Images aléatoires

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Marseille (du 2/4/97 à février 1998)

Jeudi 29 septembre 2005

 

Nous avons passé une bonne journée et décidons de monter sur les toits, pour la terminer hauts et rêveurs. Je crois qu’il y a là J., S., M., A., et sûrement pas N., trop prudente, ou encore E., trop belle.

 

Je remarque surtout J., affalé de tout son long sur la terre cuite rouge et paraissant si fatigué que son visage aux traits lourds va s’affinant alors qu’il s’assoupit le long des tuiles chaudes, à quarante-cinq degrés.

 

Il doit être derrière la corniche, S., dont la litanie des sarcasmes plus ou moins convenus s’imprime dans ses insultes incessantes et ses réactions avaricieuses, ces dernières telles que son amitié d’ailleurs.

 

M., fine de physique essentiellement, doit également se situer en retrait du bord fini du toit, admirative du sommeil de J.

 

A. metaphorise, entre la lumière des ampoules aux pieds et les doux songes de la fièvre aphteuse. Elle se dandine mollement au son des craquements des tuiles sous notre poids, et du gémissement de la gouttière rouillé et sonore.

 

Nous voilà donc, ce gentil petit groupe perché sur les toits de tuiles rouges. La brique surchauffée par le soleil d’été pourrait sembler désagréable si n’était cette odeur de four de pierre qui sauve tout.

 

Quant à moi, je ne parviens pas à m’allonger, ni à me lever. Pour n’avoir jamais été soumis au vertige, je n’en ressens pas moins un malaise certain, comme la gouttière grise qui chaloupe insidieusement en deçà et au-dessus de la ligne d’horizon.

 

Décidément, je ne me sens pas si bien, alors que l’ambiance calme et apaisée d’un après-fête devrait plutôt m’inciter à la détente la plus méritée…

 

Invincible mal-être ; je me juche à califourchon sur l’arête d'un chien assis constituant le toit étroit d’une mansarde, serrant les cuisses à rompre l’architecture. Ainsi solidement campé, le vertige va cesser.

 

Mais non. Le monde tourne et se tord de plus belle. Partis, J. et son petit somme. Je ne vois plus à tour de rôle que les nuages et les tuiles. Envolés, S. et ses sarcasmes. Je me livre, je tourne, je vole… je chois. La terre ma mère m’accueille, à moins que ce ne soit le goudron.

Par Luc
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Jeudi 29 septembre 2005

 

Tous ensemble et d’un certain âge, nous étions regroupés dans un grand hall, et dehors s’étalaient des tentes. Malgré notre âge, tout me ramenait dans cet endroit au collège ou au lycée. Le préau était bien là, nous recouvrant de ses odeurs curieuses d’humidité et d’humus accroché aux semelles.

 

Peu à peu pourtant, je m’en éloignai pour trouver une tente. Je remarquai celle de mon cousin et profiteur d’aubaine, m’y introduisis (dans la mesure où j’avais oublié tout le nécessaire au couchage, la caravane nue qui m’avait été originellement impartie devenait parfaitement inutile). Quelle désagréable surprise lorsque je constatai douloureusement qu’il n’y avait pas de tapis de sol, une herbe rase, sèche et affreusement piquante en tenant lieu. Décidément, cette solution ne recueillait pas mon assentiment. Eussé-je possédé un duvet qu’il n’en fût allé autrement.

 

En trouver une autre, de tente ou de solution, la seconde paraissait plus vraisemblable. Aussi me dirigeai-je vers un ami et nous dégottâmes une salle de bain, à l’écart, à peine occupée par deux compagnes de jeu bien agréables, du moins d’aspect.

 

En effet, au moment d’entrer dans cette pièce cubique, comme posée au milieu de rien, l’une des filles bloquait la porte. Nous ne voulûmes pas user de la force brutale. Ces tergiversations permirent à la seconde de passer le pommeau de douche, réglé sur haute pression, par une petite fenêtre située sur la face gauche du cube, et ainsi de m’arroser copieusement.

 

Pour une fois beau joueur, je pénétrai l’endroit le sourire aux lèvres. Elles masquèrent leur nudité dans l’eau de la baignoire pendant que nous nous changions, posant nos frusques  trempées sur un bac à linge sale. A ce moment, continuant de me dévêtir, je fis tourner malicieusement une chaussette de tennis au-dessus de ma tête. Les sourires se figèrent et trois regards mauvais marquèrent une profonde désapprobation olfactive.

