Images aléatoires

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Gwellañ war 1992

Vendredi 28 avril 2006

24 janvier 1992

Non, on ne peut dire que je t’aime avec tout ce que cela comporte d’incohérences. Tu es plutôt pour moi l’image fugace de la Beauté, qui tranche parfois, lorsque je réussis à la saisir, avec la morne agitation de l’endroit. Tu es cette beauté, qui détruit et néanmoins rassure quant au point de deviner le sens de la vie. Mais alors je me dis : « Moi, je n’ai pas cette beauté, cette somme de beauté extraordinaire [1], en moi, ni même à mes côtés ; je ne la possède pas ». 

 

Et je demeure, laid et pantois, dans l’angle d’ombre échappant, on ne sait pourquoi, toujours à tes yeux (où, soit dit en passant, je ne lis pas que beauté) [2]  



[1] Expression employée par Mallarmé écrivant à Villiers de l’Isle-Adam après la publication des « Contes cruels ». 

[2] Texte encore dédié à Mlle Rachel Tolkien, si belle mais si imbue de sa personne. Elle ne s’entourait par exemple que de très jolies filles pour parader dans la Faculté. Autre illustration, à un (pourtant beau) garçon qui avait fait une tentative d’approche, elle l’avait distinctement et publiquement souffleté d’un « Tu n’as pas les moyens de tes ambitions »… ce qui fait que je n’éprouve guère de regret quant au fait de n’avoir jamais tenté ma chance ! 

Par Luc
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Vendredi 5 mai 2006

4 février 1992

 

Que le temps paraît désormais bref, 

Autant que celui passé en ta compagnie 

Semble une éternité tellement tu m’ennuies. 

Lorsque je repense à toi, ton visage 

Aux traits si peu fins me revient en mémoire, 

Ainsi que ta peu fière poitrine. 

Il faut cesser là… pour éviter la méchanceté…  

 

Je préfère conter mon désarroi, 

Ou le liquide coulant de mon foie 

Ouvert que l’on presse sans nulle cesse. 

Aussi avachi que tes tristes fesses… 

Encore une fois je mens et ai menti, 

Mais cela devient trop usuel 

Pour que je m’en offusque, décati 

Comme est mon honneur : homme faux, je suis homme réel. 

Par Luc
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Vendredi 2 juin 2006

15 avril 1992

 

Sept jours d’inconfiance, à trouver des raisons pleines de science, pour réitérer l’erreur. Nous, férus d’insouciance et de désinvolture, à qui la mort ne semblait être que pâmoison, après avoir un temps regretté le temps où nous vivions, nous nous retrouvons stupides, inutiles, sans valeur.  

 

Quel dépit de constater ce ciel obscurci duquel chutent des obliques de liquide sablonneux, si franches et régulières qu’elles sont les ratures avachies, au bout du compte comme n’importe quel pâté d’un stupide gosse, de l’avenir qu’un trottoir glissant et grouillant représente, dans la futilité du pas suivant. 

 

Je marche, atteint par la pluie, qui ne parvient à mouiller que ma chemise, car je suis aquafuge, comme je fus auparavant ancillifuge ou ignifugé… Plus rien ne me touche, sinon les blessures naines de mon orgueil dégénéré. 

 

Habile subterfuge que la fierté, à ma haine de la personne que j’aurais pu être. Et lorsque, hachant la lumière, les nuages sondent et testent mon esprit irrésistant, je devine la faiblesse qu’est mon indifférence, cette inutilité primale ; je sens déjà le rance. 

Par Luc
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Vendredi 16 juin 2006

23 mai 1992

 

J’ai vu ce soir ce que j’ai été, 

Cette loque aux yeux vitreux, 

Finissant par me demander si je ne le suis pas toujours. 

Je me souviens de toi, lorsque j’ai tellement 

De mal à écrire ou articuler, de ton corps 

Gras, de tes mimiques de lipide 

Et de tes paroles huileuses. 

Ta musique était de cellulite. 

Je ne t’ai jamais aimée. 

Tu es comme moi. 

Tu n’es rien. Une foutaise. 

 

 

Par Luc
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Mercredi 5 juillet 2006

20 juin 1992

 

En ces temps de Weltmeisterschaft et d'hymnes nocturnes, j'ai jugé utile de rappeler ici que la Bretagne et le Pays de Galles partagent un hymne commun peut-être trop méconnu... en version bilingue !

Vieux pays de mes pères [1]

Amis, chantons le pays 

Où j’ai vu le jour, 

Ce bel Armor 

Que j’aime plus que ma vie.  

Célébrons nos aïeux, 

Remercions Dieu 

De son amour, 

Dans nos cœurs 

Gardons la Patrie.  

 

Armor, nous te faisons le serment 

Fervent de rester tes enfants, 

De lutter pour protéger ta liberté.  

 

Amis, chantons le vallon 

Où dorment nos morts. 

