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Hontes

Souffrances, amour, désespoir, moquerie, musique et philosophie... La vie, quoi !

R69 Death bus

Publié le 10 Juin 2016 par Luc in Hacadences (du 16-2 au 9-7-2009)

 

Il est donc temps de voyager. Je me retrouve nuitamment sur un Cours Sextius désert, à côté d’un bus que je dois prendre pour partir en vacances, stationné précisément sous les lumières pâles et sans âge du Corona historique. Je me sais en avance, tout en discutant avec Guillaume, gentiment venu m’accompagner au départ à cette heure avancée de la nuit.

 

Le temps passe sans jugement synthétique a priori. Nous retournons vers ma demeure où je me saisis de ma traditionnelle petite valise de voyage, je referme la porte et nous repartons vers l’endroit où le bus est garé.

 

Je m’aperçois alors que Guillaume a désormais, lui aussi, un bagage, n’est plus vêtu du simple tee-shirt blanc relevé quelques minutes auparavant, mais d’une veste en daim et coiffé d’un chapeau de feutre marron ceint d’une bande noire à sa base. Manifestement, il entend prendre l’autocar avec moi. Nous partons donc ensemble sans un mot.

 

Dans les rangs de trois sièges de ce bus grand tourisme, nous nous asseyons de part et d’autre d’une minuscule petite vieille assoupie. De ma fenêtre, je peux observer le profil de Guillaume, silencieux comme à l’accoutumée, mais reflétant un imperceptible sourire sur la commissure de ses lèvres, témoignant chez lui de l’intense satisfaction qu’il doit éprouver à ce voyage.

 

C’est alors que je me rends compte du fait que, pris par l’absence d’écoulement du temps dans ce panorama sans existence autre que conceptuelle, je n’ai guère préparé ma valise. Ce qu’il y manque me revient en rafale : trousse de toilettes ? Pas là, mais peu importe, je pourrais acheter un nécessaire sitôt parvenus à destination ; sous-vêtements ? Itou. Moyens de paiement ? Aïe, là, le bât blesse.

 

Confronté à l’aporie dans ma tentative de résolution des problèmes, bercé par le doux bruit du ralenti du gros moteur, aspiré par la sérénité létale de la petite vieille qui dort sans respirer, conforté par la statue d’un Guillaume enfin arrivé à l’éther, je me laisse emporter par le sommeil languide et angoissé, assis dans le confortable karrivel ar Ankoù.

 

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