 

Je répondis bêtement que ce n’était pas moi, stupide mais vrai, après avoir reniflé discrètement l’objet en cause. Peine perdue. J’enfilai alors penaud une Burlington propre au pied gauche, me retrouvant dès lors en caleçon avec des chaussettes dépareillées.

 

Instant suivant. Après la honte, dans le hall, le monde grouille, et j’y sombre.

Par Luc
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Jeudi 29 septembre 2005

 

Me voici de nouveau seul et attablé, comme au bon vieux temps. Le bureau est recouvert d’un monceau de papiers inutiles et atrocement ennuyeux. J’aime ça, tout comme le silence balayé par la climatisation, et surtout jouissive de solitude.

 

Certains jours tels que celui-ci où l’on se prend à penser : que personne ne me parle !

 

Pourtant, ce matin, la progression se faisait lente, presque à reculons. L’inactivité de ces quelques jours ma marque trop pour une reprise facile. Un rêve : payé à rien foutre. Pourquoi pas l’administration, me dis-je alors. Et pourquoi pas ? Tout cela pour prendre encore le temps d’écrire et de couler volontairement dans une déprime maniaque sciemment provoquée. C’est ce pouvoir de l’écriture que je vais maintenant expérimenter, en salissant cette fin de journée, en masquant ce ciel bleu ahuri.

 

La chaleur du dehors n’en contrastera que plus avec l’affaissement progressif de mes degrés internes.

 

La nécessité de l’écrit a failli m’échapper ; j’y retombe avec délectation. 

 

 

Je voguais donc dans la mer d’huile de la tranquillité d’une fin de nuit. Celle-ci se situait curieusement en fin d’après-midi, durant lequel je travaillais comme à l’accoutumée.

 

Cependant, l’apanage de la nuit est une douce solitude, celle-là même que je recherchais plus haut.

 

Soudain, je le vis arriver, l'être honni et souriant. Je crois tout d’abord à une hallucination, puisqu’il devait vaquer à ses occupations distantement de plusieurs centaines de kilomètres…

 

J’exècre cet homme, qui pense que tout peut s’arranger par la discussion, que la concession est reine dans l’art de la manipulation psychologique. Malgré son âge mûr, il ne jure que par anglicismes barbares et modernistes, se complait dans l’absolue nécessité de la communication et il pleure (de joie) comme je pisse sur les plaquettes des organismes privés et communicants de formation professionnelle, par subtils jeux de flèches et d’ensembles sophistiqués à double sens, et la boucle est bouclée…

 Il est là, désormais. Lorsque j’insinuai qu’il eut dû être ailleurs, il pouffa et répondit :

 

« Ah ! ? Non, je suis là, et je resterai ! »

 

Il ne me fera pas ça, il ne fera pas ça ! Adieu, harmonie ! La perversité fourbe et torve, l’œil de la modernité conservatrice se pose sur moi. Dès lors la nuit se situe bien, en temps et lieu, en fin d’après-midi, par sa faute. De surcroît, je déteste prendre mon petit-déjeuner en début de soirée.

Par Luc
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Jeudi 29 septembre 2005

Pourtant, ces derniers jours, j’avais senti s’agiter une petite fibre maligne, une hormone qui s’était pourtant rendue bien discrète naguère. Mais des rires m’ont fait sursauter, de ces rires que l’on ne voudrait jamais connaître, repoussant loin l’envie d’écrire, quand son propre dos frappe l’intérieur du corps à n’en plus pouvoir.

 

Les dents se chevauchent et vacillent ; les articulations douloureuses renvoient des centaines de messages apitoyables au cerveau, qui ne les saisit pas.

 

Sale journée…

 

 

 

 

Un matin subséquent à une enfilade de rêves érotiques. J’aurais donc pu me sentir bien, ne fût-ce que par le souvenir, mais cela n’a pas été le cas. Ma personne faisait l’objet d’un jeu absurde et futile, celui de la compétence.

 Qu’est-ce que cette dernière ? Je l’ignore à la perfection.

 Toujours est-il que ce simple concept paraissait revêtir une grande importance aux yeux de certaines. Pourtant, à bien y réfléchir, la compétence est une vue de l’esprit, la manière de faire quelque chose de la façon dont, de tout temps, il faut le faire. Or je ne m’illustre pas particulièrement par une façon commune.

 

Je ne suis donc pas compétent ou encore habile. Une seule gêne cependant, malgré la démonstration tant logique qu’élégante de mon incompétence : les personnes dont provient le jugement en cause.

