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Hontes

Souffrances, amour, désespoir, moquerie, musique et philosophie... La vie, quoi !

Vampires

Publié le 23 Octobre 2015 par Luc in Gisant

Dans l’inquiétude, je fuyais, comme toujours. Notre espace était clos et vaguement circulaire ou ovoïde, entouré d’un large couloir aux murs blancs semi-circulaires, au sol grisâtre strié de bandes d’une couleur un peu plus sombre. On m’indiqua de me réfugier avec deux autres personnes dans une pièce minuscule sur notre droite, puisque notre fuite se déroulait dans le sens des aiguilles d’une montre. Ce cagibi, il n’est pas d’autre mot pour le définir, ne devait pas excéder les six mètres carrés et était doté de lits superposés sur la gauche et d’un matelas posé à même le sol sur la droite, pas plus de trente centimètres séparant les deux.

 

« Hors de question », dis-je tout haut lorsqu’on me signifia que cette réclusion devrait durer au moins deux jours. Je me reculai donc alors que la lourde porte se fermait sur les deux autres personnes ayant accepté cette solution.

 

J’ignorais encore par qui ou quoi nous étions poursuivis, mais je sentais haut et fort monter le malaise en moi. Poursuivant ma marche rapide dans le cercle du couloir, j’entendis des bruits de pas de course derrière moi. Sur ma droite, je constatai la présence d’un petit escalier de bois en colimaçon par une porte de même couleur que le mur et qui eût été invisible si elle n’avait pas été très légèrement entrebâillée. Après avoir silencieusement refermé cette porte derrière moi, je montai les marches resserrées jusqu’à parvenir à un salon en corbeille dominant une vaste pièce. Tout l’espace était meublé dans le style années 20 : bois verni, rondeurs, lustres, tapis. Dans ma corbeille, à part quelques chaises et fauteuils, il y avait un solide et large bureau d’acajou, sur lequel étaient disposés un écritoire et une lampe allumée du meilleur effet. Entre ces deux objets décoratifs, un homme à l’attitude décontractée se tenait debout, une fesse distraitement posée sur l’épaisse vitre recouvrant le secrétaire.

 

Il s’avérait vêtu d’un frac très élégant, son chapeau claque replié à proximité de sa main gauche. De taille moyenne et assez mince, il arborait une moustache et des cheveux bruns frisés mal gominés. Son visage aux traits lourds ne tirait aucun bénéfice de cette pilosité sous-nasale et des rouflaquettes contenues, qui laissaient voir ses joues rebondis tant que mal rasées.

 

Ses yeux bruns me sourirent avant sa bouche alors qu’il se retourna vers moi lorsque je fis irruption dans la corbeille, n’ayant pas même le temps de scruter la grande salle en contrebas. Je n’aimai pas son regard, impression que me confirma bientôt son sourire : ses dents se trouvèrent être de petites pointes acérées et brunâtres, très resserrées et si nombreuses qu’elles ne pouvaient être humaines. Il allait se jeter sur moi pour me dévorer, cela relevait de l’évidence. Voilà ce que nous fuyions, de quoi nous devions nous protéger en nous barricadant !

 

Je fis le premier pas et me jetai sur lui dans l’inconscience de la peur qui me submergeait. Je me saisis de lui et avec une facilité que je n’aurais pas soupçonné, le soulevai et le projetai en hurlant hors de la corbeille dans la grande salle de bal ou de restaurant en bas. Il commença à s’effriter entre mes mains avant même que je l’eusse lâché et seule sa cendre noire silencieuse toucha le sol. Je me penchai à la balustrade et vis fourmiller en ma direction des dizaines de ses congénères.

 

Peut-être aurais-je mieux fait de me calfeutrer dans la pièce de protection, malgré la promiscuité que j’avais toujours détestée.

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