Images aléatoires

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Vendredi 15 décembre 2006

22 septembre 1991

 

Tu ne te souviens pas de ce que tu as fait ou commis la veille au soir… Tu ne sais plus quel était ton visage à ce moment là. Tu es mort.  

 

Tu te penches vers le sol où s’écrasent en général tes espoirs… Tu vois que ce sol est comme un miroir, puisque c’est ton image qu’il renvoie. Tu es mort.  

 

Tu te relèves ; la tête te tourne affreusement. Alors, rêvant de vertes collines et de jours sereins, dans la tempête de la bataille qui fait rage entre ta raison et cette envie de boire, tu vas te recoucher dans ton lit empestant la sueur. Tu es mort.  

 

Allongé, tu es dans cette position merveilleuse. La tête est douce, quelques larmes pourraient même couler tellement la sérénité t’est inconnue. C’est normal, comme le prémisse de ta mort.  

par Luc publié dans : Gwellañ war 1991
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Mercredi 29 novembre 2006

Une chanson pour une fois un peu plus légère qu'à l'accoutumée... Le travail collectif y aida sûrement en ce 16 août 1991 !

 

A Penero, un bar y est placé ; 

La belle Maëlle voudrait bien y aller mais 

« Non non ma fille, tu n’iras pochetronner ! », 

Rentre dans sa tente et se met à chialer…   

 

Arrive Erwann sur son vélo rouillé. 

« Qu’as-tu Maëlle, qu’as-tu donc à chialer ? » 

« Ma ronde mère n’veut pas que j’aille rider ! » 

« Mets ta haute coiffe et tes sabots cirés ! »  

 

Et voilà Fiou [1], il est venu mater ; 

Arrive Bruno [2] avec la Renault ! 

Aller mon gars ! Sers nous donc un Pernod ! 

La belle blonde, elle pour le Jeannot [3]

Et Marie-No [4], elle est pour Juan-Luco, 

Et Kerhervé [5], il est encore bourré !  

 

Ils vont au bourg, aller batifoler… 

Dans la nuit noire ils voulaient se vautrer mais 

La belle Loulette [6] avait déjà squatté ! 

C’est à Brouel [7] qu’ils se sont envasés… 

La roue derrière, elle est passée devant ! 

La roue devant, elle est passée derrière ! 

Le muscadet, il est tout renversé, 

La coiffe bretonne est toute ébouriffée, 

Ce con de maire est tout emboucané ! [8] 

Dans les varec’h, on les a retrouvés…  

 

C’est au Bilic [9] qu’on les a ramenés… 

C’était l’histoire de jeunes île d’arzais…  

 

                                                Luc Tironneau, Jean Gueron, Pascal Gueguen [10] 

 



[1] Philippe, vieux capitaine, mort d’alcool. 

[2] Bruno Kersuzan, marié à Nadège, propriétaire du bar et ami de gens comme les Têtes Raides, La Tordue ou Les Barking Dogs… 

[3] Jean Gueron, Marseillais devant l’éternel, ayant eu son MSTCF en révisant la veille à l’aide de deux bouteilles de Cognac, ancien fondé de pouvoir chez Indosuez, etc. Impressionnant ! 

[4] Très jolie brune filiforme aux allures de danseuse sur laquelle flashait mon cousin Jean-Luc (Juan-Luco) avant son coming out. 

[5] Ile d’arzais typique. 

[6] Ma sœur Laurence. 

[7] Plage « funboardeurs » de l’île d’Arz. 

[8] Les relations entre la mairie et notre clan sont faites d’hostilité depuis le début des années 1970 ! 

[9] C’est la décharge de l’île ! 

[10] Chanson collective chantée par Jean (Jeannot) et Laurent sur le comptoir du Bar de la Fontaine, déguisés en Zize et Felli. A chanter sur l’air de « La belle Zize », bien connu de tous les Marseillais (« Aux Aygalades, un bal y est donné… »). 

par Luc publié dans : Gwellañ war 1991
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Mardi 10 octobre 2006

30 juillet 1991

 

Une soirée de plus, où la ronde des verres 

Remplaça les paroles futiles, 

Qui me vit plutôt silencieux, 

A l’écoute et à l’intelligence 

Des autres verres, piètrement stylisés. 

Nous fûmes bons, ressentîmes clair 

Ce peu de douleur qui nous fait exister, 

Ainsi que le peu d’amour 

Se dégorgeant de nos hypocrisies continues. 

Nous vomissons. 

Nous devenons pierre friable. 

Nous nous gerbons. 

Nous devenons presque… aimables… 

Haïssables. 

Malades à crever. 

par Luc publié dans : Gwellañ war 1991
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Lundi 2 octobre 2006

6 juillet 1991

 

Une fois encore, j’ai vaincu… 

Le sort et le doute. 

Je suis faible et froid, 

Mais les ressources me sont venues 

D’on ne sait où. 

J’ai fini par vaincre, 

Alors que je suis lent lorsque tu es là, 

Me forçant à la défaite. 

