Images aléatoires

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Gwellañ war 1990

Vendredi 28 avril 2006

7 janvier 1990

L’alcool me fait penser que je suis amoureux : illusoire impression de destinée, farouchement attachée au frêle nabot qu’est mon cœur. 

 

L’alcool me trompe et me déçoit : je veux l’acte sous son emprise, il me répugne une fois mon esprit dénébulé. Je ne sais parfois plus comment éviter ce dégoût qui me transcende, et m’attache au frêle nabot qu’est mon cœur. 

 

L’alcool me fait me souvenir : un an déjà, lorsque j’avais, me semble-t-il, énoncé comment faire « pour mal commencer une année (loin de chez soi) ». Je me replace l’acte, le feu, la fange et le pacte qui nous avait unis, mais ceci n’a au fond et en l’espèce aucune importance pour le frêle nabot qu’est mon cœur. 

 

L’alcool m’arrache de mes rêves, me signifie ma perte, languissante et langoureuse comme des bras de femme. Il pondère, limite mes visions qui ne s’envolent plus ; elles ont rampé, violé les esclaves de mon corps, pris cette vis sans fin et pénétré les ventricules valvulants du piètre et frêle nabot qu’est mon cœur.  

 

L’alcool me donne à oublier, un petit quelque chose à oublier, à pouvoir oublier, pour mon cœur…

 

 

Par Luc
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Mercredi 3 mai 2006

27 février 1990

 

Lourd, fatigué, 

J’erre dans ma chambre 

Où rien ne bouge, 

Excepté moi, dont la volonté 

Est absente. 

J’aime ces objets, ce mobilier 

Où je m’intègre. 

Je voudrais ne plus être 

Qu’un bas relief sur la porte de mon armoire. 

Immobile – ciré – calme et irresponsable. 

Je manque par fatigue 

A mes obligations. Le courage 

N’y fait rien, c’est la force 

Qui manque.  

 

Corps et intelligence s’ignorent 

Désormais, et ils sont las, 

Chacun se croyant le plus important, 

Chacun se trouvant beau et fort, 

Ils se désolidarisent…  

 

L’esprit est vide de sens 

Si le corps ne le suit plus, 

Le moral s’éteint alors doucement 

Car l’impuissance couronne cet abandon. 

Et le corps est inerte et étrange 

S’il ne reçoit plus d’ordres précis.  

 

Alors…. Alors un pantin lent 

Se meut dans les méandres 

De l’atmosphère grasse, 

Dans les replis des murs incolores et graciles, 

Et se sent malade et pantelant, 

Chancelant lourdement.  

 

Le son lui est néfaste, car violent. 

La sérénité ne se trouve pas dans le silence, 

Et encore moins dans la pensée, 

Peut-être que la mort… ? 

Par Luc
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Mardi 30 mai 2006

5 mars 1990

 

Où peut-on trouver le regret ? 

L’aventure est enfin déçue, 

Le petit conte d’un goût sûre, 

D’un arrière-goût aigrelet. 

Ô ma chérie, tu es partie 

Sans même me faire cocu. 

Comme une grande, tu t’es vaincue 

Alors que ton cul et tes pis 

Me restaient quand même en mémoire. 

Depuis que je ne t’ai plus vue, 

Grosse marâtre du terroir, 

Je devine le petit trapu 

Qui se pavane dans tes bras 

Lorsque tu lui montres ton nu 

Et que ma fierté mise à nu 

M’affirme que tu n’es qu’un rat [1]

 



[1] A Béatrice J. 

Par Luc
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Mardi 13 juin 2006

24 juin 1990

Tu aurais pu me demander, à juste titre, suite à mes regards fixes, « Pourquoi me scrutes-tu ainsi ? ». Je t’aurais alors répondu : « Parce que tu es belle. Et je te regarde comme je m’extasierais devant une statue polie, lisse et douce comme une peau, ou devant un Rembrandt dont le réel des femmes peintes n’a rien à envier de celles qui croient vivre ». 

 

Parce que je t’aime, tu peux me faire confiance. N’aie pas peur de moi ou de « ça ». Parce que je t’aime, je te le donne, tu peux me faire confiance. Bien que nous nous fussions trompés en nous ignorant délibérément, nous cachant notre commune attirance, c’est inhabituel ; ce n’est pas inhabituel, parce que je t’aime, tu peux me faire confiance.  

 

Ne me fais pas confiance ! J’ai vu la fumée s’exhaler de ta bouche. Tu ne sauras jamais, fais-moi confiance. Ce n’est pas inhabituel…  

 

Ne me fais pas confiance ! Ne te place pas en moi ! [1]  

 



[1] A Rachel Tolkien, petite fille de JRR, beauté anglaise universitaire. Nous participions au même TD de droit constitutionnel en 1ère année : pas un mot à mon endroit. Je termine major de l’écrit en 2ème année, elle vient me parler une première fois. La seconde et dernière fois fut en fin de maîtrise… Rien à faire… Je ne lui aurais rien avoué de toute façon… 

Par Luc
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Jeudi 29 juin 2006

21 septembre 1990

 

Dire que je suis chez moi là-bas [1] 

Et seulement étranger ici, où je vis… [2] 

Ce sont le goût d’un vin [3]

Le bruissement alcoolisé d’un insecte, 

Des rires d’hommes et de femmes 

Et la souffrance d’un ventre en éruption 

Qui m’ont rappelé cet endroit. 