 

En étant sentimental, je dirais que leur bêtise n’a d’égal que leur méchanceté. Par conséquent, leur jugement ne saurait ne pas être altéré, à l’instar du mien, tout comme leur morne étendue.

 

Comment se pouvait-il donc que la vérité éventuelle d’un discernement émanât d’esprits eux-mêmes dépourvus du premier ?

 

Finalement, si la question de ma compétence, de mon habileté, n’est pas encore résolue (le sera-t-elle jamais ?), je dois conclure dès aujourd’hui que ceux qui en arguent ne doivent compter que sur le hasard pour ce qui concerne la vérité ou non de leur assertion. Je ne saurais pour ma part éprouver quelconque respect pour un jugement fondé sur le hasard. Je méprise donc leur… opinion.

 

La recherche hégélienne de la vérité dans le management se heurte à l’indescriptible chaos de la bêtise et des préjugés de la gens.

 

Courons-y donc… puisque semble-t-il, il le faudrait.

 

 

 

Par Luc
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Jeudi 29 septembre 2005

 

Cette fois, c’est bien reparti. Tant de pensées se bousculaient lors de l’engourdissement progressif de la veille au soir. J’ai ressenti les effluves du monstre, du meurtre. Marchant dans la nuit, il a fallu redécouvrir l’instinct du chasseur floué et finalement perdant. Il dit :

 

J’ai lutté follement contre ma nature défaite. Devinant le centre dissimulé derrière l’obscurité, la flagrance de l’inutilité de cet objectif inaccessible a rejailli en pleine lumière. Je sais comment utiliser l’arme et la ruse, mais la requête paraît s’évanouir derrière l’événement subi. Je connais aussi la perte de soi et le renoncement, l’acte se faisant plus système que réflexion de pensée. Je songe étrangement dès lors, au confort, alors que rien ne s’émeut, ne se meut à ma proximité.

 

Le sommeil a fini par soulager la blessure, mais rien ne semble avoir été résolu de ce fait, le manque de foi y aidant d’ailleurs.  

 

 

Une nuit débute. Ces trois mots sont tombés comme des cheveux dans la soupe. Il fallait bien essayer d trouver une image, de peur de ne plus être qu’un tien littéraire. Mais je ne m’en servirai pas. C’est très bien. Je m’en moque. C’est parfait.

 

Le sort de certains qui m’avaient ému devient maintenant mien : je constate que rien ne passe, ne se passe, fût-ce pour mon malheur. Alors pourquoi ne pas l’avouer ? A l’évidence, tout va bien, est pour le mieux…

 

Le bruit de chœurs désespérés se fraie un chemin jusqu’à mes oreilles, sur la saccade lente d’un vaincu martelé d’accords mineurs. Cela ressemble à l’appel de la nuit, ou plutôt du sommeil, lequel quoiqu’il en soit, sera bon… Eh ! Contrairement au moral, il suffit d’un événement purement physique (en l’espèce la fatigue) pour parvenir sans aucune difficulté à son but (dormir). Allez va ! Ca m’écœure, tiens… 

 

 

Pas mal d’images de séminaires absurdes, alors que le froid commençait à saisir. On me disait de me préparer rapidement et de sortir par une porte dérobée, de manière à ce que les autres convives ne remarquassent pas ma présence. Dès lors, pourquoi m’avoir amené ici, si peu souhaité ?

 

Je l’ignore, et dans le dépit le plus prononcé, je me retrouvai avec une fille, apparemment assez peu jolie et dans une position inhabituelle pour un bonjour.

 

Je procédais à un cunnilingus, mais les soubresauts de ses hanches et ses mains appuyant sur le sommet de mon crâne ne laissaient place au doute : elle voulait que je lui léchasse le rectum.

 

C’est hors de question, pas d’anilinctus, hurlai-je intérieurement. En effet, ma langue ayant frôlé le bord de la rondelle, un infect goût acide manqua de me faire vomir, me fit du moins grimacer. Alors je ne pensais plus à la bagatelle. Je m’en retournai froidement vers une vie d’inaction, désespérante à mourir.

   

 

 

Avachi et repu de saleté, je continue à survivre, ne me nourrissant que dans cet unique but. Je tourne sur moi-même dans une déliquescence absolue.

 

L’inaction ne me vaut rien. L’estomac se serre quand il s’agit de penser à l’avenir, qui s’estompe dans la mollesse répugnante d’un aujourd’hui indicible.