Sur eux enfin 

Veillent nos vieux Saints de pierre. 

C’est nous qui désormais 

Protégeons le pays d’Armor, 

Demeurons dignes d’eux, 

Nos pères.  

 

Armor, nous te faisons le serment 

Fervent de rester tes enfants, 

De lutter pour protéger ta liberté.

 



[1] Bro goz ma zadoù  (gallois : Land of my fathers ou Gwlad hen gan fy tadau)

 

Ni Breizhiz a galon karomp hor gwir vro
Brudet eo an Arvor dre ar bed tro-dro
Dispont 'kreiz ar brezel hon tadou ken mat
A skuilhas eviti o gwad.


Diskan
O Breizh ma bro
Me 'gar ma bro!
Tra ma vor mor
'Vel mur 'n he zro
Ra vezo digabestr ma bro.

Ar Vretoned zo tud kalet ha krenv
N'eus pobl ken kalonek a-zindan an nenv
Gwerz trist, son dudius a ziwan eno
O pegen kaer ez out ma bro.

 

Diskan 

 

Breizh douar ar sent kozh, douar ar varzhed
N'eus bro all a garan kement 'barzh ar bed
Pep menez, pep traonienn da'm c'halon zo kaer
Enno 'kousk meur a vreizhad taer. 

 

Diskan 

 

Mard eo bet trec'het Breizh er brezeliou bras
He yezh zo bepred ken bev ha biskoazh
He c'halon birvidik a lamm c'hoazh 'n he c'hreiz
Dihunet out breman, ma Breizh.

Diskan

Kan broadel Breizh gant Taldir Jaffrennou. 

Par Luc
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Mardi 25 juillet 2006

6 juillet 1992

 

La difficulté d’éprouver joie ou chagrin 

Pèse d’autant plus que seule la fatigue 

Biaise l’étang et la meule de ma morgue, 

Dans l’acuité des preuves, soudain, à court de dédain.  

 

Il serait enfin temps que la victoire serve de quelque chose [1]. J’ai pu esquisser un sourire en étant témoin de celles des autres, alors des miennes je ne conserve qu’un sourire pincé, écartant à peine une commissure de la voie qui lui est sculptée, vers la terre, comme si elle entraînait la tête…  

 

La victoire pleine de soleil s’est vécue, 

Ayant aperçu la pointe d’un sein de Rachel [2]

Quel bonheur déçu est de ne point y toucher. 

Quel soir de pluie, de veille, me fit enfin vaincu ? 

 

Il n’existe plus de soir ou de temps qui m’atteigne. Je me suffis pour ce faire. Je fixe mes objectifs, ma peur et ma mort. La chose est venue embrouiller ce canevas trop… optimiste, mais j’ai déjà vaincu.  

 

J’assimile la chose, je la réveille et l’utilise. Je suis une chose.  

 



[1] Oraux de maîtrise réussis sans embûche. 

[2] Nous étions chez Anne Borricand (fille du fameux professeur de droit pénal). J’étais assis sur un haut fauteuil et Rachel sur un pouf. La vue plongeante a fait le reste, sur ce petit sein en poire au ferme téton qu’une aréole très fine entourait gracieusement. C’est la dernière fois que je vis Rachel Tolkien. Il fallait rester sur ce merveilleux souvenir. 

Par Luc
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Mercredi 9 août 2006

20 juillet 1992

 

Il est donc dans l’ordre des choses que les gens se délaissent. Si encore ils s’étaient aimés, cela deviendrait plus compréhensible, mais en l’absence de tout sentiment, de toute passion, de tout feu (celui, même de paille, que tu allusionnais n’appartient qu’à ton imagination, sordide et décevante sur ce coup…)… 

 

Allons, va ! Tout ne doit donc être qu’orgueil.  

 

Dans une rue apparemment déserte, et torride malgré le soleil déclinant qui fouettait encore les peaux dont la seule défense demeurait l’illusoire réverbération de la sueur, je vis une étrangère qui me parla d’une autre, laquelle avait affirmé à mon propos, à mon encontre : « On ne se voit plus ». C’est vrai dans l’absolu : presque sept mois peuvent être longs et dépeuplés mais le temps importe peu à l’amitié.  

 

L’explication contraire serait qu’elle n’en éprouve aucune pour moi, et alors je n’aurais jamais dû avoir la faiblesse de céder à ses avances ! 

 

Deux choix s’ouvrent alors : elle m’aime et l’âne semblerait moins bâté qu’il n’y paraissait, ou elle ne m’aime pas et en aucune façon et alors elle est bien bête. 

 

Choix subsidiaire : je ne suis qu’un lâche qui s’allonge sur le sol en tentant de s’allonger près d’elle, mais s’allongeant en mentant. Je longe la vie  comme les berges de la Seine à Boissise la Bertrande : admiration et extranéité sont les maîtres-mots.  

 

Toi, je ne t’ai même pas longée… Tu es trop courte. 

Par Luc
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