Le sang de ta bouche m’a souvent fait disparaître, 

M’a souvent défait, pour toujours pensais-je.  

 

Nous ne bougerons plus. 

Ton corps est ouvert. Nous dormons, 

Et le sol s’ouvre, nous tomberons. 

Je suis de pierre, tes yeux autour de ma défaite. 

Je disparais. Je me laisse couler en deçà de ta peau. 

Qu’étais-tu ?  

 

Regarde, contre le mur, il y a une mémoire. 

Celle de ma victoire [1].  

 



[1] Oraux de licence réussis, en route pour la maîtrise. 

par Luc publié dans : Gwellañ war 1991
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Vendredi 22 septembre 2006

19 juin 1991

 

Carol [1], j’ai rêve de toi la nuit dernière. Je te tenais dans mes bras, comme je le fis il y a longtemps de cela, dans le moment où tu étais consentante. Je t’ai rêvée, c’est nu…  

 

Tu te promenais dans une rue, remplie de nuit et de bruyants réverbères. Au bout de ta laisse, un caniche blanc, court sur pattes et trottinant dans la fraîcheur de l’endroit. 

Nous sortions d’un terrain vague, d’où je tentais depuis une éternité de m’extirper. Tu es venue avec ton chien, et les portes se sont ouvertes : est-ce un signe ?  

 

Puis nous nous retrouvâmes dans une chambre, où même les jappements de ce maudit cabot ne pouvaient plus nous atteindre. Je voulais réitérer notre union passée.  

 

Mais pourquoi m’as-tu planté ce couteau dans les entrailles ?  

 

Pourquoi remues-tu ce couteau dans mes tripes ? Pourquoi t’acharnes-tu à m’ouvrir de bas en haut ?  

 

J’ai mal et je ne comprends pas. Je te regarde yeux éberlués, en me tenant l’hypogastre. C’est inimaginable, incroyable…  

 

Tes yeux tendres, ce couteau…  

 

Tes traits adorés, cette lame… Ta blonde chevelure, ma laideur. Je ne comprends décidément pas, et je meurs… 



[1] Mme Antoine-Ouvrard, pour la dernière fois peut-être… 

par Luc publié dans : Gwellañ war 1991
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Jeudi 7 septembre 2006

19 mai 1991

 

Le combat a commencé. 

La guêpe me regarde fixement. 

Je ne suis pas un lâche, et lance ma main, 

L’emprisonne. 

C’est un feu qui y éclate, 

Les flammes filtrent à travers 

Les interstices serrés de ma colère. 

Comme une anémone de mer se meurt, 

Les doigts se sont ouverts ; 

La guêpe s’est plantée, seule 

Au milieu de ma main.  

 

Délicatement, je l’en ai retirée, 

Puis arraché son dard, laissant 

Ses viscères dans le plat boursouflé 

Et rougeoyant. 

Je l’ai envoyée sur le mur 

Où elle s’est écrasée. 

Prisonnière de ma main, puis de la peinture, 

Elle s’est fondue dans le décor, 

Pendant que ma main frappe le mur 

Pour oublier la douleur. 

par Luc publié dans : Gwellañ war 1991
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Vendredi 25 août 2006

14 & 15 janvier 1991

 

Il me faut maintenant écrire mon trouble devant ces répétitions d’insanités. Le découragement me gagne ; il faut savoir bien mourir. Savamment, je scrute l’horizon des desseins annexes qui pourraient me sauver.  

 

Il en est un qui me tient particulièrement à cœur : je voudrais me marier, trouver quelque chose d’instable me donnant l’impression que je ne vis plus, ressentir l’immobilité.  

 

Le mariage est donc approprié à cette circonstance. La femme idéale, pour jouer le rôle de ma protagoniste, ressemblerait un peu à Rachel [1]. Elle aurait ces cheveux blonds lissotiches que j’aime tant avoir sous les doigts, dont le sens tactile a malheureusement disparu avec le tabac et l’acharnement que je mets à les encorner lorsque le dernier exutoire demeure la musique. Sa dentition serait parfaite, contrairement à la mienne, une originalité que je ne détiens de personne. 

 

Son visage ovale respirerait sous des allures de bêtise une intelligence contenue, dont la connaissance m’outrepasserait sans retenue. Et ses yeux, ah ses yeux ! Ils seraient ceux de Rachel, et je n’en veux point d’autres, d’une sorte de bleu aux liserés verts, finement rayés de la pupille au périhélie de l’iris par des striures grises, un peu à la manière d’une roue, d’une dure Destinée.  

