24 janvier 1992
Non, on ne peut dire que je t’aime avec tout ce que cela comporte d’incohérences. Tu es plutôt pour moi l’image fugace de la Beauté, qui tranche parfois, lorsque je réussis à la saisir, avec la morne agitation de l’endroit. Tu es cette beauté, qui détruit et néanmoins rassure quant au point de deviner le sens de la vie. Mais alors je me dis : « Moi, je n’ai pas cette beauté, cette somme de beauté extraordinaire , en moi, ni même à mes côtés ; je ne la possède pas ».
Et je demeure, laid et pantois, dans l’angle d’ombre échappant, on ne sait pourquoi, toujours à tes yeux (où, soit dit en passant, je ne lis pas que beauté) .
4 février 1992
Que le temps paraît désormais bref,
Autant que celui passé en ta compagnie
Semble une éternité tellement tu m’ennuies.
Lorsque je repense à toi, ton visage
Aux traits si peu fins me revient en mémoire,
Ainsi que ta peu fière poitrine.
Il faut cesser là… pour éviter la méchanceté…
Je préfère conter mon désarroi,
Ou le liquide coulant de mon foie
Ouvert que l’on presse sans nulle cesse.
Aussi avachi que tes tristes fesses…
Encore une fois je mens et ai menti,
Mais cela devient trop usuel
Pour que je m’en offusque, décati
Comme est mon honneur : homme faux, je suis homme réel.
15 avril 1992
Sept jours d’inconfiance, à trouver des raisons pleines de science, pour réitérer l’erreur. Nous, férus d’insouciance et de désinvolture, à qui la mort ne semblait être que pâmoison, après avoir un temps regretté le temps où nous vivions, nous nous retrouvons stupides, inutiles, sans valeur.
Quel dépit de constater ce ciel obscurci duquel chutent des obliques de liquide sablonneux, si franches et régulières qu’elles sont les ratures avachies, au bout du compte comme n’importe quel pâté d’un stupide gosse, de l’avenir qu’un trottoir glissant et grouillant représente, dans la futilité du pas suivant.
Je marche, atteint par la pluie, qui ne parvient à mouiller que ma chemise, car je suis aquafuge, comme je fus auparavant ancillifuge ou ignifugé… Plus rien ne me touche, sinon les blessures naines de mon orgueil dégénéré.
Habile subterfuge que la fierté, à ma haine de la personne que j’aurais pu être. Et lorsque, hachant la lumière, les nuages sondent et testent mon esprit irrésistant, je devine la faiblesse qu’est mon indifférence, cette inutilité primale ; je sens déjà le rance.
23 mai 1992
J’ai vu ce soir ce que j’ai été,
Cette loque aux yeux vitreux,
Finissant par me demander si je ne le suis pas toujours.
Je me souviens de toi, lorsque j’ai tellement
De mal à écrire ou articuler, de ton corps
Gras, de tes mimiques de lipide
Et de tes paroles huileuses.
Ta musique était de cellulite.
Je ne t’ai jamais aimée.
Tu es comme moi.
Tu n’es rien. Une foutaise.
20 juin 1992
En ces temps de Weltmeisterschaft et d'hymnes nocturnes, j'ai jugé utile de rappeler ici que la Bretagne et le Pays de Galles partagent un hymne commun peut-être trop méconnu... en version bilingue !
Vieux pays de mes pères
Amis, chantons le pays
Où j’ai vu le jour,
Ce bel Armor
Que j’aime plus que ma vie.
Célébrons nos aïeux,
Remercions Dieu
De son amour,
Dans nos cœurs
Gardons la Patrie.
Armor, nous te faisons le serment
Fervent de rester tes enfants,
De lutter pour protéger ta liberté.
Amis, chantons le vallon
Où dorment nos morts.
Sur eux enfin
Veillent nos vieux Saints de pierre.
C’est nous qui désormais
Protégeons le pays d’Armor,
Demeurons dignes d’eux,
Nos pères.
