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Rupture (du 1/11/99 au 26/4/00)

Mercredi 17 avril 2013 3 17 /04 /Avr /2013 13:07

Après avoir longuement observé mon visage dans le miroir, en repensant à la sentence « Tu as un visage dur », assénée quelques minutes auparavant par un jugement me tenant à cœur d’estime, j’en suis arrivé à la regrettable impression d’absence de changement, en totale contradiction avec ma peine.

 

Je décèle toujours ces lignes poupines, infantiles, ces putains de bonnes joues rebondies, signes d’une santé insolente qui m’ont toujours fait haïr la photographie... Les bonnes grosses joues comme des pommes rougeaudes et cirrhotiques que j’exècre, ces saletés de quartiers hamstériens de viande tendre lourdement posés en travers de ma face triste et lunaire, aux mâchoires tendues à rompre les molaires... Dans le seul but de diminuer le volume joufflu, de donner un peu de raideur et de tenue à ce visage épais.

 

Non je n’ai pas le visage dur, V., mais simplement laid. Pour correspondre aux canons de beauté (rire étouffé puis sourire jaune)... mettons « pour aspirer à tendre éventuellement vers les... », les joues se doivent d’être creuses. Ma dignité est à ce prix. Qu’ira-t-on respecter ce petit gros jovial, dont la tête rondouillarde respire à l’évidence la joie de vivre, le bon pain, la bonne chair... Tout bon quoi... Sauf que je l’emmerde, ce moi inopportun sans séduction !

 

Même maigrissant, il me faut rester moi, sous le joug des joues, mafflu. Même exécutant consciencieusement des heures de roue mobile dans ma cage, je demeure avec des incisives prononcées et des bajoues. Pourtant, ce soir, mes réserves s’épuisent...

 

Croisant mes regards dans la glace, je me dis : « Mort, je serais presque beau », avec cette grandeur d’âme austère, les traits crispés de la fin... les yeux mi-clos sous une paupière lourde de n’avoir su amoindrir les rebondissements des deux parties de chair molle chuintant sous les pommettes... L’iris se turquoise, noyant le blanc zébré de rainures épileptiques, d’explosions de rouges neurones. Une fois encore, je ne suis ni mort, à peine séducteur, ni beau.

 

On s’en fout.

Par Luc - Publié dans : Rupture (du 1/11/99 au 26/4/00) - Communauté : ECRIMANIA ou le désir d'écrire...
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Mercredi 18 avril 2012 3 18 /04 /Avr /2012 10:29

NDLA : comme souventes fois par le passé, je demeurais silencieusement amoureux, attendais patiemment que le silence et les non-dits rongeassent la relation jusqu'à la pourrir jusqu'à la moëlle, puis une fois la rupture consommée dans la souffrance, je me décidais à parler à ma compagne, en lui confiant mes écrits la concernant, nous concernant. Voici donc un exemple parfait de lettre qu'il ne faut absolument pas se mettre en position d'envoyer !

 

E.,

 

Voici donc ces quelques trois années... Variables et diverses dirons-nous...

 

J’imagine que tu te reconnaîtras dans bien des opuscules, pour lesquels tu me verras plus à nu que jamais. Cela dit, je n’aurais pas pu faire le tri.

 

Ne m’en veux pas de certains fantasmes continus (que tu remarqueras par toi-même) ou de délires érotico-éthylo-mystico-inavoués : je te rappelle que j’écris sur l’instant et ne retouche jamais mes textes. Dès lors, certaines paroles qui confinent à l’acte peuvent être mal interprétées, particulièrement te concernant, ou plus exactement bien interprétées, mais sur un instant seulement, désormais et irrémédiablement passé.

 

De la même manière, en adepte de l’autosuggestion, mon écriture est sensée me convaincre du bien-fondé des positions qui s’y trouvent, auxquelles j’ai pu aboutir de façon spécieuse ou détournante, quand bien même je n’y croirais pas une seconde !

 

Tu ne découvriras peut-être pas grand-chose sur l’être un temps côtoyé, mais sûrement soupçonneras-tu ses pensées d’alors et maintenant... Après tout, n’es-tu pas celle qui me fait réfléchir, cette petite muse volage qui harcèle mon esprit lourd et dépassé ? ...

 

Par Luc - Publié dans : Rupture (du 1/11/99 au 26/4/00) - Communauté : ECRIMANIA ou le désir d'écrire...
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Mercredi 8 février 2012 3 08 /02 /Fév /2012 09:08

 NDLA : ce texte est dédié sur le fond à toutes les jolies hôtesses de caisse, à qui l'on peut offrir des poèmes plutôt que des noms d'oiseaux ou des trépignements d'impatience. Sur la forme cette fois, il ne s'agit pas réellement d'un quatrain mais bien d'un quinquin puisque chaque vers compte quinze pieds, soit trois de plus qu’un alexandrin ; donc avec un quatrain, cela me donne cinq alexandrins, par l’application d’une règle arithmétique toute simple. Voilà voilà voilà...

