Dans les senteurs âcres et trop fortes d’huiles essentielles, la pression de l’air se fait aussi trop lourde. Je roule
des yeux jaunes et vitreux vers l’asphyxie renaissante. Les sons abominables d’une folle pression interne tentant de se réguler tapotent sur mes tympans, désormais marimba, tandis que des
couinements sifflés ou chuintés selon les cas ne cessent leur symphonie absurde, sans pour autant parvenir à me convaincre que ma tête n’explosera pas.
Je suis devenue sourd à l’extérieur hostile depuis bien trop longtemps pour que la gerbe finale n’emporte pas tout le
crâne.
C’est donc fiévreux, humilié et offensé, que sur la claire esplanade, je voyais Gabriel essayant d’approcher un étrange
animal. On eût dit une sorte d’autruche, quant à la forme générale du volatile. Mais celui-ci s’avérait de taille plus modeste, le cou moins long aussi, le faciès plus doux, à l’instar de son
pelage où de ma position je ne décelais nulle plume mais plutôt un duvet noir sur le dos et blanc immaculé au dessous.
L’animal ne semblait guère farouche puisque Gabriel put s’en approcher jusqu’à poser sa main sur le flanc duveteux. Le
volatile dodelina, sans manifester d’angoisse, mais sans que j’y lusse le moindre contentement néanmoins. Gabriel se prit d’audace et caressa la houppelande blanche, provoquant cette fois une
réaction plus marquée.
L’animal projeta langoureusement sa petite tête et son long cou vers l’arrière tandis que sa queue semi-circulaire se
mettait à angle droit par rapport à son dos. Du duvet blanc de cette queue s’agrandissant telle celle d’un paon, sortit une barre blanche triangulaire, avec une lenteur toute industrielle, d’une
longueur insoupçonnable, qui atteignit la limite supérieure de mon champ de vision.
Alors la queue se rabattit sur Gabriel et l’oiseau sans plumes ni ailes s’envola sans battre quoique ce fût le long de
l’axe triangulaire, de plus en plus vite. Je n’eus que le temps de constater le visage affolé de Gabriel, enfermé jusqu’au cou dans le duvet blanc, roulant des yeux rouges et vitreux dans
l’asphyxie naissante, jusqu’à ce que le singulier équipage disparût de ma vision.
Je me retrouvai seul, la tête levée vers le ciel sans teinte, les larmes naissant peu à peu dans des senteurs piquantes
d’huiles essentielles et le crâne prêt à rompre.
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