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Hontes

Souffrances, amour, désespoir, moquerie, musique et philosophie... La vie, quoi !

Le théâtre du Boulevard des Dames

Publié le 19 Mai 2016 par Luc in Dégradation (du 1-7 au 30-12-10)

 

La scène est posée. J’emménage manifestement, dans un immeuble ancien et cossu mais apparemment désaffecté, une ancienne usine peut-être ? Du type Boulevard des Dames, ainsi qu’en atteste une ambiance cool et décontractée, un peu bobo. Je suis certain que des gens m’aident à emménager, et leur activité confuse me laisse à penser que la pendaison de crémaillère se fera concomitamment à la fin de ces tâches. Ca va être la fête, je le pressens.

 

C’est donc dans ce but unique que je dévale le large escalier de béton gris, mais que ma course dans le couloir du rez-de-chaussée se trouve interrompue par la propriétaire, ou la gardienne, mais revêtue en tout état de cause de l’apparence de l’autorité. Elle s’avère également tenir un magasin d’alimentation dont l’une des portes donne directement dans le couloir d’entrée de l’immeuble, lui donnant l’aspect peu ragoûtant d’une galerie marchande. Je me présente sommairement, agacé de cette perte de temps mais conscient des nécessités d’entretenir de bonnes relations avec l’autorité, de ne pas se griller trop vite en somme. La dame me toise, le visage fermé sous une absurde charlotte à bigoudis sur cheveux gris, les bras croisés sur une affreuse robe bleue délavée à petites fleurs blanches.

 

Mais ça y est. Je suis sorti poliment, et me précipite vers l’amphithéâtre où R., un obscur ami de L. et P., dont j’ignore pourquoi je l’ai invité puisque nous ne nous rencontrâmes que deux fois par le passé, était censé avoir amené du bois pour la cheminée de mon appartement. Que de monde ici ! À travers la meute grouillante, j’aperçois vite, soigneusement disposés, des rondins de bois. Catastrophe ! Ce sont des troncs de pin, six ou sept stères au bas mot, coupés en un mètre au lieu de cinquante centimètres. Non seulement il y en a trop, mais de surcroît il va falloir tout fendre pour que ça crame. Je descends les marches de l’amphithéâtre dans l’ombre et cherche d’un regard circulaire mon vieux merlin. Le voilà, mais sa vielle lame bleu et acier piquée est désormais noire et luisante. On l’a affûtée et huilée comme on l’eût fait d’une chaîne de tronçonneuse. Le couperet sinistre, jouant avec les variations de luminosité, me rappelle celui de la guillotine. Je ne veux pas être ridicule pour mon premier coup.

 

Me saisissant du merlin et ayant placé un billot à la verticale, j’adresse un demi coup sec et précis. La lame se fiche de moins d’un centimètre dans le bois mais fend la bûche sur tout son long. Un petit tapotis de la main et une fine tranche de bois tombe sur la gauche. Il en va identiquement des deuxième et troisième coups. Je suis en train de faire du papier à cigarette de mon rondin ! Cela va me prendre des heures à ce rythme, même si on ne manquera pas de petit bois… Cela dit, pour une raison inexplicable, peut-être croient-ils à un jeu d’adresse, les gens présents sont admiratifs alors même que je me reproche le manque total de franchise de mes gestes et coups. Quelques coups encore, toujours efficaces, et je cesse mon labeur à quatre troncs bien suffisants pour la soirée.

 

Soudain, je vois S. entrer côté cour sur la scène de l’amphithéâtre. Elle m’entraîne dans de larges salons annexes. Son sourire silencieux se fait câlin et dément. Nous nous asseyons sur une banquette de cuir dans une décoration très brasserie parisienne, un grand miroir orné de bronze derrière nous. Elle s’assied sur moi assis et ondule du bassin. Son buste se fait aussi câlin. Mes doigts retroussent imperceptiblement sa jupe, et elle rit. Si ma roideur se fait attendre, le moment n’en est pas moins extrêmement agréable. Mes doigts furtifs mais calmes remontant sur ses fesses constatent que pour toute lingerie elle ne porte qu’un string, pas excitant pour un sou. Continuant à folâtrer, ils sentent tactiles quelques poils entre la raie des fesses et le haut des abducteurs.

 

Un peu gênée mais sans plus, elle me demande directement si j’ai un Epilady. Je réponds par la négative, plus gêné qu’elle d’ailleurs, et propose dans la foulée un rasoir à main, peut-être ? Elle décline poliment, se lève doucement et part en recherche d’un système d’épilation rapide.

 

Je deviens nerveux dans la seconde. Je suis furieux pour une raison que j’ignore, mon agressivité devient palpable. Je pète les plombs. J’explose en rage et détruit tout sur mon passage, amis, amours, fête oubliée – Amokläufer - Mort.

 

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