Vendredi 30 septembre 2005
340 08-12-00
Je suis à genoux, dans une chambre qu'il me semble avoir connue, tourné vers la fenêtre distante de quelques mètres dans laquelle se déroule un ciel gris-blanc uniforme. Sur ma gauche se trouve le lit de bois clair, de style moderne pour les années 70, accolé en sa longueur contre le mur orange pâle. A ma droite se dresse l’armoire, faite d’un bois identique à celui du lit, à moins qu’elle n’ait été blanche.
Mon regard se portant vers le sol constate la moquette gris souris... Ainsi qu’une enflure en son centre. Une sorte d’amas provoque une bulle sous la moquette. Je m’en approche te mes oreilles saisissent soudain les petits cris des souris. Un nid de souris entre le béton et la moquette... L’absurdité d ela situation ne m’échappe pas. Je tends néanmoins une main vers le monticule grouillant et piaillant comme une sortie d’école, le frôle à peine et le voilà qui se désagrège, les souris partant en toutes directions.
Sauf une, autour de laquelle mes mains jointes en cercle forment une muraille infranchissable. A ce moment précis, un doute m’accable : vais-je tuer l’animal ? Des sentiments contradictoires agitent mon esprit. D’un côté, la capacité de nuisance et de destruction du petit rongeur ; de l’autre, sa faiblesse et la pitié qui m’étreint...
Pour ne plus penser au coup que je ne parviens pas à porter, je tourne mon visage dépité vers la gauche, sous le lit, direction qu’ont prise deux ou trois souris lors de la dissolution de l’agrégat. Je vois nettement que la moquette a mal été posée en cet endroit caché, les bords non collés et effilochés rebiquant sur la plinthe, et m’en scandalise. Voulant m’assurer de je ne sais quoi, je passe la tête sous l’encadrement du lit.
Soudain, un mouvement étrange, un bruit de cliquetis sans rapport avec la course d’une souris, et file à quelques centimètres de mon visage une créature irreprésentable dont la violence me paralyse sans fin. Elle grimpe le long d’une porte de l’armoire, cesse sa course et ne m’offre que son trois quarts arrière.
Un mile pattes, d’une cinquantaine de centimètres, dont le corps se sépare en une bonne vingtaine de modules, diagonalement scindés en un jaune vif éclatant et le noir le plus sombre. Chacun de ces corps est muni de deux pattes et de deux épines dorsales, plantés à quarante-cinq degrés en décalé sur l’échine, toutes proéminences jais.
Remontant le corps affreux, mes yeux arrivent à la tête, noire d’ébène : le visage d’Anubis sans yeux achève la créature que je ne saurais comprendre.
Nous restons tous deux figés, dans l’attente de nos réactions respectives, la violence et l’éternité qui nous font face.
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