Images aléatoires

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Gwellañ war 1991

Vendredi 28 avril 2006

7 janvier 1991

Un dédale s’ouvre devant moi, alors que des punaises déchiquetées jonchent le sol humide. Il pourrait faire froid si la peur ne me tenait lieu de douceur unique. Je sais qu’il y a la vie au détour de l’une des voies qui se découpent dans la pénombre. Au bout d’une autre, il y a une femme, qui m’attend,, que je n’attends que de répudier ; il ne faut pas que je prenne celle-ci, mais comment savoir ? 

 

Dans la troisième voie se trouve le monstre qui me hante ; il aboie, cela est parfaitement audible, mais l’écho caverneux m’empêche de déceler son exacte provenance. Les autres voies, s’étalant langoureusement dans une clarté déchue, ne mènent à rien ; à la mort serait probablement une certitude pleine de réconfort, mais je crois lors impossible de mourir dans ces chemins petits, ridicules et cossus.  

 

Je suis ce vieillard chenu qui se trouve au confluent des différentes voies. Ma voix a un son différent selon que je hèle vers telle une ou telle autre. L’écho est un mensonge ; car la plus profonde, la plus ardue serait sûrement celle qui débouche sur la vie, le meuglement éructé devrait donc lanciner jusqu’à une longue et fatale rupture.  

 

Mais ma barbe blanche et mes longs cheveux sont les attributs de ma sagesse, et plus jamais je ne me laisserai tromper par l’évidence. Le problème du choix ne m’a pas effleuré un seul instant : la voie de la vie est la seule valable.  

 

La femme ! Je tempère mon envie de rire, car que ferai-je bien lorsque je l’atteindrai, sinon vivre avec elle dans ce tunnel sordide, où je continuerai d’entendre les aboiements rageurs du monstre qui souvent m’agressa, me força à faire volte-face, à fuir sans me retourner. Je lui échappai toujours, mais revenant au croisement des voies éthérées, je ne savais pas plus déterminer quel chemin était le sien. 

 

J’ai souvent songé prendre les voies du rien, plutôt que de rester, comme un piquet inutile, comme une croix sur la tombe de ces ignobles punaises. Mais elles sont trop claires pour être honnêtes, pour mener à la voie de la vie. Je veux m’enfoncer dans l’obscurité pour découvrir. Errer dans la lumière à jamais a pu paraître séduisant lorsque j’étais encore jeune, que je ne connaissais pas la femme… mais j’ai fini par vouloir la femme, que j’imaginais flamme et eau, amoureuse de toute façon. Mais la vision de ce que j’aurais pu vivre avec elle me dissuada de prendre le risque de prendre sa voie.  

 

Et, arrivé à un âge où la raison tient plus de l’orgueil que du rationnel, j’ai voulu affronter le monstre terrible, qui me donnerait pour sûr à la mort. Mais qu’avais-je à y gagner ? Comme toujours, je ne l’aurais pas vu venir, et quand bien même l’eusse-je vaincu que le dilemme des choix eût été identique, n’ayant pu remarquer sa voie.  

 

Enfin, je suis le vieillard. Oh je réalise bien que ma sagesse n’est plus que sénilité et obscure indécision ; je ne sais même pas si, le monstre attaquant une fois encore, ce qu’il n’a pas fait depuis longtemps (peut-être est-il mort ?), je parviendrais encore à fuir, tellement je suis las. Je n’arriverai même plus à honorer la femme ! Non, il ne me reste bel et bien que la voie de la vie, mais je ne peux presque plus marcher. Trop sensible et vieux, mes larmes coulent parfois sans raison, jusqu’au sol où les punaises n’ont jamais bougé. Tout ne semble que mort ici, et il me paraît bien que ce confluent des voies s’est bien plus éclairé ces dernières années.  

 

Démocrite disait que la mort allait vers lui sans qu’il l’eut mandée et éclatait de son rire exterminateur, à la manière d’Empédocle d’Agrigente qui se jeta dans l’Etna pour égaler les Dieux. Et moi, je m’éclaire de plus en plus… la mort me mande ; ses chemins de lumière m’envahissent d’une douce torpeur. Ai-je trop attendu dans la recherche, pour le moment stérile, du chemin de la vie ? Rien n’est moins sûr. Je dois réagir.  

 

Je m’engage dans l’un des chemins, fais quelques pas, et soudain tout s’éclaire ; ce n’est qu’au bout d’une dizaine de mètres que je m’aperçois que les trois chemins obscurs se rejoignaient ici même… La femme est là, me reprochant ma lenteur et mon indécision. Le monstre qui me hante la tient, assise sur ses genoux cagneux. La vie est là, aussi, souriante, me pardonnant pour mon manque de confiance.  

 

Mais je vois, et tout est illuminé, reflète mes cheveux argentés et ma longue barbe. Tout est en pleine lumière, sans ombre, sauf une, au plafond : c’est la mort. 

Par Luc
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Jeudi 4 mai 2006

29 janvier 1991

 

Demain, j’appellerai… C’est un devoir. 

Le vautour revient toujours à sa proie. 

Les gouttes de la revanche perlent à mon nez 

Lorsque je pense au mal que je ferai, 

Lorsque la joie est tellement absente 

Que la haine est une activité presque… décente, 

Juste pour vivre. 

 

Demain, je mentirai… C’est habituel. 

Je suis sans fief mais ai l’opportunisme. 

Cet animal qui enserre le fond roucoule l’homme 

Dans lequel, en l’explosion du monde, tout le fiel 

D’une existence de cafard couronné 

Se déverse langoureusement, et nous en sommes pannés, 

Pour bien mourir. 

Par Luc
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Jeudi 1 juin 2006

17 février 1991

 

Ce soir, il ne reste que la laideur à pourvoir, 

La beauté est absente… ou occupée. 