 

 

Tu ne me connais pas... Mais en cette soirée fatiguée,

Tes regard et sourire joints dans une subtile alliance

Ont déclenché dans ma pierraille une subite fragrance,

A ton image magnifique. Je suis dès lors sur ton gué

  

Observation des censeurs : « La structure de ce quatrain, pour en être originale, n’en demeure pas moins non orthodoxe et peu instructive pour les jeunes générations. En outre, nous noterons que dans la décomposition issue de l’exclusion des trois derniers pieds de chaque vers, la rime alexandrine se révèle bien pauvre : une bien triste allitération entre « soirée » et « lors », à laquelle il conviendra de préférer la rime riche embrassée « une sub » des deuxième et troisième vers. Le maniement sophiste de l’allitération se retrouve dans la décomposition des trois derniers pieds de chaque vers, car correspondant à la rime en quinze pieds... » Etc. Etc...

 

Je ne sais plus trop que penser... (Rire) En faisant des vers à quinze pieds, un peu truqués, démolis, ravalés, cravachés dans ma gueule farcie, il semble une humanisation, une raclure de sentiment. Oh j’essaie bien de me dire, de m’affirmer qu’elle n’est que belle, ou même ne correspond qu’à mes critères de beauté... Mais le sensitif est le plus fort : j’ignore pourquoi, mais il faut que j’en tombe amoureux, en commettant les grossières conneries liées à cet état peu enviable... Des poèmes... Une chanson... Le ridicule devant l’œil mouvant de chacun. Demain, j’irai lui porter mon petit mot lycéen... Faut-il n’avoir rien à perdre ?!

 

Je t’enverrai mes bêtises, dont certaines te feront mal (ce serait bien), ou t’indifféreront plus sûrement (tant pis)... Personne n’y comprendra rien d’ailleurs. Une seule personne au monde, que je ne connais pas, aura su entendre mes déclamations sans intérêt : ce n’est autre que ce moi insipide de la date mentionnée en haut à droite, qui me concurrence, que je hais...

Par Luc - Publié dans : Rupture (du 1/11/99 au 26/4/00) - Communauté : ECRIMANIA ou le désir d'écrire...
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Mercredi 7 décembre 2011 3 07 /12 /Déc /2011 16:54

Un bon signe parfois... Ce soir, j’ai réussi à me souvenir de la date du jour que j’ai été sensé vivre. De l’utilité de se réveiller chaque matin... Cette question a fleuri sur l’ensemble de ma clôture, les lésions que je constate sur mes biceps et avant-bras. Ma peau pourrit peu à peu ; mais il paraîtrait convenant de continuer. C’est dans ce cadre porté à l’interrogation, au mismatching, que tu me confiais : « X est comme Y, c’est une pâte... Il se contenterait de dire oui, sans rétorque... Et si nous sortions ensemble, vous ne me reverriez jamais au bureau ». Tu me confessais ceci alors même que je n’avais rien demandé, ou à peine suggéré... Tu m’avoues cela alors que X est gentiment allé nous chercher un verre, payé de sa poche... Qu’attends-tu donc ?

 

Mes illusions ? Ma verve gageuse ? Ce don du refus préalable que tu sembles considérer comme originalité ? Ta sensation de l'ennui est sans doute erronée, il faudra bien que je t’en parle : tu avais un homme serviable, dévoué et amoureux, mais il te disait trop souvent oui ; alors tu l’as regardé comme un être inférieur, sans personnalité, idiot...

 

Je te propose donc de vivre un temps avec moi... Tu constateras un certain changement, notamment du fait d’un tempérament naturellement peu porté à la concession, à l’effort et à l’amour. Cette expérience serait sûrement agréable... et constituerait ta meilleure chance de provoquer ta volonté à renouer avec Y ou conclure votre jeu insane de séduction avec X. Les chassés croisés m’écœurent : baisons, rendons-nous malheureux et ne nous éveillons plus... N’est-ce pas l’instant le plus désiré, de toute éternité ?

Par Luc - Publié dans : Rupture (du 1/11/99 au 26/4/00) - Communauté : ECRIMANIA ou le désir d'écrire...
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Lundi 3 octobre 2011 1 03 /10 /Oct /2011 09:13

Une fin d’après-midi calme, dans l’atmosphère chaleureuse d’une famille soudée, se languit doucement, se berce de paroles aimables et futiles. Toutes sortes de choses et d’autres dont les gens s’entretiennent en devisant joyeusement...

 

Tu étais parmi ceux-là, souriante et les yeux brillants, de ce regard trompeur qui me blesse encore. Tu étais là, alors que je ne savais comment recevoir tes regards... Peut-être étaient-ils tous naturels, comme l’on promène sa tête de droite et de gauche dans une conversation animée d’où fusent les invectives ou les remarques posées, en regardant l’orateur... Tout cela est bien légitime après tout... Mais je ne parviens pas à me persuader que tu me vois tel tout autre protagoniste du dialogue.

 

Alors je suis rentré à la nuit tombée, crochant les portes de Tannhaüser, et le malaise m’a pris. Tu sais, cette envie dépitée de mort que tu as déjà de nombreuses fois connue sans la recevoir. Je dois l’admettre : la solitude tant recherchée lorsque je suis accompagné est un bien lourd fardeau quand elle s’impose à vous... Tu fus ma chance. Nous nous sommes gâchés. Dès lors je serais mort ce soir... si le souvenir de ton regard menteur, celui d’un autre espoir, m’avait laissé un peu de répit, un temps de paix.