 

Et pourtant il faudrait continuer… Cela me fait presque sourire désormais, tant l’aventure paraît jouée d’avance. Je me suis promis tant d’actions, pour n’en accomplir aucune, par lâcheté le plus souvent, par hasard en d’autres circonstances…

 

A l’instar du lendemain, le premier soupçon d’espoir s’efface, dans la griserie du ratage éternel.

 

Que reste-t-il à gâcher dès lors ?

Par Luc
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Jeudi 29 septembre 2005

 

Enfin de retour dans les affres du doute, en proie à une angoisse incontrôlée, j’ai envie de tout abandonner, de ce qui me dérange, joue avec mes nerfs et se défie de ma prudence.

 Il faudra bien tout jeter et sacrifier à l’autel de la tranquillité d’esprit. Et retrouver la sérénité.

 Je me moque bien de ce que l’on peut me dire, particulièrement des conversations techniques et sans fin, sans rapport avec les choses de l’âme.

 Par ailleurs, je finis par m’interroger, en l’un de ces rares soirs de sobriété, pourquoi je voue une telle haine au système pileux féminin. « Haine » n’est peut-être pas le mot juste, « répulsion » serait plus adapté. Je ne rêve que d’un corps sculptural de Rome antique, absolument exempt de toute pilosité, à l’exception des cils, sourcils et cheveux.

 L’épilation sonne pour moi comme la netteté. Je pourrais dire : « L’évolution humaine tend à ce que nous perdions toisons et fourrures d’un autre temps ». Je me contenterai de poser la question : « Cette obsession revêt-elle uniquement un caractère sexuel ? ».

 De prime abord, oui. Mais après il se trouvera toujours un tenant de ces conversations techniques et infinies (informatique, voyance, psychologie…) pour m’expliquer que le mal est plus profond (recherche de la pureté originelle, d’où masochisme, d’où nazisme, quod erat demonstrandum, ou encore pédophile en devenir…).

 Comme si, l’enfoiré, je l’ignorais ! Je me prends d’ailleurs à souhaiter la mort, de nouveau.

 

 

Voilà que tout recommence… Cette sensation d’avoir déjà vécu ce qui se présente devant soi s’avère assez pénible !

 

Je tente tout de même de ne pas sombrer dans l’oisiveté, qui aurait pour unique conséquence un bien-être mêlé de malaise. Dans un autre ordre d’idées, je n’ai pas voulu, pour la première fois, retranscrire les rêves qui ont agité la nuit dernière. Je les ai trouvés abscons.

 

Comment alors ne pas résister à l’envie du sommeil lorsqu’une musique étrange tournoie vers mes oreilles ? Chaque soupir profond quand la tête tombe subitement sur l’oreiller, suscite en moi l’angoisse de l’annihilation.

 

Quelqu’un va me rejoindre… Quelle blague ! Quelle excuse pour hausser la voix et ne plus se regarder en face, l’intelligence se masquant habilement sous l’agacement d’une conversation sans intérêt.

 

Je ne désire plus qu’en finir. Tout est vain, sans que cela me gêne outre mesure… Elle va venir, et comme d’habitude, nous ne consommerons pas notre prétendu amour.  Peut-être s’est-elle d’ores et déjà consumée…

 

Quant à moi, je suis ignifuge.

   

 

Je l’ai vue, cette plante dont de multiples pensées tentaient de m’écarter. Elle aurait du être verte, mais ici, non : les feuilles dirigeaient imperturbablement leurs points vers le sol, tout droit.

 

Leur couleur jaune sec sur celle un peu plus brune des rameaux fossilisés ne laissaient de me donner à croire que j’en serais tenu pour responsable, par manque d’amour. Dominant les grognements d’un ventre incrédule et les rides du vent, j’essaie d’oublier mon existence.

 

 

 

J’ai parlé haut, pour me faire entendre dans la conversation. Cela m’a paru déplacé… à moi seul très probablement, mais je fus vulgaire.

 

Ce dégoût de soi naissant fait s’assombrir la voix, l’adoucit et modère ses envolées. Alors il convient de baisser un peu plus la tête à l’unisson de la voix et des yeux, pour ne se contenter que de répliquer.

 

Telle est la peine endurée pour avoir cru un instant que ce que l’on avait à dire revêtait quelque intérêt, que cela méritait qu’on l’imposât…

 

Après la honte, l’humilité.

