Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Hontes

Souffrances, amour, désespoir, moquerie, musique et philosophie... La vie, quoi !

Le clou de la soirée

Publié le 19 Janvier 2016 par Luc in Gisant

 

J’arrivai à la tombée du jour dans ce quartier périurbain où se trouvait ma demeure. Sous le ciel s’obscurcissant, je vis David D. se bagarrer non loin de mon pare-brise avec le portail de notre cour, fait d’un filet de volley, rendu totalement incontrôlable en raison du grand vent qui mugissait ce soir-là, balayant notre cour et l’espace omnisports voisin, au même gris de goudron. Garant ma voiture sur une place libre, j’en descendis et me précipitai pour l’aider. Malgré les gifles de polymère, à deux nous arrivâmes à enrouler le portail filet sur son poteau, que nous descellâmes pour le remplacer sans un mot par le portail en métal blanc et pointé de rouille de l’espace omnisports. Le poteau entra parfaitement dans son empreinte au sol ; la porte pivota en grinçant tandis que je la poussais jusqu’à ce que je l’entendisse la clenche verrouiller l’ensemble solidement. Pour l’entrée dans notre cour, cela se révélerait compliqué à l’usage, mais le tout paraissait plus solide.

 

Saluant David, j’entrai enfin dans ma maison. J’étais crevé de ces efforts, saoulé par le vent qui piquait mes yeux rougis. Dans le salon richement apprêté relevai-je après coup, je tombai nez-à-nez avec une pas tout à fait inconnue. J’avais déjà vu cette jeune femme mais me trouvais incapable de me souvenir de son prénom, à cette brune de taille moyenne, au physique juif et avec de très jolies dents. Je l’embrassai par politesse sur le mode impersonnel et me dirigeai en miment des excuses vers la salle de bain en vue de m’y changer. Passant l’huis de la porte, la situation ne me laissait guère de doutes : David, une presque inconnue, le nombre de plats, d’assiettes et de verres sur la grande table du salon, des bougies aussi… Quelque chose se passait ou allait se passer chez moi.

 

Je commençai par déboutonner mon pantalon pour dégager l’outre d’anxiété qui me tenait lieu d’hypogastre quand une autre fille en tenue de soirée pénétra dans la salle de bain. Je dis d’une voix agacée : « C’est occupé ! ». Elle mit la main devant sa bouche en pouffant. « Dehors ! Heraus ! ». Elle sourit de toutes ses dents blanches et régulières puis referma la porte. Je me jetai sur elle… tentant de la verrouiller pour être enfin tranquille. La clenche du verrou était située bizarrement dans le mur soutenant la porte. J’en ouvris la petite trappe, et constatai que le mécanisme du verrou était bloqué par plusieurs petits papiers blancs recouverts de traits de feutres multicolores d’un effet très festif mais complètement aberrant à cet endroit précis. J’en étais à mes lamentations de fermeture quand un clone des deux précédentes fit intrusion dans la salle de bain, une coupe de champagne à la main. Je gueulai : « Putain, mais c’est pas vrai ! C’est une malédiction, cette soirée ! RAAAUUUS ! ».

 

Erubescent, je revins dans le salon sans m’être changé, après avoir presque bousculée l’invitée, et je vis A., blonde magnifique en robe de soirée, l’air grave et préoccupé, accoudée sur un guéridon orné de coussinets de cuir noir, un verre de vin blanc à la main. Je lui posai tout de go la question du lieu de cette sauterie embryonnaire d’inattendu, ce n’était pas mon anniversaire que je susse, alors qu’est-ce qui justifiait la surprise ? Elle baissa les yeux, accablée par mon absence complète d’implication dans la réjouissance voulue globale et la fête en général.

 

Mon regard distingua alors de plus en plus de gens connus, profitant de la douceur de la cour, tandis que la pluie commençait à battre le bitume dans la lueur orangée des réverbères. Les invités riaient pourtant ; certains s’abritaient comme ils pouvaient le long des hauts grillages verts du terrain omnisports. Quant à moi, mal rasé vespéral et honteux de tout désormais, je scrutai certains de mes clients, présents, bien habillés et aux grosses bagnoles, Céline V., dont j’imaginais que le Lionel de mari, riche et puissant, ne pouvait être bien loin. Si fait. Il discutait là, un verre de whisky à la main droite, d’un air décidé comme à son habitude. Il y en avait donc même qui étaient venus de Lyon ! Pour moi ? Ce vieillard fatigué ? Quelle gageure !

 

J’étais confondu, terni, en paresse réjouie. Comment A. avait-elle fait pour rameuter tout ce beau monde ? Et pourquoi pas mon chef Y., tant que l’on y était ?! Je ne comprenais pas pourquoi elle avait pu penser que j’aimerais être le clou d’une telle soirée. Ma respiration se fit courte ; mon cœur s’accéléra et mon regard se noya dans la pluie orange et les rires entrecoupés de conversations trop sérieuses.

 

Commenter cet article