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Bonjour à toutes et à tous,

Septembre 2005

Je suis plutôt né avec une machine à écrire que planté devant un PC, ce qui ne m'empêche pas de goûter la liberté de ton et d'opinion trouvée sur le ouèbe, ainsi qu'en atteste récemment la mobilisation très efficace pour le non au machin européen.

Alors, quelque peu dépité de la frilosité des maisons d'édition en termes de choix éditoriaux, je me suis résolu à ne plus passer par ces intermédiaires et livrer ma production directement aux lecteurs. Puisse mon propre "machin" vous plaire, et n'hésitez pas à émettre des remarques, observations, objections... insultes, mais aussi des félicitations qui réchaufferont mon échine meurtrie...

Kenavo ar c'hentañ !

11 août 2008

Chères lectrices, chers lecteurs,
Je vous annonce mon retour de vacances bien méritées, les mises à jour retrouvant leur rythme quotidien. Bonne lecture.
 

Vendredi 25 juillet 2008

I

 

LE COUPLE HEUREUX

 

Omnia vincit nihil. [1]

 

 

 

  Oui, le couple peut être heureux, incontestablement, qu’il soit ancré dans un confort douillet et schizoïde, ou au contraire qu’il vive pleinement ses pulsions dans un vent fracassant de fausse passion et d’étreintes échangistes.

 

  Le premier couple heureux est larvesque. Ce qui frappe de prime abord, c’est le calme, la quiétude ouatée qui règnent dans sa demeure. On ressent, outre l’envie furtive de fuir, cette impression de ne pouvoir avancer qu’à petits pas, sur la pointe des pieds, à tâtons en quelque sorte. Le silence domine les discrets bonjours qu’un sourire gentil introduit. Cette concession à la politesse s’achève lorsqu’ils se reprennent par la main pour aller s’asseoir mollement dans un canapé souple et enveloppant, puis s’embrasser plus ou moins goulûment.

 

 

- prise de recul durant le baiser -

 

   Mon cerveau se hérisse alors de bruits fantomatiques, de silhouettes de trompettes désordonnées. Une absence et tout est consommé. Des vibrations à basse fréquence couvrent la voix grave qui oraisonne la complainte des gens. J’apprends des apparentements terribles, des mariages absurdes au mieux, ridicules souvent...

 

   Je vois encore la mine réjouie et béatement ronde de celui qui vient d’avoir un enfant. Sa face boursouflée de vanité brille d’une lueur stupide, tout comme celle d’une de ses congénères et sa damnée fille.

   Je vois encore le visage ahuri de celle-là, heureuse depuis peu, et à l’instar de tous ses coreligionnaires, oublieuse de son état immédiatement précédent, et de ceux qui le partagent encore à cet instant, comme cette autre qui se repaît dans le confort d’une relation facile.

   Je constate encore la laideur de mon propre faciès, disheureux depuis toujours, destructeur de rien, délavé, éreinté et creusé, enflé du bonheur éprouvé au mépris qu’il voue aux heureux, si durement ressenti cependant quand il subit les camouflets répétés de la bêtise personnifiée, un peu à l’image de la dernière qui l’a quitté.

 

   A juste titre semble-t-il.

 

   Les trompettes s’évanouissent. L’ouverture est achevée ; maintenant, il faut fermer.

 

- fin du baiser et retour au monde mortel -

 

 

  L’invité sage et célibataire [2] ne démontre pas de sa gêne devant cette nature morte, absorbé qu’il était dans ses propres pensées.

  L’apéritif aidant (bien que l’animal soit peu porté sur l’alcool), les bouffées insupportables de silence laissent place à une accentuation du volume et du débit des paroles échangées. Ils se regardent l’un l’autre sans se comprendre mais s’aiment toujours, réitèrent leurs aventures communes. Si vieux malgré leur apparente jeunesse ! Si vieux que le formol s’écoule déjà de manière odorante sous les semelles de l’invité passager. Celui-ci, quand il ne sent pas parfaitement importun, s’interroge sur les raisons de sa présence dans ce cercueil absurde. Il écoute, participe, rit même !

