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Hontes

Souffrances, amour, désespoir, moquerie, musique et philosophie... La vie, quoi !

L'accident de skate de Laora

Publié le 1 Mars 2016 par Luc in Le mur du temps

 

Je tentais désespérément de suivre le rythme de cette expédition de type X Games. Le long d’une voie ferrée abandonnée sur la crête d’une longue butte, nous faisions avancer nos engins à vive allure. Ils ressemblaient à de gros skates, à la différence sensible près qu’ils étaient démunis de roues : ils reposaient sur un effet électrodynamique maintenant la planche en sustentation, la propulsion étant assurée par un effet pneumatique, alimenté par la chaleur et les forces développées lors des freinages.

 

J’avais toujours été mal à l’aise avec la glisse, moins avec la vitesse il est vrai. Bref je m’accrochais au groupe lorsque nous observâmes dans le thalweg un court tunnel passant sous la voie ferrée. Enfin nous stoppâmes nos engins. J’étais moulu dans ma combinaison tissu et kevlar grise, derrière mon heaume en plexiglas jamais embué, là encore grâce à l’air comprimé de nos planches à sustentation. Je posai pied à terre, sur ce sol orange brûlée constellé de cailloux ronds, sûrement blancs sous la poussière citrouille.

 

C’était Laora, ma sœur, qui menait notre groupe d’étranges randonneurs extrêmes. Elle avait toujours été meneuse et active. Je l’entendis annoncer d’une voix rendue caverneuse par nos bassinets qu’elle allait faire un tour au tunnel. Je le vis descendre la butte en trombe et prendre un virage parfait sur la gauche en levant de grandes gerbes de poussière sous les vivats ou hourras de notre groupe.

 

Peut-être perçut-elle les encouragements car elle se mit en tête d’en faire un peu plus. Sa position sur sa planche, un déhanché prononcé annonçant une rotation à venir, ne laissait place au moindre doute : elle allait tenter dès l’entrée du tunnel non un habituel 360 shove it, mais bien un big spin. C’est ce qu’elle fit.

 

Dès le premier 180 degrés, la planche heurta une grosse pierre saillant du sol et fut propulsée dans les jambes de Laora en l’air à pleine vitesse. L’engin retomba sur le sol sans presque rebondir tandis qu’à mon tour arrivé en bas de la butte devant l’entrée du bref tunnel je fixai éberlué la course aérienne de ma sœur jusqu’à la sortie de l’obscurité.

 

Elle heurta alors un énorme rocher situé quelques mètres après la fin du tunnel et rebondit sur ma gauche pour tomber dans un endroit que je ne voyais pas. La bouche grande ouverte, je vis toutefois le flot de sang jaillir de son premier contact avec la roche. Je traversai prudemment le tunnel et coupai mon engin. Laora était là, allongée dans sa combinaison tissu kevlar grise aux jambières noires. Son bassinet avait sauté sous le choc. Elle était désarticulée. Seul son bras gauche replié obéissait encore à des commandes réflexes, dans un mouvement syncopé, la main ouverte et les doigts serrés sous son œil bleu et fixe. Il n’y avait plus rien à faire. Je le sentis aussitôt.

 

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