Après avoir longuement observé mon visage dans le miroir, en repensant à la sentence « Tu as un visage dur », assénée quelques minutes auparavant par un jugement me tenant à cœur d’estime, j’en suis arrivé à la regrettable impression d’absence de changement, en totale contradiction avec ma peine.
Je décèle toujours ces lignes poupines, infantiles, ces putains de bonnes joues rebondies, signes d’une santé insolente qui m’ont toujours fait haïr la photographie... Les bonnes grosses joues comme des pommes rougeaudes et cirrhotiques que j’exècre, ces saletés de quartiers hamstériens de viande tendre lourdement posés en travers de ma face triste et lunaire, aux mâchoires tendues à rompre les molaires... Dans le seul but de diminuer le volume joufflu, de donner un peu de raideur et de tenue à ce visage épais.
Non je n’ai pas le visage dur, V., mais simplement laid. Pour correspondre aux canons de beauté (rire étouffé puis sourire jaune)... mettons « pour aspirer à tendre éventuellement vers les... », les joues se doivent d’être creuses. Ma dignité est à ce prix. Qu’ira-t-on respecter ce petit gros jovial, dont la tête rondouillarde respire à l’évidence la joie de vivre, le bon pain, la bonne chair... Tout bon quoi... Sauf que je l’emmerde, ce moi inopportun sans séduction !
Même maigrissant, il me faut rester moi, sous le joug des joues, mafflu. Même exécutant consciencieusement des heures de roue mobile dans ma cage, je demeure avec des incisives prononcées et des bajoues. Pourtant, ce soir, mes réserves s’épuisent...
Croisant mes regards dans la glace, je me dis : « Mort, je serais presque beau », avec cette grandeur d’âme austère, les traits crispés de la fin... les yeux mi-clos sous une paupière lourde de n’avoir su amoindrir les rebondissements des deux parties de chair molle chuintant sous les pommettes... L’iris se turquoise, noyant le blanc zébré de rainures épileptiques, d’explosions de rouges neurones. Une fois encore, je ne suis ni mort, à peine séducteur, ni beau.
On s’en fout.
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires




Commentaires