 

  Mais le langage du couple heureux va s’avérer plus puissant que prévu : sitôt qu’une pique est décochée à l’encontre de l’un des deux, l’autre vole à son secours, riant mais l’enlaçant au son de sobriquets ridicules et dégradants. N’allez surtout pas leur dire qu’ils respirent la bêtise, convaincus de détenir, par-dessus le Tout, le Vrai [3]

 

  Ils vous sècheront les côtes en vous traitant d’envieux, de jaloux. L’insulte est d’autant moins fondée que rien ne rattache le spectateur ennuyé à ces deux koalas en peluche alanguis sur un clic-clac kitsch et bon marché, exceptée, cependant, la facilité de la copulation. Pour eux, les plats sont servis tièdes chaque soir

 

  La vie poursuit heureuse à défaut de joyeuse son train-train. On baise régulièrement, comme l’on va aux toilettes, dans ce silence toujours plus obsédant, lorsqu’on ne s’aperçoit pas que les amis se font de plus en plus rares à la maison, que le téléphone sonne de moins en moins souvent. Une exception encore : le couple rangé d’ennui se marie très bien avec ses homologues. La soirée s’embourgeoisera…

 

  Le maître de maison (triste royaume en vérité…) débouchera la bonne bouteille, découverte chez un petit viticulteur déniché totalement par hasard, ou le petit caviste du coin, et vous m’en direz des nouvelles !, pendant que l’hôtesse oeuvrera à la cuisine, la taille plus rebondie qu’avant et savamment entourée d’un tablier subtil, contant fleurette au Je t’aime plus qu’hier et bien moins que demain ceint d’une rose rouge.

  Pendant le repas, les couples se raconteront, en se foutant éperdument de ce que les autres pourraient bien narrer, l’essentiel n’étant que de convaincre la table de leur bonheur : un dialogue de sourds dans une ambiance vaguement jazzy ou bluesy soft, mollassonne anyway… Les jambes à demi écartées et le fondement grassement avachi dans le fauteuil Louis-Philippe le Bel Saint Macloouuuu évidemment, le teint rosissant d’une couperose naissante, la peau luisante et oléagineuse, l’homme parlera de sport, de politique au digestif, et s’étonnera du fait qu’on ait trouvé le moyen d’obtenir des roses bleues, profitant de son petit effet pour engager la conversation au point mort sur l’intarissable sujet « Progrès ou pas progrès ? ». Sciences et techniques, car l’homme est abonné à « Géo » (dont la pile ne prête guère à confusion : le nouveau numéro est posé sur la pile des anciens, dont la tranche est parfaitement intacte, comme neufs, neufs…) ou à « Sciences et vie », lui tiennent à cœur à lui, le bricoleur dominical de génie, capable de passer des week-ends entiers à construire une piscine ou à repeindre les murs quand des centaines de turcs n’attendent que de le faire (mieux) pour des sommes plus que modiques.

  Je me disais, ce silence, cette odeur de propreté hygiéniste si peu naturelle… Le salon du couple heureux, c’est la salle d’attente d’un médecin ou d’un dentiste… Je n’aime pas les soins. Pas une personne heureuse ne me convaincra, non, certainement pas une personne heureuse…

  Après le repas, le café, même si ce n’est pas conseillé le soir, mais après tout, lancera-t-il rebelle à la cantonade, on ne vit qu’une fois ! … Bouffon médiocre ! Crétinerie pas même ambulante puisque ses deux pieds sont coulés dans le ciment de l’habitude, de l’ennui, de l’immobilisme apitoyé et du confort. Le confort, paradigme et fondement ultime du couple établi, qui m’attire et me révulse, me contraint à poursuivre mon auto-psychothérapie…



[1] « Le rien triomphe de tout ». Déformation toute personnelle de la première partie d’un vers de Virgile (Eglogues, X, 69), « omnia vincit amor », c’est à dire « l’amour triomphe de tout », au sens de l’amour personnifié, tyran des Dieux et des hommes. Ce vers aurait pu parfaitement pu s’intégrer à notre propos, mais une touche de nihilisme ne pouvait nuire en l’occurrence. « Sans dieux ni maîtres, ceux-là étant morts, ceux-ci pas n’étant pas encore nés, nous n’avons que notre jeunesse » (P. Drieu la Rochelle). Sans commentaire.

