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Hontes

Souffrances, amour, désespoir, moquerie, musique et philosophie... La vie, quoi !

Insécurité en Alsace

Publié le 11 Décembre 2015 par Luc in Ecrivain raté (du 4-1 au 27-8-13)

 

Je roule nuitamment sur l’autoroute en Alsace où j’ai un rendez-vous, suffisamment important pour que le stress m’envahisse, la crainte du retard dans cette contrée parfaitement inconnue de moi. A un moment, je crois avoir raté la sortie qu’il me fallait prendre. Ralentissant et regardant en contrebas de l’autoroute, je me dis que le rendez-vous ne peut être qu’ici. Je décide donc de stopper mon véhicule, de le quitter, franchis la glissière de sécurité avec aisance et commence à courir, en chaussures de ville, vers les lumières de la ville décelée deux minutes auparavant dans le thalweg. Cette solution m’a paru plus rapide et lus simple que de rouler jusqu’à la sortie suivante, puis de faire demi-tour.

 

Les chemins nocturnes de la campagne alsacienne s’avèrent très vallonnés et sinueux. Si je cours sans m’essouffler sous la pâle lueur de la lune, je n’ai pas pour autant l’impression de progresser vers mon but. Bien au contraire, il me semble que les méandres des chemins m’emportent plutôt du mauvais côté de l’autoroute. Au bout de dix minutes à peine, je prends la décision de rebrousser chemin et de revenir à la voiture.

 

Ci-fait, je redémarre le moteur et reprends ma route avec le pied lourd et prends la sortie suivante, distante de quelques kilomètres seulement de l’endroit où je m’étais arrêté. Je finis par parvenir en centre-ville. A la lumière jaune et vacillante du plafonnier, je tente de déchiffrer les inscriptions du post-it sur lequel doivent être écrites les coordonnées de mon rendez-vous. Si je lis bien « ERNWEIN » pour le nom, l’adresse quant à elle ressemble à un pâté de pattes de mouches. Je m’agace et commence à transpirer abondamment.

 

Descendant une avenue pentue et malgré l’heure tardive, à l’occasion d’une division en deux rues, j’observe la présence de deux hommes travaillant sur un étal de je ne sais quelle spécialité locale, surélevé par rapport au trottoir. J’arrête la voiture moteur tournant et en descends pour interpeller l’un des deux, un moustachu à la calvitie prononcée, qui a l’air sympathique. Je lui demande s’il connaît ce monsieur Ernwein et dans l’affirmative, où je pourrais le trouver. Tout en essuyant un broc de grès, l’intéressé me répond avec un fort accent, de telle sorte que je ne comprends goutte à ce qu’il m’a raconté. Ses yeux pétillent de malice sur ses moustaches frémissantes, mais la lueur cesse soudain et d’un coup de menton, il me désigne une direction se situant derrière moi.

 

Je me retourne brusquement et constate que ma voiture a disparu. Je gueule :

 

- Et merde ! -

 

… et trotte quelques mètres en remontant l’avenue. Sur ma gauche, juste avant la division en deux rues se trouve un petit parking, et je vois une ombre se débiner derrière une voiture rouge à mon arrivée. Je m’engage et vois un autre homme, en train de calmement fermer ma voiture avec ma propre clé. Je gueule derechef :

 

- Attends, tu vas voir, petit enculé ! -

 

… en m’approchant vivement de lui, qui ne perd pas son flegme. Petit ? Pas vraiment, cet Arabe me domine d’une bonne tête et paraît bien plus costaud que moi, vers qui il se dirige sans hâte d’un air décidé, avec sa trogne grêlée. Je m’inquiète soudain lorsqu’il prononce les mots suivants :

 

- Mais qu’est-ce que tu vas faire ? On est tous là. -

 

… tandis que des ombres surgissent de derrière les voitures garées sur le parking. Je comprends que je n’ai aucune chance, déjà que je n’en avais guère, semble-t-il, lorsqu’il était seul. En un mot, outre de me faire dérober ma voiture, je vais prendre une bonne raclée, dans le meilleur des cas. N’écoutant que ma lâcheté légendaire mais manipulatrice, je décide de modifier mon discours envers le voleur :

 

- OK, OK, pas de souci : puis-je simplement reprendre mes papiers ? -

 

… tout en songeant que mes papiers se trouvent dans mon cartable, où se trouvent bien imprudemment tous mes codes bancaires, un tas de factures, mon passeport, mes œuvres, ma vie quoi ! Je m’imagine prendre mon cartable de cuir noir de volée, par le siège passager et échauffé comme je le suis, courir de toutes les ailes de ma peur, irrattrapable car dératé par mon angoisse morbide, comme un voleur de génie.

 

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