Alors, singeant le bienheureux, 

Je souris, fataliste et humain. 

Mais au fond, quel dépit, quels regrets 

Ne pas ressentir ! 

Et le temps passe aussi vite là-bas 

Qu’ici, où je vis… 


[1] En Bretagne.

[2] Provence.

[3] Le traditionnel Muscadet, fort heureusement trouvable en Provence !

Par Luc
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Mercredi 19 juillet 2006

28 octobre 1990

 

C’était un grand soir que celui-là, 

Où nous parlions de choses et d’autres, 

Où j’ai revu comme changé 

Celui que je tenais à ne pas abandonner. 

Nous fûmes simples et vrais, 

Sans arrière-pensées, j’ose l’espérer. 

Les paroles n’étaient ni ouatées ni acides 

Et les gestes ni lents ni violents… 

Nous baignions dans ce luxe 

Trop rare qu’est la couardise.  

 

Mais le bruit est revenu, 

M’a extirpé de ma torpeur 

Et trépané de ma courte candeur, 

Tandis que le temps s’était pendu… 

Fracas, vitesse, précipitation 

S’emmêlèrent dans mon esprit déchiré. 

La nuit était radieuse et la haine irradiait. 

La bouche, que j’imaginais tordue de violence, 

Demeura béante et silencieuse, 

Silencieuse comme la douleur d’un corps lacéré…  

 

Rien ne brûle la peau aussi bien que l’ennui, 

Que l’ennui dans la vie… 

Rien ne désosse tant que l’ennui. 

Rien n’arrache la peau aussi bien que l’ennui, 

Que l’ennui dans le rire… 

Rien ne brûle tant l’âme que l’ennui, 

Avec l’étincelle de l’envie. 

Rien aussi bien que l’ennui, 

Que l’ennui de la vie… 

Par Luc
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Lundi 7 août 2006

10 décembre 1990

 

Parfois, je me sens dépité, inquiet autant qu’on puisse l’être, sans y trouver de raisons valables… C’est le cas aujourd’hui.  

 

Je vois un jeune homme, laid, le visage gourd, les traits épais. Il a de petits yeux chafouins situés près l’un de l’autre, un nez épaté et assez court s’évasant vers une bouche lippue dont les commissures à peine marquées accentuent l’impression de balourdise qui se dégage en premier lieu d’un tel visage. Sa peau s’avère, sans être foncièrement jaune, du moins blanc cassé tirant sur le jaunâtre, dépourvue en revanche de tout tempérament maladif. 

 

Pour achever de définir le morphisme du personnage, je pourrai le qualifier de petit, ni gringalet ni râblé, somme toute quelqu’un de bien ordinaire, confinant à la médiocrité tant intellectuelle que physique. Ce commun individu, aussi bizarre que cela puisse paraître, entretient une liaison charmante avec une jeune fille, dont les multiples pots de peinture cosmétique n’arrivent à dissimuler une peau de mandarine qui doit probablement l’effrayer elle-même le matin au lever, devant le miroir.  

 

Il s’agit d’une brunette banale, elle aussi, les yeux cerclés de rimmel, ce qui ne parvient pas à donner au regard morne l’effet de profondeur attendu. Son nez grossit ses traits de la même manière que celui de son acolyte passager ; ses lèvres, bien que charnues, ne dégagent aucune sensualité ou volupté, n’incitant guère à la gourmandise ou la gâterie de cinq minutes.  

 

Quel couple ! S’ils devaient un jour avoir l’idée saugrenue de faire des enfants, Dieu que l’eugénisme me semblerait justifié ! Qu’importe après tout, ils se complètent à merveille, et cela me fait penser que je n’ai toujours pas trouvé chaussure à mon pied.  

 

Un autre sujet d’inquiétude demeure le travail. Je ne sais plus comment le combiner avec le reste. J’ai beau pester contre l’incontinence du temps et de ses effets, rien ne s’arrange. Oh je ne me vois plus vieillir, bien au contraire, mais je parviens tout de même à m’ennuyer dans un temps qui passe à la vitesse de la mort ! Le travail est dur, et je compatis avec moi-même.  

 

Mais l’inquiétude n’est peut-être qu’en elle-même… Je me voudrais non pas naïf, simplet, mais heureux dans la lucidité. Ne poussons pas trop loin les choses, ce serait absurde car il en retourne d’une inquiétude qui, sans virer à la peur, atteint cependant le but de me faire perdre pied durant de courts moments, et de me gâcher les heures tuées à dormir. 

 

Je me tuerais de sommeil s’il le fallait, mais je cherche encore à te trouver, toi que je n’ai probablement pas encore vue, et cela prend du temps. Ma recherche ne sera pas vaine, mais la question est de savoir si ma méthode, consistant à attendre imperturbablement (stérilement ?), est concluante. Elle l’est certainement en ce sens que les aventurettes hygiéniques surviennent, mais totalement déphasée lorsqu’il s’agit de mettre la main sur l’important.  

 

Allons ! Si j’étais sensible et un peu plus voyeur, le succès me caresserait pour sûr l’occiput en me susurrant des mots tendres, que j’enverrais dans les bas-fonds de nos relations… cherchées en fin de compte. 

Par Luc
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