[2] Ignoriez-vous à ce sujet que le célibataire est très recherché pour mettre un peu d'ambiance dans les mornes soirées des couples installés, englués dans leur confort très petit-bourgeois, dans leur incapacité à communiquer sur autre chose que ce qui ne peut toucher l'âme : l'administration de la maison (vous savez, genre voiture, gosses... CAF...).

Le célibataire est également recherché pour faire le cinquième au tarot ou porter la chandelle.

Le célibataire, parce qu'il se doit de s'entretenir, contrairement à la majorité des hommes mariés, est également très couru par la femme munie d'une alliance, puisqu'il sert de prétexte aux règlements de comptes avec son époux ventripotent.

Le célibataire est aussi très prisé pour aller prendre un verre, aller au restaurant ou au cinéma, puisque de toute façon « il n'a que ça à faire ».

On aime aussi le célibataire lors des sorties en groupe ou en cas de location de vacances : comme aux impôts, il compte pour un foyer, et paye donc double part.

La présence d'amis se mesure à l'aune des cernes du célibataire.

[3] Par cette piètre figure, il faut entendre une corrélation toute particulière entre :  

-          le Tout épicurien, tel que défini par le philosophe lui-même dans sa « Lettre à Hérodote » (I, 2), et particulièrement dans ses caractères illimité et d’éternité, par-dessus lequel se projetterait donc le couple oublieux du fait que « rien ne devient à partir de ce qui n’est pas » (id.),

-          et le système scientifique du Vrai de Hegel, dont la scientificité réside dans l’identité processuelle (au sens où elle n’est pas simultanée mais opère à travers des médiations) de l’essence (identité) et de la forme (différence) de l’être vrai. Cela revient à poser une double nécessité : une nécessité d’existence, de fait, historique, chronologique – puisque la raison éternelle dont le système se veut la manifestation vraie est dans l’histoire – ; une nécessité d’essence, de sens, spéculative, logico–ontologique – puisque ce qui se réalise historiquement ne fait que déployer le contenu de l’un des moments de l’autodétermination éternelle qu’est le sens rationnel. 

C’est là une alliance dangereuse que de croire posséder le Vrai, si rationnel et opérationnel, en oubliant sa nature propre, mais les amoureux n’ont peur de rien, à ce qu’il paraît. La notion « d’apparentements terribles » leur est totalement étrangère.

par Luc publié dans : Le Couple (essai satirique)
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Jeudi 24 juillet 2008

Seigneur, nous te remercions de nous avoir tous rassemblés en ce jour où à titre exceptionnel, nous sommes le centre des attentions.

 

Nous sommes aujourd’hui dans ton Eglise pour consacrer notre union devant Toi, car c’est avec ta bénédiction que notre mariage naîtra.

 

Que l’amour que tu nous portes puisse guider nos pas dans cette nouvelle vie, et nous apprendre à nous aimer plus encore, l’un l’autre comme notre prochain, puisque tu es pour moi la source d’amour.

 

Tu es pour moi le mystère de la Création.

 

Tu es pour moi la confiance absolue.

 

Tu es aussi l’infini, mais un infini accueillant lorsqu’il ne serait que terrifiant si nous ne devions compter que sur notre seule et bien faible science.

 

C’est avec toi et pour toi que tout devient possible. Aussi, nous te rendons grâce en ce jour de bénir notre mariage.

