Images aléatoires

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Gwellañ war trifarzh 1995

Vendredi 28 avril 2006

17 janvier 1995

Une soirée dont, pour le moment, rien ne ressort sinon un visage qui s’efface dans un sourire éclatant [1]. Je tourne autour comme un papillon, devisant plus ou moins sérieusement, tentant de paraître gai ou attrayant. Je ne saisis plus les différences à mesure que les heures et l’alcool, dont je ne vois pas les verres, passent. Puis, peut-être la chaleur y aide-t-elle lorsque j’ai froid, les gens commencent à se dévêtir. Mon cousin, dont je peux apercevoir le sexe à la longueur démesurée, lance ses bras vers le plafond en arquant les jambes. Je détourne mon regard de cette scène incompréhensible et la vois, ou plutôt ne décèle que son sourire. Elle paraît ivre, ou inconsciente, se jette dans mes bras et le Tout à côté vire à l’orgie. Mais son geste n’est pas définitif. Rien ne se produit. Je n’ose rien, comme le spectateur pétrifié et attentif que j’ai toujours été.  

 

Je me dissous dans son sourire qui me fait mal, me heurte. Je suis poudre, lavement, et me voilà de nouveau tournant papillon autour de la lumière grasse, au dessus des gens attablés et bruyants, de mon cousin mimant l’acte sexuel avec une fille inconnue [2].  

 

Je ne suis plus capable… rien… [3] 

 



[1] Celui d’Emilie Holtz, ravissant et commençant de me toucher sérieusement… 

[2] Pas si inconnue que cela : il s’agissait de la merveilleuse Alexandra, dernière conquête féminine de mon cousin Jean-Luc avant son coming out. 

[3] Rêve probablement lié à cet excellent jour de l’An, passé dans une grosse fête à La Tour du Pin, où les aixois étaient montés en force (Guillaume Decron et Gwenola Clerc, Tristan Robert, Emilie Holtz, Laurence ma sœur ainsi que Pascal Bruna, son futur mari, et moi-même). 

Par Luc
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Mardi 16 mai 2006

31 mai 1995

 

Le temps ne varie pas, faisant écho à la fin de la certitude. Matérielle s’entend… Je ne suis pas assez fou pour croire un instant seulement que mon intelligence déviante ait pu me convaincre d’une quelconque hauteur spirituelle et salvatrice. Mon éther a toujours nagé entre deux eaux, sans trouver l’air ni le fond, tandis que mes pieds n’ont jamais décollé du sol. 

 

Admettons que le mensonge m’a fait survivre, que la forfanterie me tenait lieu de contenu et l’agressivité de contenant… Le désœuvrement qui devient chaque jour plus accablant est une conséquence chimique des hésitations continuelles d’une existence sans intérêt, comme marcher, manger ou dormir, mais pas boire. Mes yeux brillent de nouveau lorsque les lèvres s’attardent sur le bord glacé d’un verre, que la lie se dépose aux commissures lavées du soupçon de l’hypocrisie. Mon verbe se libère à l’unisson de mes pieds qui exécutent alors de petits bonds… Peu élevés certes, il ne faut pas risquer la chute, cela n’en vaut pas la peine. Peu de sommets ou de grands élans, mais ces légers trépignements suffisent à donner la sensation de raison à l’éther qui me submerge alors pour quelques heures.  

 

Le gris revient ; trois gouttes de pluie se sont fracassées sur la vitre dans le sens contraire de l’ondulation des plantes… Rien ne fonctionne décidément… Et je cours lentement, aujourd’hui, vers le danger, l’incertain. Je sais posséder l’indifférence par le mensonge, pourquoi ne pas en tromper un encore ? Rien ne me retient de le faire, si n’était cet éther de plus en plus présent, qui tente toujours de me dissuader du non-acte, de me jeter dans le risque de la déclaration, du danger… 

Par Luc
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Mercredi 7 juin 2006

12 juin 1995

 

Tout s’éternise de plus en plus. Les décades lancinantes se succèdent dans les humeurs changeantes, qui servent et desservent les plats sans que j’ai eu le temps d’y toucher. Le fruit, profiter de la joie, ne me sont qu’absence irrégulière. Cette image d’une chose vieille et craintive m’a marqué comme une tête de bétail. Les nuées vomissantes surgissent toujours lorsqu’on me pose une question. Je pourrais me battre, espérer, mais tout ceci ne sert de rien, est su de tout temps. 

 

La gorge se serre ; la glotte est la cloche dont le battant sera la luette, quand les mâchoires se pulvérisent l’une l’autre, à force de retenir le cri. Les yeux brûlent et les papilles dégorgent une acidité rancunière. Je détourne mon inexistence vers l’inactivité. Je bouge moins, m’enlumine, tel une chose vieille et craintive [1]

 



[1] Cette expression trois fois employée dans ce texte fut l’œuvre de ma sœur, me voyant ainsi à cette époque. 

Par Luc
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Vendredi 23 juin 2006

13 juin 1995

 

Je ne fuis pas. Je ne me sens simplement pas concerné. Mes rêves de petite grandeur s’effacent progressivement au profit d’une humilité bienséante.  

 

Je me dégoûte car je ne cesse les compromissions.  