Par Luc - Publié dans : Rupture (du 1/11/99 au 26/4/00) - Communauté : Les Bretons sont dans la place
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Lundi 1 août 2011 1 01 /08 /Août /2011 13:19

Je n’ai même pas voulu te demander de rester, quand bien même l’eusses-tu attendu...

 

C’est toujours la même histoire, cette peur du râteau dans la gueule, en public, déchaînant l’hilarité. Quand la timidité se mêle d’histoires d’affection, le présage devient sombre. Une fois déjà, je t’avais avoué mon trouble, trompé, sophistiqué par de faux bruits, par des rumeurs ou reports mal entendus, et alors par trois fois, je t’avais posé la question, à laquelle tu avais autant de fois répondu par une négative que tes larmes même n’arrivaient à faire passer, pour cause d’une pitié insupportable.

 

Ce soir, encore, trop, ton regard détrompait, paraissait détromper tes paroles de quinze mois passées, et ces autres de pitié de quatre mois. Il fallait ne pas retomber dans un ridicule accompli, que je désirais cependant. L’orgueil maladif du timide a pris le dessus. Je n’ai pas pipé mot, et peut-être as-tu ressenti mon ton languide quand je te signifiai l’au revoir...

 

J’aurais voulu te retenir, pourtant, mais pourquoi m’as-tu montré ces photos exhibant au monde entier, de la développeuse inconnue jusqu’à nos amis communs les plus proches, ces photographies figurant ma personne grasse, bouffie, avec un sourire forcé accentuant encore la vulgarité de mes traits empâtés... Cette laideur me révulse, me paralyse, m’obère toute action... m’incite à réfléchir... sur ma vanité, mon orgueil sans mesure quant à mes possibilités. Je ne suis rien.

Par Luc - Publié dans : Rupture (du 1/11/99 au 26/4/00) - Communauté : Les Bretons sont dans la place
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Mercredi 11 mai 2011 3 11 /05 /Mai /2011 08:53

Je suis toujours amoureux quand j’ai bu. Je te poussais en plaisantant, en tentant de faire paraître mes gestes plus sûrs qu’ils ne pouvaient l’être. Le ton badin excusait le contact de mes mains concupiscentes avec tes chaudes épaules, ton dos bronzé, Emilie. Prétextant une position somnolente en chien de fusil, en fœtus oedipé dirait un abruti de psy, mes genoux frôlaient tour à tour le haut de tes cuisses, tes fesses en goutte d’huile... Cela dit... Tout de même... Echaudé par nos échecs répétés, je ne poussai pas l’action jusqu’à son terme. J’aurais pu être le chat jouant et découvrant à la fois, qui se rétracte pour mieux assaillir, mais le félidé lui au moins, conclut et tue, quand bien même se désintéresserait-il de sa victime après le coup fatal.

Pour ma part, je me suis contenté de goûter de loin, effrayé et hésitant, durant des heures, comme mettre un doigt dans l’eau bouillante pour le retirer aussitôt, dans une puérile précipitation. Durant des heures, repartir comme venu, trouillard et timide, indécis, poltron, lâche, inconstant, couard, pleutre, vil, chocotteux, sang de navet, cotonneux, se la chiant... Amoureux en somme...

 

Je suis parfois amoureux quand je vois la beauté. Je te retrouve, toi, idéelle et inconcrète, préférant te garder comme telle. J’imagine pouvoir t’avouer tout l’amour, ou disons plutôt l’admiration que je te porte, Rachel, ou encore mieux, que je voue à ta beauté livide que transpercent deux yeux bleu pâle, deux murs venant trop vite à la rencontre d’un moi immobile. Que regretter avec les années passant de ne m’être jamais découvert pour prendre la belle couleur violacée d’une gifle magistrale en plein visage ! Un râteau, disons-nous... Ne suis-je pas laid, joufflu, replet, épais ?

 

Je suis rarement amoureux devant le charme. Je te vois aussi, toi qui aurais pu ressembler à la beauté, si tu avais été belle. Tu proposes quelque chose pourtant, d’indicible sans magie, dont je me moque et qui m’attire, Laurie. Le charme se révèle bien dérisoire en cette nuit claire ajournée par la haine du corps. Que penser de ta proposition induite, lorsque je soupçonne que ta timidité maladive obturera nécessairement en toi le songe même que tu eusses un temps pu l’émettre !? Les regards joints de l’entourage convergent, se mêlent pleins d’attendrissement et d’impatience pour lier ta proche destinée avec celle d’un mannequin de square, impavide et luminescent, habillé, sympathique, grand et charmant... Lui aussi... Lorsque je pressentais la rareté de mon amour devant le charme, en cette nuit diurne, n’avais-je pas le bon réflexe de sauvegarde ?

 

Autosuggestion.

Par Luc - Publié dans : Rupture (du 1/11/99 au 26/4/00) - Communauté : Les Bretons sont dans la place
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