Par Luc
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Jeudi 29 septembre 2005

 

Une mauvaise nuit supplémentaire se prépare. La fatigue est sans doute présente, ce qui suffirait à mon bonheur : dormir sans retenue… si n’étaient ces sordides douleurs, très supportables sur l’instant, mais dont je sais qu’elles vont rompre le cycle doux et habitué du sommeil. Transbahuté d’ordres contraires en positions inégales, le confort s’est déjà absenté du corps. Les orgues du petit matin dépité, à éviter les miroirs, résonnent dès à présent à mes oreilles, qui parallèlement perçoivent les percussions multipliées à loisir, jouant à un tempo trop rapide, puis égrenant leurs sextolets à la manière d’un chapelet lors de la veillée ardente. J’en finis par oublier la douleur.

 Alors on va essayer de dormir. Quel est le risque de toute façon ?

  

 

Comment avouer que cette vie d’inaction, d’oisiveté devrais-je dire, me convient à la perfection ?

 

Commettre des haïkus sans y penser, une apologie de l’immobilisme, serait un avenir bienheureux.

 

Mais ce soir, il est une tristesse difficile à tromper par l’image des jours à venir. Je demeure allongé sur le lit, le cœur battant à tout rompre et la gorge prise en étau, subissant on ne sait quelle malédiction que la culpabilité accentue encore.

 

Maintenant, je vais me délaisser dans les affres de l’inconscient et du sommeil, rêvant de ne pas trop cauchemarder.

 

J’imagine que les liqueurs de napalm aux senteurs subtiles qui jouent à flots longs dans mon estomac vont se calmer, l’apaiser pour me donner enfin à la mort nocturne. Les remugles de ma pusillanimité et de ma faiblesse me reviennent en langoureuses brûlures, et je ne désire plus que m’effacer devant cet ignoble souvenir.

Penser que rien ne peut s’être reproché revient à nier l’évidence, mais il faut cependant savoir déceler la coalition abjecte, la bêtise avide et méchante de l’autour de soi, qui ne saurait qu’être hostile.

 

J’éprouve la nette sensation de décliner doucement, sans à-coups ni réaction de nuire, pétrifié par la remembrance de ma faiblesse. 

 

 

Quelle peine de le dire : le sexe m’ennuie prodigieusement.

 

Dans la répétition machinale et bestiale d’un va-et-vient purement inné, il ne fait que me rappeler le travail. Je croise parfois, au cours de la vie morne, quelques scènes de copulation. Au-delà du légitime émoi physique qui s’empare du bas de ma personne durant un instant, c’est surtout le dégoût qui prend le dessus sitôt que la réflexion met au pas la réaction. D’ailleurs, je ne ressens même plus la douleur ou le plaisir (… « même pas mal »…), dans une sorte d’instance de déshumanisation.

 

Je vais couler comme une larve sans avoir l’espoir de subir la mutation en chrysalide. En regardant Derrick et Côte Ouest, je tisse mon cocon de déjections. Le chômage a fini par m’apprendre le tissage.

 

 

 

En visionnant les quatre simplets de « Alliage » se dandiner ridiculement devant les caméras, j’ai ressenti un tel dégoût que j’en suis allé me coucher à 21 heures 30… en me hurlant :

  

- Quelle daube ! -

 

Il faut toutefois s’interroger sur le pourquoi d’une telle réaction. Et si cette violence à peine contenue ne représentait que l’envie, dans tout ce qu’elle possède d’affreux. En conscience, je psalmodie que l’envie n’a pas lieu d’exister au regard de telles caricatures d’art. Certes, mais arte-t-on sans reconnaissance ? Délicat, pour ne pouvoir préjuger de quelconque plébiscite dans un avenir incertain, toujours est-il que je demeure inconnu, tandis que ces pitres font se pâmer les adolescentes pré-pubères, et, à mon grand dam, les pubères aussi.

 

Je pourrais passer mille fois devant le portail d’un lycée sans que quiconque me prête attention, si toutefois je ne me fais pas embarquer pour suspicion de tentative de détournement de mineur, d’enlèvement ou de viol, tractage pour le Front National, voire que sais-je encore…

 

Résolvons-nous à l’évidence : je ne suis rien, dénué de tout talent (dans le cas contraire, « ça se saurait »…), et je ne fais pas se coller les petites culottes au plafond une fois celles-ci lancées lors de mon entrée dans la pièce.

 

Quelle ironie, quelle pitrerie… Mon entendement serait-il si trouble que je ne sache reconnaître l’art là où il se trouve, dans « Alliage » ?

 

Non, décidément, et quitte à me tromper, je préfère persister à courir me pieuter à 21 heures 30.

Par Luc
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