Armor, nous te faisons le serment
Fervent de rester tes enfants,
De lutter pour protéger ta liberté.
Ni Breizhiz a galon karomp hor gwir vro
Brudet eo an Arvor dre ar bed tro-dro
Dispont 'kreiz ar brezel hon tadou ken mat
A skuilhas eviti o gwad.
Diskan
O Breizh ma bro
Me 'gar ma bro!
Tra ma vor mor
'Vel mur 'n he zro
Ra vezo digabestr ma bro.
Ar Vretoned zo tud kalet ha krenv
N'eus pobl ken kalonek a-zindan an nenv
Gwerz trist, son dudius a ziwan eno
O pegen kaer ez out ma bro.
Diskan
Breizh douar ar sent kozh, douar ar varzhed
N'eus bro all a garan kement 'barzh ar bed
Pep menez, pep traonienn da'm c'halon zo kaer
Enno 'kousk meur a vreizhad taer.
Diskan
Mard eo bet trec'het Breizh er brezeliou bras
He yezh zo bepred ken bev ha biskoazh
He c'halon birvidik a lamm c'hoazh 'n he c'hreiz
Dihunet out breman, ma Breizh.
Diskan
Kan broadel Breizh gant Taldir Jaffrennou.
6 juillet 1992
La difficulté d’éprouver joie ou chagrin
Pèse d’autant plus que seule la fatigue
Biaise l’étang et la meule de ma morgue,
Dans l’acuité des preuves, soudain, à court de dédain.
Il serait enfin temps que la victoire serve de quelque chose . J’ai pu esquisser un sourire en étant témoin de celles des autres, alors des miennes je ne conserve qu’un sourire pincé, écartant à peine une commissure de la voie qui lui est sculptée, vers la terre, comme si elle entraînait la tête…
La victoire pleine de soleil s’est vécue,
Ayant aperçu la pointe d’un sein de Rachel .
Quel bonheur déçu est de ne point y toucher.
Quel soir de pluie, de veille, me fit enfin vaincu ?
Il n’existe plus de soir ou de temps qui m’atteigne. Je me suffis pour ce faire. Je fixe mes objectifs, ma peur et ma mort. La chose est venue embrouiller ce canevas trop… optimiste, mais j’ai déjà vaincu.
J’assimile la chose, je la réveille et l’utilise. Je suis une chose.
20 juillet 1992
Il est donc dans l’ordre des choses que les gens se délaissent. Si encore ils s’étaient aimés, cela deviendrait plus compréhensible, mais en l’absence de tout sentiment, de toute passion, de tout feu (celui, même de paille, que tu allusionnais n’appartient qu’à ton imagination, sordide et décevante sur ce coup…)…
Allons, va ! Tout ne doit donc être qu’orgueil.
Dans une rue apparemment déserte, et torride malgré le soleil déclinant qui fouettait encore les peaux dont la seule défense demeurait l’illusoire réverbération de la sueur, je vis une étrangère qui me parla d’une autre, laquelle avait affirmé à mon propos, à mon encontre : « On ne se voit plus ». C’est vrai dans l’absolu : presque sept mois peuvent être longs et dépeuplés mais le temps importe peu à l’amitié.
L’explication contraire serait qu’elle n’en éprouve aucune pour moi, et alors je n’aurais jamais dû avoir la faiblesse de céder à ses avances !
Deux choix s’ouvrent alors : elle m’aime et l’âne semblerait moins bâté qu’il n’y paraissait, ou elle ne m’aime pas et en aucune façon et alors elle est bien bête.
Choix subsidiaire : je ne suis qu’un lâche qui s’allonge sur le sol en tentant de s’allonger près d’elle, mais s’allongeant en mentant. Je longe la vie comme les berges de la Seine à Boissise la Bertrande : admiration et extranéité sont les maîtres-mots.
Toi, je ne t’ai même pas longée… Tu es trop courte.
Commentaires