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Hontes

Souffrances, amour, désespoir, moquerie, musique et philosophie... La vie, quoi !

Anéanti

Publié le 12 Mai 2016 par Luc in Gisant

 

Nous étions assis là, Rachel, Anne et moi. J’étais juché sur un modeste tabouret de bois lorsque les filles avaient placé leur séant sur un banc de la même matière. Nous discutions de choses et d’autres en général puis de moi en particulier. Rachel se déplaça de manière presque imperceptible sur sa droite, poussant Anne sans en avoir l’air, tout en me parlant.

 

Je ne reconnaissais guère son visage. Ses cheveux n’étaient plus blond clair et attachés comme lorsque nous étions jeunes ; ils étaient ondulés, presque auburn. Tandis que dans un mouvement aérien de ses vêtements amples elle relevait une jambe afin de poser un pied sur le banc, prenant ainsi encore plus de place par rapport à Anne qui s’éclipsait peu à peu, l’air fermé et serré, j’observai son visage un peu marqué par les années, ses lèvres trop rouges, d’un carmin sombre, qui découvrirent soudain ses dents.

 

Elle me demandait ce que je faisais, et je répondis que je publiais souvent, prenant pour exemple un prochain article dans le Jurisclasseur périodique, édition Entreprise, le fameux JCP E dont j’ignorais même s’il existait encore ou n’était qu’une résurgence de ma mémoire. Elle rit, ce que je ne compris pas. Je publiais, certes, mais plus trop dans le domaine juridique… Peut-être avait-ce été par pudeur que je ne lui avais pas confié mes romans, mais tout cela était absurde. Elle penchait sa tête jusqu’à toucher le genou de sa jambe relevée, me cachant presque le visage d’Anne désormais dirigé vers le sol clair, d’une fermeture infinie, les jambes serrées, les bras serrés le long de son corps. Anne ne bougeait pas lorsque Rachel ne cessait de me sourire en dodelinant avec ses dents rougies de gloss. Je ne ressentais aucune gêne à continuer de parler de moi, l’intérêt de Rachel étant une invitation suffisante pour que je me livrasse à ce labeur écœurant, même s’il ne pouvait qu’être feint, même si ses gloussements à la moindre de mes saillies drolatiques me dégoutaient.

 

Au fur et à mesure que de mon corps légèrement penché vers Rachel tout en jetant des coups d’œil furtifs vers Anne, suppliques pour qu’elle me sortît de là, j’entendais sortir ma voix un peu nasillarde exprimer avec calme et aisance sa propre apologie, sans déclamation ni stances, je sentis devoir monter d’un échelon de protection, prendre de la hauteur et du recul par rapport à la gabegie de cette situation. Je vis alors que notre trio de bois assis n’était entouré que de blanc. Il n’y avait pas un caillou sous nos pieds, pas un brin d’herbe entre les cailloux, pas un arbre au dessus des brins d’herbe et pas de ciel couronnant la forêt. Nous devisions dans le néant le plus absolu, à l’image du sujet principal de la conversation.

 

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