Ô mon verre, que je tourne et retourne, 

Tu me donnes l’image de la lie 

Et de la détresse que je devine alentour, 

Mais tu ne pourras me faire aider la laideur, 

Car je l’exècre, et c’est pourquoi je suis seul.  

 

Ô mon verre, pourquoi me parles-tu ainsi ? 

J’ai honte de moi. Je ne suis personne. 

Par Luc
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Jeudi 15 juin 2006

11 mars 1991

 

Le désespoir aplanit tout, 

Sauf les échecs. 

Je vois devant ma stupéfaction 

Cette immense plaine, calme, 

Bénéfique peut-être ! 

L’activité y est rapide, 

Et je ne suis qu’avec difficulté, 

Mais Dieu que cette étendue est longue. 

Je n’en vois pas le bout, d’un pas lent… 

Parfois je marche sur cette surface 

Sans avoir l’impression de reculer, 

Cela fait plaisir. Cela est mon seul plaisir.  

 

Moins l’on recule, moins l’on meurt, 

Mais l’ennui est bien présent ; 

Et, coupable d’ennui, l’angoisse survient. 

Je ne fais rien et je m’en veux. 

Le désespoir est simplement organisé, 

Mais ne se borne pas à frapper au plus faible : 

Il ravage les forces en premier lieu 

Et laisse les faiblesses s’exprimer ensuite. 

C’est ma punition, celle du rat 

Que la ville aux yeux jaunes a corrompu, 

Que les égouts où il pleurait son alcool 

Et sa mère ont frappé en pleine jeunesse. 

Ses yeux noyés dans le vide oppressant 

D’une intense agitation immobile, 

Il est désormais atone, inerte.  

 

La plaine s’ouvre sous les trop courtes 

Pattes du rat sub-humain ; 

Le chemin est bon et doux. 

Il va donc mourir dans les flots 

Ecrasés par la lourdeur de la peur. 

Il va alors mourir dans le jour, 

Sans recouvrer quelque honneur 

Ou dignité : l’alcool l’a rincé, 

Et la voie du désespoir est présente trop présente.  

 

Vers la nourriture, vers l’ébréchure finale, 

Le sommeil ou l’amour, on y va. 

Le rat s’en moque. Ses yeux 

Scrutent la longue plaine, 

Les arbres verts… et son nez hideux. 

Quel espoir ! [1]  

 



[1] J’adore ce texte, écrit dans l’esprit d’un parallèle entre ma vie et l’album « Pacush blues » de P’tit Luc. 

Par Luc
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Lundi 3 juillet 2006

14 mars 1991

 

Le corbeau est perché sur le rebord 

De la porte glacée de mon armoire. 

Sa portée ignoble m’assomme, 

Me putréfie. Je sens ma vie 

Pourrir peu à peu dans son regard.  

 

Depuis de longs jours, il constate 

Ma désintégration, ma dissipation. 

Je me perds dans les méandres de son immobilité ; 

Il se meut dans ma chair, 

Frémit comme une gencive 

D’où une dent vient d’être arrachée.  

 

Des douleurs jusque lors inconnues 

Me submergent, me dévorent. 

Quelque part dans le dos est planté un pic. 

Les bras sont lourds et écartelés. 

Le corps est désuni, vicié, dévié. 

Un membre va tomber, puis un autre, 

Putrescence ! Rien ne nous sauve…  

 

Mais j’ai cassé le cou du corbeau, 

Et l’ai laissé sur le rebord 

De la porte de mon armoire enflammée. 

Sa tête pend dans le vide, et se découpe 

Entre la fenêtre et ma blessure. 

Dans celle-ci, j’entends les râles et les suppliques, 

Et elles purulent, sanglotent au rythme 

Des sursauts nerveux du cou brisé. 

Par Luc
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Vendredi 21 juillet 2006

4 avril 1991

 

Je hais ; j’ai voulu voir ma vie 

Se terminer d’un choc brutal aujourd’hui… 

Mais le tremblement n’est pas venu ; 

Je ne me suis pas crispé. 

L’Homme s’évanouit en moi. 

Je me hais. 

Ce sont les racines que je n’ai pas, 

La rancœur, ma nourriture, 

Et la rancune qui me soutient comme un tuteur, 

Qui m’ont soufflé l’âme, 

Comme un fétu. 

Je me hais. 

Je m’abaisse, rampe, 

Meurt un peu plus à chaque avilissement ; 

Mais ce sont les seuls événements de cette vie. 

Mon corps se tortille vainement 

Dans une lourdeur huileuse. 

Je me hais. 

Le ciel s’est fendu hier, 

Et s’est vomi, non loin de moi. 

Mes pieds baignent dans ce liquide, 

Et s’agglomèrent. Le mouvement est difficile. 

Pousser la bile. Piétiner l’opprobre. 

Je me hais. 

Par Luc
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Mardi 8 août 2006

18 mai 1991

 

Je suis écrasé, petit. 

Et la pièce s’agrandit. 

Je tremble, m’acharne à avoir froid 

Alors que l’air respire le soleil 

Crasseux, se reflétant en suaves coulées 

Sur les murs maculés ; 

Et je me trouve dans un bileux éveil 

Où, au bord des lèvres, affleure l’estomac.  

 

Aimons-nous, jusqu’au sang, 

De n’importe quelle manière. 

Je vais me sentir bien, c’est une promesse, un hier. 

Tu brûles, nous nous consumons, nous détestons… 

Aimons-nous dans l’horreur et dans l’erreur, 

Nous allons tomber ensemble en ce leurre 

Sanglant, mais nous allons nous aimer, 

Jusqu’au sang, jusqu’à ne plus pouvoir arquer.  

 

Nous sommes finis… 

Par Luc
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