 

Bénis également le Père Louis, pour son esprit d’ouverture et de partage dans une proximité chrétienne, fraternelle et citoyenne.

par Luc publié dans : Mariage (du 6/1 au 17/6/05)
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Mercredi 23 juillet 2008

(après quelques réflexions sur le traitement médiatique affligeant de l'affaire Karadžić)

C’aurait pu être la suite illuminée de la nécrologie du monde, à la rédaction de laquelle je procédais hier, mais le renoncement me délaisse au profit de la colère.

 

Quelles en sont les causes ?

 

Le fait d’entendre les médias se répandre sur Radovan Karadžić de la manière la plus piteuse qui soit. Ont-ils donc oublié l’intense légèreté de leur absence d’analyse suite à l’arrestation de Saddam ?

Ils reprennent aujourd’hui les mêmes termes, relativement à l’apparence physique dégradée : longs cheveux blancs, barbe et moustaches fournies et chenues, dans un mépris total pour la vieillesse et la volonté peut-être pas même inconsciente de détruire l’individu en son étendue avant son bannissement du monde des vivants et son oubli souhaité.

Ils veulent aussi détruire l’individu en son esprit, en moquant sa nouvelle spécialisation en médecines douces, nécessairement rattachée dans l’esprit simpliste des journalistes à son rôle durant la guerre de Bosnie. Ici, la démonstration de l’éventuelle incohérence relève d’un sophisme honteux. De la même manière, l’ironie facile qu’ils développent quant aux écrits de jeunesse de M. Karadžić, en le qualifiant hâtivement de « poète médiocre », est indigne : je dénie le droit à tout éditorialiste pseudo-politique de juger de la qualité d’un poète qu’ils n’ont pas lu. Le procédé de destruction est indigne : avec une telle intelligence, il est évident que nous n’aurions jamais pu lire Drieu la Rochelle, Brasillach, Maurras, Péguy, Jünger, Heidegger, j’en oublie trop, c’est évident.

Une telle indigence intellectuelle dans le haro généralisé, l’hallali donné à la meute des chiens ivres de bons sentiments et paradoxalement de vengeance sur l’objet de leurs craintes confortables, les ravale au même rang que les malfrats ayant parfois appartenu aux Tigres d’Arkan.

 

« La ligne claire » est une autre cause de ma colère, et sa mort me soulage. Car elle est morte, la gueuse, et je m’en réjouis absolument, dans l’humeur avinée de la prose d’un poète médiocre :

 

« La valse moscovite de Colombine dont la sveltesse ne guérit ni sa rousseur ni son Alphonse,

se déchire entre germanité et avanie de donzelle » [1]

 

Cette contribution au Congrès de Reims constituait l’abdication principale de certains membres du parti socialiste affligés d’une terrible pathologie : la rationalisation morbide renonciatrice. L’économie de marché était un fait ? Erigeons-la donc en vérité définitive ! Des difficultés budgétaires apparaissaient-elles ? Gérons le budget en bon père de famille et saignons la répartition ? La liberté terminait sur la plus haute marche du podium et ma foi, son comportement à l’égard des marches inférieures, occupées par l’égalité et la fraternité, paraissait quelque peu méprisant, pour ne pas dire oppressant.

La ligne claire l’était, en effet : elle incarnait la renonciation définitive à l’extension du domaine de la lutte [2]. Toute cette clique allait se faire nouveaucentriser ! Le matin même de leur mort sans gloire, ils n’avaient pas compris lorsque geignant, ils considéraient qu’ils auraient dû voter la réforme constitutionnelle mais qu’ils ne l’avaient pas fait par tradition de discipline de parti, ils avaient cessé d’appartenir à l’opposition.

Ils n’avaient pas compris que la lutte contre Sarkozy devait-être totale, tant sur l’extension des fronts que sur l’implication individuelle de chaque citoyen pour contribuer à l’effort de guerre.

Ils n’avaient pas compris que peu importait que Pol-Pot offrît la gratuité des crèches de Phnom-Penh, mesure avec laquelle la dissidence aurait évidemment été d’accord. Cela suffisait-il pour prôner le consensus et prendre le risque d’un accord, même partiel, même d’espèce, avec le bourreau du peuple ?