 

Je me hais d’agir avec aussi peu de fermeté.  

 

Je me fais souvent gerber lorsque mes actes ne sont dictés que par un souci de composition, tandis que pratiquement je suis le contraire d’un chef d’orchestre menant son entourage à la baguette.  

 

Mais on m’agresse, m’ennuie. Là encore, je m’écrase, comme une larve que je dois être après tout.  

 

Je me tais pour ne plus m’énerver, pour ne plus jamais porter le poing sur un proche, pas par lâcheté cette fois, mais par manque d’envie, pensant évidemment aux conséquences que cela serait susceptible d’entraîner. Si ma qualité de froid calculateur a un jour dépassé le stade du fantasme tout personnel, aujourd’hui… ah ah !… les piles sont mortes et mes panneaux solaires aussi sales que ma manière de voir le monde tel qu’il est : à chier.  

Par Luc
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Lundi 17 juillet 2006

27 juin 1995

 

Des moments fatidiques s’approchent, devant lesquels il me faut réagir, quand l’immobilité seule meuble ma vie, meule et tourne ma conscience, meut mes rêves. Un pan voudrait-il atteindre aux nuées aveuglantes, à la lumière de l’acte, qu’immédiatement le besoin de s’asseoir, désolé et prenant, se fait oppressant. On ne peut que céder dans un son devenant soudain confus dans son achèvement, qui berce dès lors le conscient. Et je me retrouve létal, larvesque, léthargique.  

 

Je deviens image, répondant aux questions comme du papier glacé. Je me picturalise, me patine au soleil de l’été provençal. La vieillesse m’est douce et je m’y délaisse sans tourments.  

 

Excepté celui de cette sensation de mort lente qui m’envahit lorsque je ne fais rien. Le craquement de mon bras qui se lève avec violence pour enfin frapper rageusement le sort contraire se répète quand le membre retombe lourdement et sans passion sur un duvet moelleux, sans avoir jamais porté son coup.  

 

Obsession de l’action – regret des guerres ouvertes – refus du compromis – déni de paresse – action et mort… mais… déleitmotivation… ou encore [total(e)] deletemotivation… 

Par Luc
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Mardi 1 août 2006

19 septembre 1995

 

Jouer gros ! Quelle gageure pour quelqu’un qui n’a jamais misé un sou au jeu, sinon sa propre vie, laquelle ne vaut rien, alors… Peu habitué au jeu, l’enjeu m’échappe. Il me faut considérer cela comme important, mais je n’y parviens pas. Les sombres lueurs de rêves où les silhouettes émasculées de filles non affranchies se taillent une large place. J’ai repensé à ces inanités, me suis révolté contre… contre tout et n’importe quoi, mon nez soc, l’inassouvance et l’immobilisme de certaine [1], que je ne drague pas après tout. Nous nous reverrons demain, elle viendra me chercher, et nous nous dirons tout…  

 

Vain et absolu(t) [2] espoir. La liaison m’eût paru bienséante lorsque le changement de ligne se fait plus dangereux ! Je multiplie les erreurs fallacieuses, les inconsciences passagères, mais n’ose jamais avouer l’essentiel. Telle est ma personnalité, d’attachement et de crainte, de détachement et de feinte. La peur reste, pour le moment, maîtresse ordonnée. Je ne lutte pas.  

 

Le vent s’écrase contre mes yeux tourmentés par la volonté du calme. Je l’écoute plus que ne l’entends, mais la décision est proche. Je l’accepterai, même à mon encontre, même au mépris de moi-même… 

 



[1] Emilie, qui ne bougeait pas plus que moi durant ces quelques jours ! 

[2] En sus de la pure esthétique anti-grammaticale et d'une liaison mal(t) à propos, il s’agit d’une excellente vodka… 

Par Luc
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Mercredi 16 août 2006

20 septembre 1995

 

Le socle se fend, se brésille 

Lorsque l’univers me balaie 

De grands vents, tel une brindille 

Dont il ne resterait que plaies. 

 

Les temps changent et tout bouge. Ne doit-on pas trouver là un juste retour à l’équilibre des choses, le contrepoids de la balance ? Victorieux, je subis encore. Je ne suis jamais aussi fort que dans la défaite, l’erreur et le tort, mais ma victoire, toujours aussi fade et vaine, ne m’apporte rien. Je ne sais l’utiliser que comme faiblesse supplémentaire.  

 

Croire, sourire mauvais aux lèvres, 

A la naissance d’un amour 

S’accentuant au long des jours mièvres, 

De volonté de non-retour.  

 

J’ai pu en effet croire ces derniers temps que l’acculturation progressive du concept que je suis par la personne envisagée relevait du réalisable après que du possible. J’ai dû me rendre à l’évidence, me vendre à la défiance : l’erreur a continûment jouxté ma voie lente. Elle ne viendra plus ; nourrir quelque espoir à ce sujet procèderait d’une incommensurable bêtise.  

 

Des éclairs ont zébré mon visage, me découvrant pâle dans mon reflet sur le mur opaque ; la pluie a giflé ce même visage que la gloire a ri. Un simple moustique peut faire s’écrouler la fébrile construction. Là n’est pas la forge de Notung ou de Balmung. Là est l’essence sacrée du réalisme. 

Par Luc
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