Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Hontes

Souffrances, amour, désespoir, moquerie, musique et philosophie... La vie, quoi !

Retrouvailles

Publié le 8 Octobre 2015 par Luc in Nerveux vieillard

Je pénétrai le hall où devait se dérouler l’assemblée. La lumière était faible dans l’atmosphère troglodyte ; elle éclairait les murs et colonnes de rugueuse pierre de Rognes en faisant s’allonger les ombres de manière démesurée. Au détour d’un pan de mur, je me retrouvai face à face avec un petit groupe uniformément vêtu de noir, tout comme moi d’ailleurs. Je reconnus immédiatement le visage lunaire et impassible de la mère folle de Sylvie F., qui me fixa intensément, dont je ne me rappelais plus si je devais l’embrasser ou lui serrer la main. Je ne choisis aucun des deux termes de l’alternative et me contentai d’un hochement de tête respectueux. J’imaginais plus que ressentais la haine qu’elle pouvait me porter, ce contre quoi je ne pouvais en tout état de cause rien.

 

Bien vite, je devinai que l’autre femme vêtue de noir qui était adossée au pan de mur, en retrait et dans la pénombre, ne pouvait être que Sylvie, dont le visage se découpa bientôt dans la lumière orangée. Soit qu’elle portât des talons, soit qu’elle eût grandi, peu importait : elle dominait désormais sa mère d’une bonne tête et nous faisions donc sensiblement la même taille. Constant ma présence, ce qui avait justifié sa sortie de l’obscurité, je constatai immédiatement, avec amertume, tout l’effet que mon arrivée inattendue provoquait en elle : son visage se raidit avant de laisser libre cours à sa tristesse. Ses traits s’allongèrent puis s’affaissèrent en un rictus de souffrance. Ses yeux brillaient de désespoir, et elle sanglota plutôt que n’articula la définitive sentence : « C’est un cauchemar… ».

 

Celui-ci se rapportait évidemment à ma présence en ces lieux, moi le traître imbécile autant qu’égoïste, peu porté à l’écoute, orgueilleux et craintif qui souventes fois refusai de m’investir dans une relation de peur qu’elle ne fût vouée à l’échec et transformât une amitié en néant, alors qu’il ne s’agissait pas d’amitié mais bien d’amour. Elle détourna son visage en fermant ses yeux bleus, dans un mouvement saccadé de sa chevelure blonde. L’âge lui réussissait bien, m’avouai-je, avant que de tenter de la sortir de cette situation de faiblesse publique.

 

Je m’approchai rapidement et lui murmurai pour lui proposer de poursuivre, d’entamer plutôt, notre discussion dehors, tandis que je ne savais rien de ce que j’aurais à lui dire de plus que mon hébétude et mon parfait respect pour elle. Elle baissa un peu plus la tête et je sentis sur ma nuque le regard glacial de sa mère qui devait arborer ce toujours identique visage contrit. Il ne s’agissait alors plus d’un cauchemar mais d’une réalité fixe et immobile.

Commenter cet article