La pratique de l’évidence en lieu et place de la raison n’est qu’un subterfuge pour faibles d’esprits : le morcellement de l’idée politique en fonction des sujets traités pour décider de son soutien ou de sa farouche opposition témoigne surtout d’une absence totale de conscience politique, d’un utilitarisme anglo-saxon, pour ne pas dire opportunisme.

Pour les militants socialistes qui auraient été tentés de céder aux sirènes d’un simulacre de raison, je rappellerais tout de même que « La ligne claire » est une théorie propre à la bande dessinée, dont les caractères de base sont le trait simple (le sophisme) et les aplats de couleur (une tartine d’économie de marché) pour cause de limitations techniques (d’ordre intellectuel, c’est manifeste). Un bel exemple de ligne claire, dans lequel les participants à cette motion se retrouveront sans doute, est celui de Saint-Ogan, auteur illustre de Zig et Puce…

 

Ni rires ni crachats.



[1] Ne cherchez pas, seuls des socialistes introduits pourront comprendre… et notamment Manuel, Pierre, Gérard, Vincent, Jean-Noël, Alain, Robert, Jean, Michel et les autres… Ou plutôt si, cherchez un peu !

[2] Oui, je sais, je houellebecquise beaucoup ces derniers temps, alors même que je n’ai jamais lu cet auteur, dont j’aime beaucoup, néanmoins, les titres d’ouvrages.

par Luc publié dans : Embannoù-kañv (Nécrologies)
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Mardi 22 juillet 2008

Le monde va mal : non, non, non, ce n’est pas un extrait d’une chanson de Trio ou de Tiken Jah Fakoli. Je ne fais pas plus allusion au réchauffement planétaire, lequel a aussi donné de médiocres chansons. J’en reste à la cause du décès : le politique et l’économique (deux tubes majeurs depuis Platon et Xénophon).

Car le monde est mort ce matin. Je m’en réjouis absolument.

Une foule de symptômes, plus graves les uns que les autres, en constituait les prémisses. Dans le désordre grandissant et accablant.

Jack Lang vient d’être pendu pour haute trahison après un procès sommaire mais équitable au regard de l’évidence des griefs, au réverbère situé 52, Champs-Elysées, le lieu de l’exécution témoignant d’un sens de l’humour certain de la part du Tribunal révolutionnaire, relativement à l’intense vie culturelle du traître jusqu’alors. Il est écrit que la pendaison a été choisie en lieu et place de la traditionnelle décapitation du fat que l’intéressé ne voulait pas se départir de sa chemise à haut col rigide qu’il revêtait toujours de peur que, sa gorge dénudée, on le confonde avec son maître à penser, le flaccide goitreux, sa Sérénité Ballamou.

Le fantôme de Roger Karoutchi, dit-on également, s’est fendu d’une larme d’émotion à l’heureuse nouvelle de l’adoption de la réforme constitutionnelle, comme quoi la mort même n’arrange rien à la sénilité.

Peter Mandelson vient d’être cousu vif dans un sac de toile lesté en compagnie d’un chat sauvage, et le tout jeté dans le Lac Léman pour concussion et forfaiture, nonobstant ses évidentes pathologies mentales, pour avoir sans mandat sacrifié l’agriculture européenne. Il aurait déclaré à l’audition de la sentence rendue par le Tribunal révolutionnaire, un entonnoir sur la tête surmonté d’un filament hélicoïdal : « Nous nous inquiétons de l'émergence d'un monde multipolaire, parce que nous redoutons le déclin de notre puissance relative. Or, le risque majeur n'est pas celui d'un monde constitué de multiples puissances: c'est celui d'un monde multipolaire dépourvu d'institutions pour les coordonner et les relier entre elles » [1].

