Une mauvaise nuit supplémentaire se prépare. La fatigue est sans doute présente, ce qui suffirait à mon bonheur : dormir sans retenue… si n’étaient ces sordides douleurs, très supportables sur l’instant, mais dont je sais qu’elles vont rompre le cycle doux et habitué du sommeil. Transbahuté d’ordres contraires en positions inégales, le confort s’est déjà absenté du corps. Les orgues du petit matin dépité, à éviter les miroirs, résonnent dès à présent à mes oreilles, qui parallèlement perçoivent les percussions multipliées à loisir, jouant à un tempo trop rapide, puis égrenant leurs sextolets à la manière d’un chapelet lors de la veillée ardente. J’en finis par oublier la douleur.
Alors on va essayer de dormir. Quel est le risque de toute façon ?
Comment avouer que cette vie d’inaction, d’oisiveté devrais-je dire, me convient à la perfection ?
Commettre des haïkus sans y penser, une apologie de l’immobilisme, serait un avenir bienheureux.
Mais ce soir, il est une tristesse difficile à tromper par l’image des jours à venir. Je demeure allongé sur le lit, le cœur battant à tout rompre et la gorge prise en étau, subissant on ne sait quelle malédiction que la culpabilité accentue encore.
Maintenant, je vais me délaisser dans les affres de l’inconscient et du sommeil, rêvant de ne pas trop cauchemarder.
J’imagine que les liqueurs de napalm aux senteurs subtiles qui jouent à flots longs dans mon estomac vont se calmer, l’apaiser pour me donner enfin à la mort nocturne. Les remugles de ma pusillanimité et de ma faiblesse me reviennent en langoureuses brûlures, et je ne désire plus que m’effacer devant cet ignoble souvenir.
Penser que rien ne peut s’être reproché revient à nier l’évidence, mais il faut cependant savoir déceler la coalition abjecte, la bêtise avide et méchante de l’autour de soi, qui ne saurait qu’être hostile.
J’éprouve la nette sensation de décliner doucement, sans à-coups ni réaction de nuire, pétrifié par la remembrance de ma faiblesse.
Quelle peine de le dire : le sexe m’ennuie prodigieusement.
Dans la répétition machinale et bestiale d’un va-et-vient purement inné, il ne fait que me rappeler le travail. Je croise parfois, au cours de la vie morne, quelques scènes de copulation. Au-delà du légitime émoi physique qui s’empare du bas de ma personne durant un instant, c’est surtout le dégoût qui prend le dessus sitôt que la réflexion met au pas la réaction. D’ailleurs, je ne ressens même plus la douleur ou le plaisir (… « même pas mal »…), dans une sorte d’instance de déshumanisation.
Je vais couler comme une larve sans avoir l’espoir de subir la mutation en chrysalide. En regardant Derrick et Côte Ouest, je tisse mon cocon de déjections. Le chômage a fini par m’apprendre le tissage.
En visionnant les quatre simplets de « Alliage » se dandiner ridiculement devant les caméras, j’ai ressenti un tel dégoût que j’en suis allé me coucher à 21 heures 30… en me hurlant :
- Quelle daube ! -
Il faut toutefois s’interroger sur le pourquoi d’une telle réaction. Et si cette violence à peine contenue ne représentait que l’envie, dans tout ce qu’elle possède d’affreux. En conscience, je psalmodie que l’envie n’a pas lieu d’exister au regard de telles caricatures d’art. Certes, mais arte-t-on sans reconnaissance ? Délicat, pour ne pouvoir préjuger de quelconque plébiscite dans un avenir incertain, toujours est-il que je demeure inconnu, tandis que ces pitres font se pâmer les adolescentes pré-pubères, et, à mon grand dam, les pubères aussi.
Je pourrais passer mille fois devant le portail d’un lycée sans que quiconque me prête attention, si toutefois je ne me fais pas embarquer pour suspicion de tentative de détournement de mineur, d’enlèvement ou de viol, tractage pour le Front National, voire que sais-je encore…
Résolvons-nous à l’évidence : je ne suis rien, dénué de tout talent (dans le cas contraire, « ça se saurait »…), et je ne fais pas se coller les petites culottes au plafond une fois celles-ci lancées lors de mon entrée dans la pièce.
Quelle ironie, quelle pitrerie… Mon entendement serait-il si trouble que je ne sache reconnaître l’art là où il se trouve, dans « Alliage » ?
Non, décidément, et quitte à me tromper, je préfère persister à courir me pieuter à 21 heures 30.
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