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Hontes

Souffrances, amour, désespoir, moquerie, musique et philosophie... La vie, quoi !

Je suis Leonard, hallelujah !

Publié le 18 Novembre 2016 par Luc

Je suis Leonard, hallelujah !



Avec cet aveu, je vais me faire tuer par les amis du Bro-Gwened, mais j’assume... Ou plutôt j’explique : je ne suis pas du Bro-Leon, mais bien Leonard Cohen.

Et oui, le petit grand homme est mort. Alors après « Je suis Charlie », « Je suis Paris », et en attendant « Je suis Air France », « Je suis Volkswagen » ou « Ich bin ein Fessenheimer », oui, je crie haut et fort que « Je suis Leonard », et pas qu’un peu.

J’ai découvert Leonard Cohen par son album « Songs of love and hate » dès mon enfance, ce 33 tours faisant partie des albums fétiches de mes parents. « Avalanche » est une chanson que je choisirais volontiers comme autoportrait si on me le demandait. On ne me le demande pas, soit. Bref, après la berceuse du poète Leonard, j’ai commencé à l’écouter en conscience à partir de huit ou neuf ans, âge à partir duquel j’eus le droit de manipuler la précieuse chaîne hi-fi Pioneer dotée de deux enceintes Mercuriales de 180 watts. Mes écoutes à cette époque étaient peu diversifiées : Cohen, le concert de Brel à l’Olympia 1964, Santana (album Marathon), Van Halen (You really got me) et Bashung (Gaby).

Les années 80 commencèrent, la préadolescence aussi, toujours avec « Songs of love and hate », et puis 1988, le choc du permis de conduire, du bac et surtout de « I’m your man », dont je déduisis la conséquence logique : « First I’ll take that LP, then I’ll take Cohen all ». En deux mois, je m’appropriai « Death of a ladies’ man » et son fantastique « Iodine » (cet album fut une source d’inspiration littéraire extrêmement importante dans mon écriture de la fin des années 80), le premier best of de 1975, mais aussi et surtout « New skin for the old ceremony », probablement mon préféré derrière « Songs of love and hate ».

Mais qu’avais-je donc foutu musicalement entre 1978 et 1988 ? Entre les Kids in America de Kim Wilde, l’homme à la voix d’or des Time Bandits, Joy Division & New Order, The Cure, Killing Joke et Dead Kennedys, j’étais complètement passé à travers Recent songs et… Various Positions (1984).
Le sommet de cet album était sans conteste la chanson “Hallelujah”, et c’est là que mon problème commence.

Celui des reprises de merde de chansons géniales - qui souvent, d’ailleurs, se reprennent entre elles.

La source de l’horrible série fut la reprise de John Cale en 1991, qui fit de cette chanson un poil énervée, pleine de tension sexuelle et d’ironie, à chanter les poings serrés, un magma de pathos dégoulinant. Bon OK je n’ai jamais pu saquer le Velvet Underground, mais bon, j’avais bien aimé son solo de violon dans « We will fall » des Stooges, donc pas d’a priori vraiment négatif. L’état psychologique de John en 1991 (sortie de « Even cowgirls get the blues », quel titre !) pouvait justifier le caractère larmoyant de sa reprise (à son écoute, je n’avais qu’une envie, écouter « This is not a love song » de P.I.L. !), sa dépression a suscité une farandole de vocations et de pathos plein pot !

L’absolument pas-regretté Jeff Buckley s’est fendu d’une grande performance : faire encore plus pleurnichard que John Cale ! Il n’y a pas à dire, les Américains, lorsqu’ils s’y mettent, surpassent tout le monde, quel que soit le sujet abordé. Actor’s Studio’s method, pas d’autre explication.
Descendons un peu, voulez-vous. Tiens ! Voici Rufus Wainwright : hi hi hi ! Pitié, pas lui, le profiteur de sa proximité familiale avec la fille du petit grand homme. Hallelujah à la gay pride…

L’escalier de service, c’est par ici : Céline Dion a repris la chanson… à la Céline quoi, caribou plaintif bramant quelque chose qu’il subit plus que ne comprend dans l’air sauvage des pins enneigés.

Au second sous-sol, vous trouverez la buanderie, avec les reprises d’Alexandra Bruke (dans Fear Factor 5 en 2008) et de M. Pokora, d’un ridicule tellement consommé qu’on en viendrait à souhaiter une reprise par les Deschiens, en remplaçant « Hallelujah » par le célèbre « Bon ben alors » de François Morel avec une boîte à rythmes Bossa Nova en fond.
On attend en frémissant celle de Christophe Mae, dont le ton général de l’étron « Il est où, le bonheur ? » préfigure sans nul doute possible une adaptation désespérée de « Hallelujah ».

Et enfin, tout en bas, sous le parking des véhicules de service, nous trouvons les Nibelungen, les Hagen qui en 2015 ont contribué à tuer le maître en passant derrière son épaule par la trace de la feuille demeurée sur sa peau alors que Leonard se baignait dans le sang du dragon Fafner, ce qui devait lui assurer l’invincibilité (la feuille, on l’aura compris, c’était la reprise de J. Cale) : Emji de la Nouvelle Star 2015 et Lilian de The Voice 2015.
Heureusement que Leonard, qui travaillait avec son fils Adam à la réussite du magnifique « You want it darker ? » (No, thanks, after all…), n’a pas entendu ça, sans quoi il n’aurait pu nous offrir son ultime album.

Nous savons aussi que les héritiers de Hagen continueront de tuer le vieux maître : les vautours de Pentatonix ont généré hors sol une reprise a capella avec plein de bonnes envolées de larmes, formidable : comme les produits bio espagnols, surtout n’en mangez pas !

Contentons-nous de lire, avec chacun notre musique dans la tête, quatre couplets de cette chanson qui aurait pu en compter quatre-vingts, ainsi qu’une prière.

Now I've heard there was a secret chord
That David played, and it pleased the Lord
But you don't really care for music, do you?
It goes like this
The fourth, the fifth
The minor fall, the major lift
The baffled king composing Hallelujah

Your faith was strong but you needed proof
You saw her bathing on the roof
Her beauty and the moonlight overthrew her
She tied you
To a kitchen chair
She broke your throne, and she cut your hair
And from your lips she drew the Hallelujah

You say I took the name in vain
I don't even know the name
But if I did, well really, what's it to you?
There's a blaze of light
In every word
It doesn't matter which you heard
The holy or the broken Hallelujah

I did my best, it wasn't much
I couldn't feel, so I tried to touch
I've told the truth, I didn't come to fool you
And even though
It all went wrong
I'll stand before the Lord of Song
With nothing on my tongue but Hallelujah

Commenter cet article

le gall 26/12/2016 04:29

Bof, comme la Bacharan, de la merde amerloque...