Une grande institution que ce Tribunal international de La Haye, qui va bientôt recevoir en son sein de justice le dénommé Radovan Karadžić, rejoignant Momčilo Perišić aux hourras des médias. Feux Slobodan Miloševic et Zeljko Raznatović (Arkan) ont échappé au procès. Ratko Mladić, Goran Hadžić et Zdravko Tolimir sont toujours en cavale, et les bons esprits se disent « Mais que fait le gouvernement serbe pour rattraper ces monstrueux criminels ?! ». Oui, mais avant la mort du monde, j’aurais tellement aimé que plutôt que quelques serbes qui tentaient désespérément de défendre leur nation que la prétendue communauté internationale s’échine à réduire jusqu’à l’extinction (voir le dossier Montenegro et la saugrenue indépendance du Kosovo), ce pseudo Tribunal juge aussi Winston Churchill et Arthur Harris, coauteurs du crime contre l’humanité qu’a été le bombardement de Dresde entre le 13 et le 15 février 1945, de Henry Truman, auteur des bombardements de Hiroshima et Nagasaki et de tous ces autres qui ont eu l’heur d’appartenir au camp des vainqueurs. Vae victis.

 

De toute façon, que restait-il à sauver de ce monde, puisque notre avenir spatial européen, notre « chance d’une île », je l’apprends ce matin, est entre les mains d’un dénommé Giuseppe Pizza, dont le patronyme comique ne nous ramène pas moins, de manière brûlante, aux visages phosphorés de Dresde…


[1] Extrait de son discours prononcé lors de la Churchill lecture, 9 juin 2008, à laquelle il s’était rendu, persuadé qu’il allait converser avec Winston…

par Luc publié dans : Embannoù-kañv (Nécrologies)
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Lundi 21 juillet 2008

Cette fois, tu as été trop loin… Un affreux lieu commun pour signifier ma rage teintée de désespérance. Pour dix fois où je m’humilie par lâcheté, je ne compte qu’une seule et pâle excuse de ta part. Peut-être supportes-tu mieux le conflit que moi, faible esprit amoureux, du calme et de la régularité avant tout, il est vrai.

Sitôt que tu abandonnes ton piédestal de bien-être, du haut duquel tu consens parfois à effacer la gravité agressive de tes traits, puis à me consentir un mouvement de tendresse, d’amour voire, tout empire si vite. Le ciel s’assombrit à une vitesse incroyable, les nuages épais et visqueux de la colère s’amoncellent au-dessus de ma tête pesante et déjà meurtrie, pour finalement, c’est-à-dire immédiatement, la foudroyer.

La rémission de mes péchés est conditionnée à mon humiliation, à l’abaissant aveu de mes fautes devant ton inquisition angoissée. Ton propre péché n’existe pas alors, jamais. Selon ton ire, tu ne saurais être qu’innocente, vierge de toute souillure et de tout tort, même bénin, même fugace.

La maladie ou le malaise passager n’est pas une excuse à l’agression.

Tu m’agresses.

Tu me lies au poteau enflammé de tes cris de colère.

Tu me prives de tout mouvement, de toute envie de passer à autre chose, de penser.

Ton cercle noir est parfait autour de moi.

Seuls les éclats de ma cervelle alors délivrée de ton aporie le franchiront.

C’est très bien.

C’est sûr.

C’est mort.

par Luc publié dans : Cercle noir (du 26/2 au 17/7/08)
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Vendredi 18 juillet 2008

Le célibataire à aventures marié : qui nescit dissimulare, nescit regnare [1]

 

  Tout homme, même marié, et nous le verrons ultérieurement dans ses tristes illustrations, l’alliance universelle (sourire) et éternelle (rire) reste et ne restera jamais qu’un célibataire, une honte, une indécence. Qui n’a remarqué ces hommes portant ostensiblement l’alliance (ou simplement sa marque de bronzage, piteux héritage des vacances en famille malgré la disparition physique de l’anneau sitôt la rentrée…) s’atermoyer (est-ce vraiment le bon terme…) sur les jambes fuselées de minettes se déhanchant sensuellement sous les derniers rayons de l’été, sur le parvis de la Mairie du 15ème, le Cours Mirabeau, la Place de la Comédie ou Bellecour, la Perspective Nevski, la Dubrovnika Placa, Unter den Linden, Karlův Most ou 5th Avenue ?

