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Hontes

Souffrances, amour, désespoir, moquerie, musique et philosophie... La vie, quoi !

R152 Fuite en chute

Publié le 21 Septembre 2016 par Luc in Le mur du temps

Je me trouvais au milieu du salon. Les plafonds étaient élevés, trois mètres peut-être, et sertis de poutres de bois. Sur le sol de tommettes rouges et anciennes, mon regard fut attiré par une tache circulaire en plein centre de l’une d’entre elles. Me penchant, je constatai la parfaite transparence du liquide exempt de toute viscosité ainsi que son absence d’odeur. De l’eau, manifestement. De l’urine aussi, peut-être, de quelqu’un qui aurait beaucoup bu d’eau dans les heures précédentes.

 

Le volume répandu mais circonscrit faisait penser à une grosse goutte. Immédiatement avant que ma déduction raisonnable m’invite à le faire, je regardai le plafond avec attention afin d’y déceler une éventuelle fuite d’eau. Si fait, une gouttelette chuta d’entre deux poutres, que mon œil ne réussit à éviter que par maladresse. Voyons, au dessus du salon, il y avait à l’évidence la salle de bains, et plus particulièrement la baignoire.

 

De façon beaucoup moins rationnelle, je me dirigeai vers le mur situé face à moi. A hauteur de poitrine et jusqu’au sol, il était joliment orné de soieries rouge sombre en épais boutis cousu de fils d’or. Je grattai la surface froide juste au dessus de l’ongle jauni de mon pouce droit. Il s’effrita, humide sous mon doigt. Je plaquai mes mains sur le boutis et le pressai : il était gorgé d’eau, comme une éponge à vaisselle sortant de son bac par sa volonté propre.

 

Encore un dégât des eaux ! J’étais dépité, désolé autant que l’on pouvait l’être. Ce fut accablé que j’ouvris la large fenêtre grise et métallique du salon. Je m’assis sans but sur le rebord dénué de toute jardinière. Je m’apprêtais donc, tout naturellement, à y végéter, tout à mon dépit face aux contraintes contingentes du réel. Cela étant, mes jambes étaient indubitablement gênées par le garde-corps en fer forgé, même peu élevé. Je l’enjambai accroupi et précautionneusement je m’assis sur la margelle située au-delà de lui. Les jambes dans le vide se balançaient doucement au rythme du soleil renaissant et du vent doux. Très vite néanmoins, ma position se fit inconfortable. Je gigotai sur place en tentant d’améliorer la situation de mon postérieur osseux. En appui sur les bras, je soulevai mon corps puis inclinai mon buste vers l’avant pour soulager les lombaires et les fessiers. C’était tellement bon, cette sensation d’effort physique mêlée au confort de l’apesanteur.

 

J’accentuai l’inclinaison, à la limite du déséquilibre. Je contrôlais la situation, fort de la solidité de mes épaules et de mes mains agrippées au rebord de la margelle. Je croyais contrôler la situation… mais soudain, l’équilibre se rompit. Je tentai de me rejeter vers l’arrière d’une forte impulsion des bras. Peine perdue. Mes épaules devinrent douloureuses précisément au moment où je ne luttai plus, lâchai la prise et chutai vers le pavé.

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