par la publicité de leurs rapports. Le Conseil d'Etat aboutit finalement au même constat, considérant que « peu importe de ce fait que les autorités administratives indépendantes n'édictent pas toutes et exclusivement des décisions exécutoires dès lors que leur pouvoir d'influence et de persuasion, voire « d'imprécation », aboutit au même résultat » (Office parlementaire de l’évaluation de la législation, sur le rapport Gélard) ».

 

Le caractère de décisions faisant grief de la part de la HALDE ne nous paraît guère douteux dans ce contexte (qu’il s’agisse de rapports ou de saisines du Parquet).

 

En outre, la Recommandation n° 9 du Rapport du 15 juin 2006 du sénateur Gélard (Les autorités administratives indépendantes : évaluation d'un objet juridique non identifié (Tome 1) est rédigée comme suit : « L'Office recommande l'adoption d'un cadre législatif définissant les règles applicables aux procédures de sanction, afin de tirer, pour toutes les AAI, les enseignements de la jurisprudence construite par le Conseil d'Etat à partir des principes définis à l'article 6 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ».

 

Les travaux parlementaires aboutissent donc à la nécessité de légiférer dans le sens du respect intégral de la CEDH par les AAI.

 

Au surplus, il faut encore que l'activité des AAI soit soumise à un contrôle démocratique, conformément à l'article 15 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, aux termes duquel « la société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration ».

 

 

3. Sur les recours juridictionnels contre les décisions des AAI

 

La décision du Conseil constitutionnel du 17 janvier 1989 dite « Conseil supérieur de l'audiovisuel », a consacré le droit au recours contre les décisions des autorités administratives indépendantes.

 

Par conséquent, sur la compétence juridictionnelle : « Enfin, la nature administrative des AAI signifie que, si celles-ci ne sont pas soumises à un pouvoir hiérarchique ministériel, elles agissent cependant au nom de l'Etat et engagent sa responsabilité. Le mode de désignation de nombreux membres de ces autorités, qui fait appel aux autorités politiques (président de la République, présidents des assemblées, Premier ministre, ministres) et aux plus hautes autorités juridictionnelles, contribue également à leur donner un caractère administratif. » (Rapport Gélard, préc.).

 

Nous considérons donc que les décisions faisant grief de la HALDE, notamment pour violation des principes généraux de la procédure d’enquête, devraient pouvoir faire l’objet de recours devant les Tribunaux administratifs.

 

 

Mais, chers concitoyens, ce n’est pas le cas à ce jour, puisque bien au contraire, le Conseil d’Etat, dans sa décision Sté Editions Tissot du 13 juillet 2007 a fermé la porte du recours direct pour excès de pouvoir, la réservant simplement aux cas ou « la Halde entendrait procéder, en usant des mesures de publicité appropriées, à des recommandations de portée générale exprimées en des termes impératifs », donnant ainsi à la direction de la HALDE le mode d’emploi pour éviter tout recours pour excès de pouvoir.

 

En cas d’abus, comme cela a été constaté de nombreuses fois (les enquêteurs de la Halde ayant manifestement trop regardé de séries policières américaines au vu de leurs méthodes d’investigation et de conclusion…), on peut imaginer que demeure ouverte la voie de l’engagement de la responsabilité de l’Etat en plein contentieux, sous réserve de pouvoir justifier d’un préjudice (CE 13 juillet 2007, Mme Abric)… dont la modeste condamnation pour les actes d’une autorité ne dépendant pas de ses services ne sera acquise qu’après sept ou huit ans…

par Luc publié dans : Nevezintoù (nouveautés)
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Lundi 5 mai 2008

Morne tombée de flammes, et l’étendard en berne sous moi, enflé, qui hiberne. Trois chevrons sont montés fièrement pendant que mes yeux gonflaient et que le corps se recroquevillait sur le souvenir de la chaleur. C’est l’inquiétude de ce teint huileux, cireux, de ces traits grossiers, qui dans le froid m’a toujours fait regarder le sol. J’y ai découvert, en subissant la honte, l’humilité mêlée de rancune, la solitude, semblable à celle d’une plaque de goudron à côté d’une autre plaque de goudron. Et la confiance dans l’atome…

Je suis petit nucléon libre dans son petit champ…
par Luc publié dans : Arbeit (du 16/10 au 29/12/95)
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