 

Plus physiquement, sans ambages, elle ne devra certainement pas être de petite taille, mais une hauteur exagérée serait également nuisible. Sa taille sera fine, sa poitrine fière, menue, bombée et ferme, sa musculature légèrement marquée, ses jambes fuselées, sa peau très blanche mais pas diaphane (car je crains ce qui me fut terrible et me serait à coup sûr fatal si cela devait se reproduire [2]) et merveilleusement, vertigineusement épilée. On me dira : « Ce n’est qu’une belle statue que tu veux là ! ». Non car elle existe, et très probablement l’ai-je déjà vue, ou pour le moins entraperçue…  

 

Il est dès lors évident qu’avec mon égoïsme légendaire, ma cupidité, mon cynisme tour à tour mêlé d’humour et de mépris… je ne saurais avoir gré à ses yeux, et c’est bien normal, car ajouté au fait que je suis petit, je ne manque pas de toute la panoplie des défauts qui font d’un homme une sorte de pouvoir brut plus effrayant et dissuasif qu’aimable et attractif. Je ne suis pas aimable. Et pourtant ma méchanceté avoisine le degré 0. Quel dilemme cruel ! Quitte à ne pas me faire aimer, autant avoir la satisfaction d’être odieux, mais ma gentillesse innée, par je ne sais quelle bizarrerie, est toujours ressentie comme une ironique agression.  

 

Pour autant je ne suis pas seul ; j’ai mes satellites, mais la communication se borne à une béate fascination sans amour de leur part et à mon égard, pour les moins entendants, et à une craintive indifférence, jamais déférente, pour la plupart. Il est dur de s’analyser comme l’on est car l’on se rend vite compte, même avec un portrait (trop) rapidement brossé, que lorsqu’on est seul, ce n’est que justice, et quand on copule, on le ressent comme une erreur qui ne se reproduira pas de sitôt. Mais ce dessein de trouver, de me marier, est le plus grand que j’aie, alors…  

 

J’ai de même pensé à la religion… Dieu est beau et grand, mais par Lui, que ses serviteurs sont laids ! Tous aussi jésuites que les eunuques à la rose et les castrés du bonnet phrygien… J’ai honte pour eux, mais je crois, enfin, j’ai une certaine foi, qui s’accommode mal des intermédiaires et de toute sorte de béatitude médiate ou d’enthousiasme surjoué, ce qui ne Lui enlève en rien Sa puissance. Ce n’est pas un besoin pour moi de croire en vue d’une quelconque sauvegarde personnelle, mais uniquement pour me donner l’humilité dont je manque tant, car que suis-je, comparé à la puissance du Très-Haut ?  

 

Rachel n’est pas croyante. Ou du moins ne devons-nous pas avoir le même Dieu. Le sien, à constater sa futilité morbide, doit plus ressembler à Sabaot qu’à Odin ! Mais je ne désespère pas que la foudre, peut-être apportée par Mjolnir, passant à travers le Lagatjar, la stupéfie et l’arrache de ses rêves dorés et… quelque peu bourgeois qui forment sa vie ici-bas. 

 

J’aime tout de même Dieu, malgré ses erreurs, malgré mes péchés, quand il serait plus aisé d’opter pour un athéisme purement conjoncturel, mû d’une crainte irraisonnée et masquante nourrie à l’encontre d’une force supérieure, le Seigneur. Je n’ai plus peur car je sais que je suis déjà condamné. La religion est un dessein qui m’aurait attiré si je n’avais tant de chose à me reprocher.  

 

J’ai aussi voulu être un guerrier, sentir le vent du Faouët plein de crachin pénétrer mortellement chaque pore de ma peau désormais hâlée et rugueuse de mon visage creusé. J’ai voulu être cet homme aux muscles vifs et saillants, qui se découpe en deux images contradictoires, représentant mon paradoxe d’ordre et de frénésie.  

 

J’aurais donc pu être d’un côté ce guerrier aux cheveux rasés, au visage carré et glabre, grand, large et beau comme un squelette blanchi par le soleil, gisant à demi recouvert dans le sable de Syrie, les yeux bleus grands ouverts dans l’Eternité de la mort ou de la vie.  

 

J’aurais aussi pu être le grand guerrier aux cheveux longs et blonds, à la moustache foisonnante, comme porté par ce visage ovale cerclé de trépidations incessantes, mû d’une envie de ripaille ou d’en découdre avec l’autre, pour la simple gloire.  

 

Mais le vent des déserts, des steppes, des landes à peines moussues, me ferait mal car je sais que la mort m’attend… Du moins aurais-je vécu ?  

 

Aussi bien, n’étant ni mari ni religieux, ni guerrier germain ou gaulois, aurais-je pu pour me rendre aimable et m’aimer moi-même… être une femme !  

 

Il faut en effet savoir modérer ses ambitions, réduire ses desseins et espoirs. Oui, tomber jusqu’à devenir une femme me ferait aimer. 

 

Mais la vie, que devient-elle dans cet imbroglio de pensées ?  

 

Surtout qu’à l’heure où je pense, les guerriers que je rejoindrai peut-être après tout se préparent à la fatale échéance [3].  


[1] Rachel Tolkien bien sûr… 

2] La peau de Béatrice, diaphane et dangereuse… 

[3] Wargulf 1. Trois jours plus tard, vers 5H30 du matin, je prenais le petit déjeuner avec Jean-Pascal Schaefer quand nous entendîmes sur Inter, dans le silence d’une damnation éternelle, que la guerre avait commencé… Nous explosâmes de rire dans le même instant… 

par Luc publié dans : Gwellañ war 1991
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