  Qui n’a jamais été le témoin effrayé de ces dîners au restaurant où la table voisine est bruyamment occupée par une bande de commerciaux en virée, dont l’humour qui les habite nous accule au brouillage d’écoute ?

  Ces gens sont tous mariés, mais qu’aiment-ils plus que ces sorties entre potes notoirement destinées à attraper les petites au grappin à boules ?

  Qu’en retourne-t-il du médecin, du professeur de droit, fréquentant les boîtes les plus huppées pour s’attirer les grâces de L’Etudiante [2] apte à satisfaire tous ses besoins charnels moyennant une note correcte en travaux dirigés ou aux partiels ?

  Ceux-là sont les pires, le cœur masqué par la graisse et leur épais portefeuille. Soulignons parallèlement que tout cela se fait à l’insu (plus ou moins) de la femme, qui ne vaut guère mieux après tout. Lorsque l’hydre voit ses deux têtes se désolidariser, la rupture relèverait de l’évidence, et la mort de la plus haute vérité.

 

 

 

TROISIEME PARTIE : L’ENTERREMENT

 

 

 

  L’enterrement de la liberté en se soumettant aux règles itératives du mariage va nous projeter, nous, célibataires tant féminins que masculins, dans un monde cauchemardesque et hallucinatoire, composé de gestes aussi ridicules que « accomplir le devoir conjugal » comme l’on jette une première poignée de terre sur un cercueil, « offrir ces petits cadeaux qui entretiennent l’amour » comme l’on laisse chuter une rose flétrie sur le tombeau avant la fermeture du caveau funéraire.

 

  Nous allons assister aux mesquineries quotidiennes : les enfants grandissent au rythme du cortège silencieux suivant le corbillard hâlé par deux chevaux fatigués, crissant de tous ses essieux. Les vacances s’égrènent au fil des années, à la manière de la ripaille subséquente à la cérémonie funèbre. De la messe jusqu’à l’ensevelissement final, la vie du couple se dessine comme la trajectoire d’un enterrement. On se marie… O joie ! O alacrité des grains de riz ! Pendant deux ans à tout casser…

  Si par d’habiles subterfuges (gadgets sexuels, échangisme, enfants, etc.), le couple tient bon la barre, arrive la létale période des 40-50 ans, après les multiples outrages à la fidélité, qui présage inéluctablement de l’échec, dans un vieux couple ou un jeune couple éreinté de ses frasques, vieux et vain également, quoiqu’il advienne. Nous avons ce soir mangé notre pain blanc…

 



[1] Maxime latine préférée de notre bon roi Louis le onzième, l’universelle araigne, signifiant « Qui ne sait pas dissimuler ne sait pas régner ».

[2] Cela n’a rien à voir avec Sophie Marceau : c’était un rôle de composition. Si ma mémoire est bonne, elle a arrêté en troisième, après un échec douloureux au BEPC…

par Luc publié dans : Le Couple (essai satirique)
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Jeudi 17 juillet 2008

Je t’ai vue les lever, tes yeux de vent plissés,

Réprimant ta gêne dans un sourire cru.

Et ils brillent alors sur mon âme percée

Par l’oubli de ce que j’avais de tout temps su.

 

Ta fête resplendit mais s’est bien évanouie,

Jour oublié par l’infortuné passager

A qui ton sourire réprobateur tant nuit

Par sa justice sans conteste, un apogée.

 

Soumis à la question, je ne veux admettre

La vérité qu’a été de me fourvoyer

Sans aucun pardon possible, la faute d’un traître.

 

Me voilà devant toi, lors tout atermoyé,

Pour supplier plutôt que quérir, dévoyé,

Le pardon pour un homme oublieux et sans lettres.

 

 

(1) Mlle Calabrese, dont c'était l'anniversaire il y a trois jours.

par Luc publié dans : Engagement (du 8/4 au 28/12/04)
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